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56.Le puits et le pendule-Edgar Poe.

Ce 31 octobre c’est Halloween.Et donc histoire de célébrer la tradition, nous vous proposons de découvrir une nouvelle fantastique de l’auteur américain Edgar Poe connu pour ses « Histoires extraordinaires ».Bonne lecture.

56.Le puits et le pendule-Edgar Poe. halloween-citrouille1

Impia tortorum longos hic turba furores,

Sanguinis innocui non satiata, aluit.

Sospite nunc patria, fracto nunc funeris antro,

Mors ubi dira fuit vita salusque patent.
(Quatrain composé pour les portes d’un marché qui devait s’élever sur l’emplacement du club des Jacobins, à Paris.)

 

J’étais brisé, — brisé jusqu’à la mort par cette longue agonie ; et, quand enfin ils me délièrent et qu’il me fut permis de m’asseoir, je sentis que mes sens m’abandonnaient. La sentence, — la terrible sentence de mort, — fut la dernière phrase distinctement accentuée qui frappa mes oreilles. Après quoi, le son des voix des inquisiteurs me parut se noyer dans le bourdonnement indéfini d’un rêve. Ce bruit apportait dans mon âme l’idée d’une rotation, — peut-être parce que dans mon imagination je l’associais avec une roue de moulin. Mais cela ne dura que fort peu de temps ; car tout d’un coup je n’entendis plus rien. Toutefois, pendant quelque temps encore, je vis ; mais avec quelle terrible exagération ! Je voyais les lèvres des juges en robe noire. Elles m’apparaissaient blanches, — plus blanches que la feuille sur laquelle je trace ces mots, — et minces jusqu’au grotesque ; amincies par l’intensité de leur expression de dureté, — d’immuable résolution, — de rigoureux mépris de la douleur humaine. Je voyais que les décrets de ce qui pour moi représentait le Destin coulaient encore de ces lèvres. Je les vis se tordre en une phrase de mort. Je les vis figurer les syllabes de mon nom ; et je frissonnai, sentant que le son ne suivait pas le mouvement. Je vis aussi, pendant quelques moments d’horreur délirante, la molle et presque imperceptible ondulation des draperies noires qui revêtaient les murs de la salle. Et alors ma vue tomba sur les sept grands flambeaux qui étaient posés sur la table. D’abord ils revêtirent l’aspect de la Charité, et m’apparurent comme des anges blancs et sveltes qui devaient me sauver ; mais alors, et tout d’un coup, une nausée mortelle envahit mon âme, et je sentis chaque fibre de mon être frémir comme si j’avais touché le fil d’une pile voltaïque ; et les formes angéliques devenaient des spectres insignifiants, avec des têtes de flamme, et je voyais bien qu’il n’y avait aucun secours à espérer d’eux. Et alors se glissa dans mon imagination comme une riche  by Giant Savings » href= »http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Puits_et_le_pendule# »>note musicale, l’idée du repos délicieux qui nous attend dans la tombe. L’idée vint doucement et furtivement, et il me sembla qu’il me fallut un long temps pour en avoir une appréciation complète ; mais, au moment même où mon esprit commençait enfin à bien sentir et à choyer cette idée, les figures des juges s’évanouirent comme par magie ; les grands flambeaux se réduisirent à néant ; leurs flammes s’éteignirent entièrement ; le noir des ténèbres survint ; toutes sensations parurent s’engloutir comme dans un plongeon fou et précipité de l’âme dans l’Hadès. Et l’univers ne fut plus que nuit, silence, immobilité.

J’étais évanoui ; mais cependant je ne dirai pas que j’eusse perdu toute conscience. Ce qu’il m’en restait, je n’essaierai pas de le définir, ni même de le décrire ; mais enfin tout n’était pas perdu. Dans le plus profond sommeil, — non ! Dans le délire, — non ! Dans l’évanouissement, — non ! Dans la mort, — non ! Même dans le tombeau tout n’est pas perdu. Autrement, il n’y aurait pas d’immortalité pour l’homme. En nous éveillant du plus profond sommeil, nous déchirons la toile aranéeuse de quelque rêve. Cependant, une seconde après, — tant était frêle peut-être ce tissu, — nous ne nous souvenons pas d’avoir rêvé. Dans le retour de l’évanouissement à la vie, il y a deux degrés : le premier, c’est le sentiment de l’existence morale ou spirituelle ; le second, le sentiment de l’existence physique. Il semble probable que, si, en arrivant au second degré, nous pouvions évoquer les impressions du premier, nous y retrouverions tous les éloquents souvenirs du gouffre transmondain. Et ce gouffre, quel est-il ? Comment du moins distinguerons-nous ses ombres de celles de la tombe ? Mais, si les impressions de ce que j’ai appelé le premier degré ne reviennent pas à l’appel de la volonté, toutefois, après un long intervalle, n’apparaissent-elles pas sans y être invitées, cependant que nous nous émerveillons d’où elles peuvent sortir ? Celui-là qui ne s’est jamais évanoui n’est pas celui qui découvre d’étranges palais et des visages bizarrement familiers dans les braises ardentes ; ce n’est pas lui qui contemple, flottantes au milieu de l’air, les mélancoliques visions que le vulgaire ne peut apercevoir : ce n’est pas lui qui médite sur le parfum de quelque fleur inconnue, — ce n’est pas lui dont le cerveau s’égare dans le mystère de quelque mélodie qui jusqu’alors n’avait jamais arrêté son attention.

Au milieu de mes efforts répétés et intenses de mon énergique application à ramasser quelque vestige de cet état de néant apparent dans lequel avait glissé mon âme, il y a eu des moments où je rêvais que je réussissais ; il y a eu de courts instants, de très courts instants où j’ai conjuré des souvenirs que ma raison lucide, dans une époque postérieure, m’a affirmé ne pouvoir se rapporter qu’à cet état où la conscience paraît annihilée. Ces ombres de souvenirs me présentent, très indistinctement, de grandes figures qui m’enlevaient, et silencieusement me transportaient en bas, — et encore en bas, — toujours plus bas, — jusqu’au moment où un vertige horrible m’oppressa à la simple idée de l’infini dans la descente. Elles me rappellent aussi je ne sais quelle vague horreur que j’éprouvais au cœur, en raison même du calme surnaturel de ce cœur. Puis vient le sentiment d’une immobilité soudaine dans tous les êtres environnants ; comme si ceux qui me portaient, — un cortège de spectres ! — avaient dépassé dans leur descente les limites de l’illimité, et s’étaient arrêtés, vaincus par l’infini ennui de leur besogne. Ensuite mon âme retrouve une sensation de fadeur et d’humidité ; et puis tout n’est plus que folie, — la folie d’une mémoire qui s’agite dans l’abominable.

Très soudainement revinrent dans mon âme son et mouvement, — le mouvement tumultueux du cœur, et dans mes oreilles le bruit de ses battements. Puis une pause dans laquelle tout disparaît. Puis de nouveau, le son, le mouvement et le toucher, — comme une sensation vibrante pénétrant mon être. Puis la simple conscience de mon existence, sans pensée, — situation qui dura longtemps. Puis, très soudainement, la pensée, et une terreur frissonnante, et un ardent effort de comprendre au vrai mon état. Puis un vif désir de retomber dans l’insensibilité. Puis brusque renaissance de l’âme et tentative réussie de mouvement. Et alors le souvenir complet du procès, des draperies noires, de la sentence, de ma faiblesse, de mon évanouissement. Quant à tout ce qui suivit, l’oubli le plus complet ; ce n’est que plus tard et par l’application la plus énergique que je suis parvenu à me le rappeler vaguement.

Jusque-là, je n’avais pas ouvert les yeux, je sentais que j’étais couché sur le dos et sans liens. J’étendis ma main, et elle tomba lourdement sur quelque chose d’humide et dur. Je la laissai reposer ainsi pendant quelques minutes, m’évertuant à deviner où je pouvais être et ce que j’étais devenu. J’étais impatient de me servir de mes yeux, mais je n’osai pas. Je redoutais le premier coup d’œil sur les objets environnants. Ce n’était pas que je craignisse de regarder des choses horribles, mais j’étais épouvanté de l’idée de ne rien voir. À la longue, avec une folle angoisse de cœur, j’ouvris vivement les yeux. Mon affreuse pensée se trouvait donc confirmée. La noirceur de l’éternelle nuit m’enveloppait. Je fis un effort pour respirer. Il me semblait que l’intensité des ténèbres m’oppressait et me suffoquait. L’atmosphère était intolérablement lourde. Je restai paisiblement couché, et je fis un effort pour exercer ma raison. Je me rappelai les procédés de l’inquisition, et, partant de là, je m’appliquai à en déduire ma position réelle. La sentence avait été prononcée, et il me semblait que, depuis lors, il s’était écoulé un long intervalle de temps. Cependant, je n’imaginai pas un seul instant que je fusse réellement mort. Une telle idée, en dépit de toutes les fictions littéraires, est tout à fait incompatible avec l’existence réelle ; — mais où étais-je, et dans quel état ? Les condamnés à mort, je le savais, mouraient ordinairement dans les autodafé. Une solennité de ce genre avait été célébrée le soir même du jour de mon jugement. Avais-je été réintégré dans mon cachot pour y attendre le prochain sacrifice qui ne devait avoir lieu que dans quelques mois ? Je vis tout d’abord que cela ne pouvait pas être. Le contingent des victimes avait été mis immédiatement en réquisition ; de plus, mon premier cachot, comme toutes les cellules des condamnés à Tolède, était pavé de pierres, et la lumière n’en était pas tout à fait exclue.

Tout à coup une idée terrible chassa le sang par torrents vers mon cœur, et, pendant quelques instants, je retombai de nouveau dans mon insensibilité. En revenant à moi, je me dressai d’un seul coup sur mes pieds, tremblant convulsivement dans chaque fibre. J’étendis follement mes bras au-dessus et autour de moi, dans tous les sens. Je ne sentais rien ; cependant, je tremblais de faire un pas, j’avais peur de me heurter contre les murs de ma tombe. La sueur jaillissait de tous mes pores et s’arrêtait en grosses gouttes froides sur mon front. L’agonie de l’incertitude devint à la longue intolérable, et je m’avançai avec précaution, étendant les bras et dardant mes yeux hors de leurs orbites, dans l’espérance de surprendre quelque faible rayon de lumière. Je fis plusieurs pas, mais tout était noir et vide. Je respirai plus librement. Enfin il me parut évident que la plus affreuse des destinées n’était pas celle qu’on m’avait réservée.

Et alors, comme je continuais à m’avancer avec précaution, mille vagues rumeurs qui couraient sur ces horreurs de Tolède vinrent se presser pêle-mêle dans ma mémoire. Il se racontait sur ces cachots d’étranges choses, — je les avais toujours considérées comme des fables, — mais cependant si étranges et si effrayantes, qu’on ne les pouvait répéter qu’à voix basse. Devais-je mourir de faim dans ce monde souterrain de ténèbres, — ou quelle destinée, plus terrible encore peut-être, m’attendait ? Que le résultat fût la mort, et une mort d’une amertume choisie, je connaissais trop bien le caractère de mes juges pour en douter ; le mode et l’heure étaient tout ce qui m’occupait et me tourmentait.

Mes mains étendues rencontrèrent à la longue un obstacle solide. C’était un mur, qui semblait construit en pierres, — très lisse, humide et froid. Je le suivis de près, marchant avec la soigneuse méfiance que m’avaient inspirée certaines anciennes histoires. Cette opération néanmoins ne me donnait aucun moyen de vérifier la dimension de mon cachot ; car je pouvais en faire le tour et revenir au point d’où j’étais parti sans m’en apercevoir, tant le mur semblait parfaitement uniforme. C’est pourquoi je cherchai le couteau que j’avais dans ma poche quand on m’avait conduit au tribunal ; mais il avait disparu, mes vêtements ayant été changés contre une robe de serge grossière. J’avais eu l’idée d’enfoncer la lame dans quelque menue crevasse de la maçonnerie, afin de bien constater mon point de départ. La difficulté cependant était bien vulgaire ; mais d’abord, dans le désordre de ma pensée, elle me sembla insurmontable. Je déchirai une partie de l’ourlet de ma robe, et je plaçai le morceau par terre, dans toute sa longueur et à angle droit contre le mur. En suivant mon chemin à tâtons autour de mon cachot, je ne pouvais pas manquer de rencontrer ce chiffon en achevant le circuit. Du moins, je le croyais ; mais je n’avais pas tenu compte de l’étendue de mon cachot ou de ma faiblesse. Le terrain était humide et glissant. J’allai en chancelant pendant quelque temps, puis je trébuchai, je tombai. Mon extrême fatigue me décida à rester couché, et le sommeil me surprit bientôt dans cet état.

En m’éveillant et en étendant un bras, je trouvai à côté de moi un pain et une cruche d’eau. J’étais trop épuisé pour réfléchir sur cette circonstance, mais je bus et mangeai avec avidité. Peu de temps après, je repris mon voyage autour de ma prison, et avec beaucoup de peine j’arrivai au lambeau de serge. Au moment où je tombai, j’avais déjà compté cinquante-deux pas, et, en reprenant ma promenade, j’en comptai encore quarante-huit, — quand je rencontrai mon chiffon. Donc, en tout, cela faisait cent pas ; et, en supposant que deux pas fissent un yard, je présumai que le cachot avait cinquante yards de circuit. J’avais toutefois rencontré beaucoup d’angles dans le mur, et ainsi il n’y avait guère moyen de conjecturer la forme du caveau ; car je ne pouvais m’empêcher de supposer que c’était un caveau.

Je ne mettais pas un bien grand intérêt dans ces recherches, — à coup sûr, pas d’espoir ; mais une vague curiosité me poussa à les continuer. Quittant le mur, je résolus de traverser la superficie circonscrite. D’abord, j’avançai avec une extrême précaution ; car le sol, quoique paraissant fait d’une matière dure, était traître et gluant. À la longue cependant, je pris courage, et je me mis à marcher avec assurance, m’appliquant à traverser en ligne aussi droite que possible. Je m’étais ainsi avancé de dix ou douze pas environ, quand le reste de l’ourlet déchiré de ma robe s’entortilla dans mes jambes. Je marchai dessus et tombai violemment sur le visage.

Dans le désordre de ma chute, je ne remarquai pas tout de suite une circonstance passablement surprenante, qui cependant, quelques secondes après, et comme j’étais encore étendu, fixa mon attention. Voici : mon menton posait sur le sol de la prison, mais mes lèvres et la partie supérieure de ma tête, quoique paraissant situées à une moindre élévation que le menton, ne touchaient à rien. En même temps, il me sembla que mon front était baigné d’une vapeur visqueuse et qu’une odeur particulière de vieux champignons montait vers mes narines. J’étendis le bras, et je frissonnai en découvrant que j’étais tombé sur le bord même d’un puits circulaire, dont je n’avais, pour le moment, aucun moyen de mesurer l’étendue. En tâtant la maçonnerie juste au-dessous de la margelle, je réussis à déloger un petit fragment, et je le laissai tomber dans l’abîme. Pendant quelques secondes, je prêtai l’oreille à ses ricochets ; il battait dans sa chute les parois du gouffre ; à la fin, il fit dans l’eau un lugubre plongeon, suivi de bruyants échos. Au même instant, un bruit se fit au-dessus de ma tête, comme d’une porte presque aussitôt fermée qu’ouverte, pendant qu’un faible rayon de lumière traversait soudainement l’obscurité et s’éteignait presque en même temps.

Je vis clairement la destinée qui m’avait été préparée, et je me félicitai de l’accident opportun qui m’avait sauvé. Un pas de plus, et le monde ne m’aurait plus revu. Et cette mort évitée à temps portait ce même caractère que j’avais regardé comme fabuleux et absurde dans les contes qui se faisaient sur l’inquisition. Les victimes de sa tyrannie n’avaient pas d’autre alternative que la mort avec ses plus cruelles agonies physiques, ou la mort avec ses plus abominables tortures morales. J’avais été réservé pour cette dernière. Mes nerfs étaient détendus par une longue souffrance, au point que je tremblais au son de ma propre voix, et j’étais devenu à tous égards un excellent sujet pour l’espèce de torture qui m’attendait.

Tremblant de tous mes membres, je rebroussai chemin à tâtons vers le mur, — résolu à m’y laisser mourir plutôt que d’affronter l’horreur des puits, que mon imagination multipliait maintenant dans les ténèbres de mon cachot. Dans une autre situation d’esprit, j’aurais eu le courage d’en finir avec mes misères, d’un seul coup, par un plongeon dans l’un de ces abîmes ; mais maintenant j’étais le plus parfait des lâches. Et puis il m’était impossible d’oublier ce que j’avais lu au sujet de ces puits, — que l’extinction soudaine de la vie était une possibilité soigneusement exclue par l’infernal génie qui en avait conçu le plan. L’agitation de mon esprit me tint éveillé pendant de longues heures ; mais à la fin je m’assoupis de nouveau. En m’éveillant, je trouvai à côté de moi, comme la première fois, un pain et une cruche d’eau. Une soif brûlante me consumait, et je vidai la cruche tout d’un trait. Il faut que cette eau ait été droguée, — car à peine l’eus-je bue que je m’assoupis irrésistiblement. Un profond sommeil tomba sur moi, — un sommeil semblable à celui de la mort. Combien de temps dura-t-il, je n’en puis rien savoir ; mais, quand je rouvris les yeux, les objets autour de moi étaient visibles. Grâce à une lueur singulière, sulfureuse, dont je ne pus pas d’abord découvrir l’origine, je pouvais voir l’étendue et l’aspect de la prison.

Je m’étais grandement mépris sur sa dimension. Les murs ne pouvaient pas avoir plus de vingt-cinq yards de circuit. Pendant quelques minutes, cette découverte fut pour moi un immense trouble ; trouble bien puéril, en vérité, — car, au milieu des circonstances terribles qui m’entouraient, que pouvait-il y avoir de moins important que les dimensions de ma prison ? Mais mon âme mettait un intérêt bizarre dans des niaiseries, et je m’appliquai fortement à me rendre compte de l’erreur que j’avais commise dans mes mesures. À la fin, la vérité m’apparut comme un éclair. Dans ma première tentative d’exploration, j’avais compté cinquante-deux pas, jusqu’au moment où je tombai ; je devais être alors à un pas ou deux du morceau de serge ; dans le fait, j’avais presque accompli le circuit du caveau. Je m’endormis alors, — et, en m’éveillant, il faut que je sois retourné sur mes pas, — créant ainsi un circuit presque double du circuit réel. La confusion de mon cerveau m’avait empêché de remarquer que j’avais commencé mon tour avec le mur à ma gauche, et que je finissais avec le mur à ma droite.

Je m’étais aussi trompé relativement à la forme de l’enceinte. En tâtant ma route, j’avais trouvé beaucoup d’angles, et j’en avais déduit l’idée d’une grande irrégularité ; tant est puissant l’effet d’une totale obscurité sur quelqu’un qui sort d’une léthargie ou d’un sommeil ! Ces angles étaient simplement produits par quelques légères dépressions ou retraits à des intervalles inégaux. La forme générale de la prison était un carré. Ce que j’avais pris pour de la maçonnerie semblait maintenant du fer, ou tout autre métal, en plaques énormes, dont les sutures et les joints occasionnaient les dépressions. La surface entière de cette construction métallique était grossièrement barbouillée de tous les emblèmes hideux et répulsifs auxquels la superstition sépulcrale des moines a donné naissance. Des figures de démons, avec des airs de menace, avec des formes de squelettes, et d’autres images d’une horreur plus réelle souillaient les murs dans toute leur étendue. J’observai que les contours de ces monstruosités étaient suffisamment distincts, mais que les couleurs étaient flétries et altérées, comme par l’effet d’une atmosphère humide. Je remarquai alors le sol, qui était en pierre. Au centre bâillait le puits circulaire, à la gueule duquel j’avais échappé ; mais il n’y en avait qu’un seul dans le cachot.

Je vis tout cela indistinctement et non sans effort, — car ma situation physique avait singulièrement changé pendant mon sommeil. J’étais maintenant couché sur le dos, tout de mon long, sur une espèce de charpente de bois très basse. J’y étais solidement attaché avec une longue bande qui ressemblait à une sangle. Elle s’enroulait plusieurs fois autour de mes membres et de mon corps, ne laissant de liberté qu’à ma tête et à mon bras gauche ; mais encore me fallait-il faire un effort des plus pénibles pour me procurer la nourriture contenue dans un plat de terre posé à côté de moi sur le sol. Je m’aperçus avec terreur que la cruche avait été enlevée. Je dis : avec terreur, car j’étais dévoré d’une intolérable soif. Il me sembla qu’il entrait dans le plan de mes bourreaux d’exaspérer cette soif, — car la nourriture contenue dans le plat était une viande cruellement assaisonnée.

Je levai les yeux, et j’examinai le plafond de la prison. Il était à une hauteur de trente ou quarante pieds, et, par sa construction, il ressemblait beaucoup aux murs latéraux. Dans un de ses panneaux, une figure des plus singulières fixa toute mon attention. C’était la figure peinte du Temps, comme il est représenté d’ordinaire, sauf qu’au lieu d’une faux il tenait un objet qu’au premier coup d’œil je pris pour l’image peinte d’un énorme pendule, comme on en voit dans les horloges antiques. Il y avait néanmoins dans l’aspect de cette machine quelque chose qui me fit la regarder avec plus d’attention. Comme je l’observais directement, les yeux en l’air, — car elle était placée juste au-dessus de moi, — je crus la voir remuer. Un instant après, mon idée était confirmée. Son balancement était court, et naturellement très lent. Je l’épiai pendant quelques minutes, non sans une certaine défiance, mais surtout avec étonnement. Fatigué à la longue de surveiller son mouvement fastidieux, je tournai mes yeux vers les autres objets de la cellule.

Un léger bruit attira mon attention, et, regardant le sol, je vis quelques rats énormes qui le traversaient. Ils étaient sortis par le puits, que je pouvais apercevoir à ma droite. Au même instant, comme je les regardais, ils montèrent par troupes, en toute hâte, avec des yeux voraces, affriandés par le fumet de la viande. Il me fallait beaucoup d’efforts et d’attention pour les en écarter.

Il pouvait bien s’être écoulé une demi-heure, peut-être même une heure, — car je ne pouvais mesurer le temps que très imparfaitement, — quand je levai de nouveau les yeux au-dessus de moi. Ce que je vis alors me confondit et me stupéfia. Le parcours du pendule s’était accru presque d’un yard ; sa vélocité, conséquence naturelle, était aussi beaucoup plus grande. Mais ce qui me troubla principalement fut l’idée qu’il était visiblement descendu. J’observai alors, — avec quel effroi, il est inutile de le dire, — que son extrémité inférieure était formée d’un croissant d’acier étincelant, ayant environ un pied de long d’une corne à l’autre ; les cornes dirigées en haut, et le tranchant inférieur évidemment affilé comme celui d’un rasoir. Comme un rasoir aussi, il paraissait lourd et massif, s’épanouissant, à partir du fil, en une forme large et solide. Il était ajusté à une lourde verge de cuivre, et le tout sifflait en se balançant à travers l’espace.

Je ne pouvais pas douter plus longtemps du sort qui m’avait été préparé par l’atroce ingéniosité monacale. Ma découverte du puits était devinée par les agents de l’inquisition, — le puits, dont les horreurs avaient été réservées à un hérétique aussi téméraire que moi, — le puits, figure de l’enfer, et considéré par l’opinion comme l’Ultima Thule de tous leurs châtiments ! J’avais évité le plongeon par le plus fortuit des accidents, et je savais que l’art de faire du supplice un piège et une surprise formait une branche importante de tout ce fantastique système d’exécutions secrètes. Or, ayant manqué ma chute dans l’abîme, il n’entrait pas dans le plan démoniaque de m’y précipiter ; j’étais donc voué, — et cette fois sans alternative possible, — à une destruction différente et plus douce. — Plus douce ! J’ai presque souri dans mon agonie en pensant à la singulière application que je faisais d’un pareil mot.

Que sert-il de raconter les longues, longues heures d’horreur plus que mortelles durant lesquelles je comptai les oscillations vibrantes de l’acier ? Pouce par pouce, — ligne par ligne, — il opérait une descente graduée et seulement appréciable à des intervalles qui me paraissaient des siècles, — et toujours il descendait, — toujours plus bas, — toujours plus bas ! Il s’écoula des jours, il se peut que plusieurs jours se soient écoulés, avant qu’il vînt se balancer assez près de moi pour m’éventer avec son souffle âcre. L’odeur de l’acier aiguisé s’introduisait dans mes narines. Je priai le ciel, je le fatiguai de ma prière, — de faire descendre l’acier plus rapidement. Je devins fou, frénétique, et je m’efforçai de me soulever, d’aller à la rencontre de ce terrible cimeterre mouvant. Et puis, soudainement, je tombai dans un grand calme, — et je restai étendu, souriant à cette mort étincelante, comme un enfant à quelque précieux joujou.

Il se fit un nouvel intervalle de parfaite insensibilité ; intervalle très court, car, en revenant à la vie, je ne trouvai pas que le pendule fût descendu d’une quantité appréciable. Cependant, il se pourrait bien que ce temps eût été long, — car je savais qu’il y avait des démons qui avaient pris note de mon évanouissement, et qui pouvaient arrêter la vibration à leur gré. En revenant à moi, j’éprouvai un malaise et une faiblesse — oh ! inexprimables, — comme par suite d’une longue inanition. Même au milieu des angoisses présentes, la nature humaine implorait sa nourriture. Avec un effort pénible, j’étendis mon bras gauche aussi loin que mes liens me le permettaient, et je m’emparai d’un petit reste que les rats avaient bien voulu me laisser. Comme j’en portais une partie à mes lèvres, une pensée informe de joie, — d’espérance, — traversa mon esprit. Cependant, qu’y avait-il de commun entre moi et l’espérance ? C’était, dis-je, une pensée informe ; — l’homme en a souvent de semblables qui ne sont jamais complétées. Je sentis que c’était une pensée de joie, — d’espérance ; mais je sentis aussi qu’elle était morte en naissant. Vainement je m’efforçai de la parfaire, — de la rattraper. Ma longue souffrance avait presque annihilé les facultés ordinaires de mon esprit. J’étais un imbécile, — un idiot.

La vibration du pendule avait lieu dans un plan faisant angle droit avec ma longueur. Je vis que le croissant avait été disposé pour traverser la région du cœur. Il éraillerait la serge de ma robe, — puis il reviendrait et répéterait son opération, — encore, — et encore. Malgré l’effroyable dimension de la courbe parcourue (quelque chose comme trente pieds, peut-être plus) et la sifflante énergie de sa descente, qui aurait suffi pour couper même ces murailles de fer, en somme, tout ce qu’il pouvait faire, pour quelques minutes, c’était d’érailler ma robe. Et sur cette pensée je fis une pause. Je n’osais pas aller plus loin que cette réflexion. Je m’appesantis là-dessus avec une attention opiniâtre, comme si, par cette insistance, je pouvais arrêter  la descente de l’acier. Je m’appliquai à méditer sur le son que produirait le croissant en passant à travers mon vêtement, — sur la sensation particulière et pénétrante que le frottement de la toile produit sur les nerfs. Je méditai sur toutes ces futilités, jusqu’à ce que mes dents fussent agacées.

Plus bas, — plus bas encore, — il glissait toujours plus bas. Je prenais un plaisir frénétique à comparer sa vitesse de haut en bas avec sa vitesse latérale. À droite, — à gauche, — et puis il fuyait loin, loin, et puis il revenait, — avec le glapissement d’un esprit damné ! — jusqu’à mon cœur, avec l’allure furtive du tigre ! Je riais et je hurlais alternativement, selon que l’une ou l’autre idée prenait le dessus.

Plus bas, — invariablement, impitoyablement plus bas ! Il vibrait à trois pouces de ma poitrine ! Je m’efforçai violemment, — furieusement, — de délivrer mon bras gauche. Il était libre seulement depuis le coude jusqu’à la main. Je pouvais faire jouer ma main depuis le plat situé à côté de moi jusqu’à ma bouche, avec un grand effort, — et rien de plus. Si j’avais pu briser les ligatures au-dessus du coude, j’aurais saisi le pendule, et j’aurais essayé de l’arrêter. J’aurais aussi bien essayé d’arrêter une avalanche !

Toujours plus bas ! — incessamment, — inévitablement plus bas ! Je respirais douloureusement, et je m’agitais à chaque vibration. Je me rapetissais convulsivement à chaque balancement. Mes yeux le suivaient dans sa volée ascendante et descendante avec l’ardeur du désespoir le plus insensé ; ils se refermaient spasmodiquement au moment de la descente, quoique la mort eût été un soulagement, — oh ! quel indicible soulagement ! Et cependant je tremblais dans tous mes nerfs, quand je pensais qu’il suffirait que la machine descendît d’un cran pour précipiter sur ma poitrine cette hache aiguisée, étincelante. C’était l’espérance qui faisait ainsi trembler mes nerfs, et tout mon être se replier. C’était l’espérance, — l’espérance qui triomphe même sur le chevalet, — qui chuchote à l’oreille des condamnés à mort, même dans les cachots de l’inquisition.

Je vis que dix ou douze vibrations environ mettraient l’acier en contact immédiat avec mon vêtement, — et avec cette observation entra dans mon esprit le calme aigu et condensé du désespoir. Pour la première fois depuis bien des heures, — depuis bien des jours peut-être, je pensai. Il me vint à l’esprit que le bandage, ou sangle qui m’enveloppait était d’un seul morceau. J’étais attaché par un lien continu. La première morsure du rasoir, du croissant, dans une partie quelconque de la sangle, devait la détacher suffisamment pour permettre à ma main gauche de la dérouler tout autour de moi. Mais combiendevenait terrible dans ce cas la proximité de l’acier ! Et le résultat de la plus légère secousse, mortel ! Était-il vraisemblable, d’ailleurs, que les mignons du bourreau n’eussent pas prévu et paré cette possibilité ? Était-il probable que le bandage traversât ma poitrine dans le parcours du pendule ? Tremblant de me voir frustré de ma faible espérance, vraisemblablement ma dernière, je haussai suffisamment ma tête pour voir distinctement ma poitrine. La sangle enveloppait étroitement mes membres et mon corps dans tous les sens, — excepté dans le chemin du croissant homicide.

À peine avais-je laissé retomber ma tête dans sa position première, que je sentis briller dans mon esprit quelque chose que je ne saurais mieux définir que la moitié non formée de cette idée de délivrance dont j’ai déjà parlé, et dont une moitié seule avait flotté vaguement dans ma cervelle, lorsque je portai la nourriture à mes lèvres brûlantes. L’idée tout entière était maintenant présente, — faible, à peine viable, à peine définie, — mais enfin complète. Je me mis immédiatement, avec l’énergie du désespoir, à en tenter l’exécution.

Depuis plusieurs heures, le voisinage immédiat du châssis sur lequel j’étais couché fourmillait littéralement de rats. Ils étaient tumultueux, hardis, voraces, — leurs yeux rouges dardés sur moi, comme s’ils n’attendaient que mon immobilité pour faire de moi leur proie.

« À quelle nourriture, pensai-je, ont-ils été accoutumés dans ce puits ? »

Excepté un petit reste, ils avaient dévoré, en dépit de tous mes efforts pour les en empêcher, le contenu du plat. Ma main avait contracté une habitude de va-et-vient, de balancement vers le plat ; et, à la longue, l’uniformité machinale du mouvement lui avait enlevé toute son efficacité. Dans sa voracité, cette vermine fixait souvent ses dents aiguës dans mes doigts. Avec les miettes de la viande huileuse et épicée qui restait encore, je frottai fortement le bandage partout où je pus l’atteindre ; puis, retirant ma main du sol, je restai immobile et sans respirer.

D’abord, les voraces animaux furent saisis et effrayés du changement, — de la cessation du mouvement. Ils prirent l’alarme et tournèrent le dos ; plusieurs regagnèrent le puits ; mais cela ne dura qu’un moment. Je n’avais pas compté en vain sur leur gloutonnerie. Observant que je restais sans mouvement, un ou deux des plus hardis grimpèrent sur le châssis et flairèrent la sangle. Cela me parut le signal d’une invasion générale. Des troupes fraîches se précipitèrent hors du puits. Ils s’accrochèrent au bois, — ils l’escaladèrent et sautèrent par centaines sur mon corps. Le mouvement régulier du pendule ne les troublait pas le moins du monde. Ils évitaient son passage et travaillaient activement sur le bandage huilé. Ils se pressaient, — ils fourmillaient et s’amoncelaient incessamment sur moi ; ils se tortillaient sur ma gorge ; leurs lèvres froides cherchaient les miennes ; j’étais à moitié suffoqué par leur poids multiplié ; un dégoût, qui n’a pas de nom dans le monde, soulevait ma poitrine et glaçait mon cœur comme un pesant vomissement. Encore une minute, et je sentais que l’horrible opération serait finie. Je sentais positivement le relâchement du bandage ; je savais qu’il devait être déjà coupé en plus d’un endroit. Avec une résolution surhumaine, je restai immobile. Je ne m’étais pas trompé dans mes calculs, — je n’avais pas souffert en vain. À la longue, je sentis que j’étais libre. La sangle pendait en lambeaux autour de mon corps ; mais le mouvement du pendule attaquait déjà ma poitrine ; il avait fendu la serge de ma robe ; il avait coupé la chemise de dessous ; il fit encore deux oscillations, — et une sensation de douleur aiguë traversa tous mes nerfs. Mais l’instant du salut était arrivé. À un geste de ma main, mes libérateurs s’enfuirent tumultueusement. Avec un mouvement tranquille et résolu, — prudent et oblique, — lentement et en m’aplatissant, — je me glissai hors de l’étreinte du bandage et des atteintes du cimeterre. Pour le moment du moins,j’étais libre !

Libre ! — et dans la griffe de l’inquisition ! J’étais à peine sorti de mon grabat d’horreur, j’avais à peine fait quelques pas sur le pavé de la prison, que le mouvement de l’infernale machine cessa, et que je la vis attirée par une force invisible à travers le plafond. Ce fut une leçon qui me mit le désespoir dans le cœur. Tous mes mouvements étaient indubitablement épiés. Libre ! — je n’avais échappé à la mort sous une espèce d’agonie que pour être livré à quelque chose de pire que la mort sous quelque autre espèce. À cette pensée, je roulai mes yeux convulsivement sur les parois de fer qui m’enveloppaient. Quelque chose de singulier — un changement que d’abord je ne pus apprécier distinctement — se produisit dans la chambre, — c’était évident. Durant quelques minutes d’une distraction pleine de rêves et de frissons, je me perdis dans de vaines et incohérentes conjectures. Pendant ce temps, je m’aperçus pour la première fois de l’origine de la lumière sulfureuse qui éclairait la cellule. Elle provenait d’une fissure large à peu près d’un demi-pouce, qui s’étendait tout autour de la prison à la base des murs, qui paraissaient ainsi et étaient en effet complètement séparés du sol. Je tâchai, mais bien en vain, comme on le pense, de regarder par cette ouverture.

Comme je me relevais découragé, le mystère de l’altération de la chambre se dévoila tout d’un coup à mon intelligence. J’avais observé que, bien que les contours des figures murales fussent suffisamment distincts, les couleurs semblaient altérées et indécises. Ces couleurs venaient de prendre et prenaient à chaque instant un éclat saisissant et très intense, qui donnait à ces images fantastiques et diaboliques un aspect dont auraient frémi des nerfs plus solides que les miens. Des yeux de démons, d’une vivacité féroce et sinistre, étaient dardés sur moi de mille endroits, où primitivement je n’en soupçonnais aucun, et brillaient de l’éclat lugubre d’un feu que je voulais absolument, mais en vain, regarder comme imaginaire.

Imaginaire ! — Il me suffisait de respirer pour attirer dans mes narines la vapeur du fer chauffé ! Une odeur suffocante se répandit dans la prison ! Une ardeur plus profonde se fixait à chaque instant dans les yeux dardés sur mon agonie ! Une teinte plus riche de rouge s’étalait sur ces horribles peintures de sang ! J’étais haletant ! Je respirais avec effort ! Il n’y avait pas à douter du dessein de mes bourreaux. Oh ! les plus impitoyables, oh ! les plus démoniaques des hommes ! Je reculai loin du métal ardent vers le centre du cachot. En face de cette destruction par le feu, l’idée de la fraîcheur du puits surprit mon âme comme un baume. Je me précipitai vers ses bords mortels. Je tendis mes regards vers le fond. L’éclat de la voûte enflammée illuminait ses plus secrètes cavités. Toutefois, pendant un instant d’égarement, mon esprit se refusa à comprendre la signification de ce que je voyais. À la fin, cela entra dans mon âme, — de force, victorieusement ; cela s’imprima en feu sur ma raison frissonnante. Oh ! une voix, une voix pour parler ! — Oh ! horreur — Oh ! toutes les horreurs, excepté celle-là ! — Avec un cri, je me rejetai loin de la margelle, et, cachant mon visage dans mes mains, je pleurai amèrement.

La chaleur augmentait rapidement, et une fois encore je levai les yeux, frissonnant comme dans un accès de fièvre. Un second changement avait eu lieu dans la cellule, — et maintenant ce changement était évidemment dans laforme. Comme la première fois, ce fut d’abord en vain que je cherchai à apprécier ou à comprendre ce qui se passait. Mais on ne me laissa pas longtemps dans le doute. La vengeance de l’inquisition marchait grand train, déroutée deux fois par mon bonheur, et il n’y avait pas à jouer plus longtemps avec le Roi des Épouvantements. La chambre avait été carrée. Je m’apercevais que deux de ses angles de fer étaient maintenant aigus, — deux conséquemment obtus. Le terrible contraste augmentait rapidement, avec un grondement, un gémissement sourd. En un instant, la chambre avait changé sa forme en celle d’un losange. Mais la transformation ne s’arrêta pas là. Je ne désirais pas, je n’espérais pas qu’elle s’arrêtât. J’aurais appliqué les murs rouges contre ma poitrine, comme un vêtement d’éternelle paix.

« La mort, — me dis-je, — n’importe quelle mort, excepté celle du puits ! »

Insensé ! comment n’avais-je pas compris qu’il fallait le puits, que ce puits seul était la raison du fer brûlant qui m’assiégeait ? Pouvais-je résister à son ardeur ? Et, même en le supposant, pouvais-je me roidir contre sa pression ? Et maintenant, le losange s’aplatissait, s’aplatissait avec une rapidité qui ne me laissait pas le temps de la réflexion. Son centre, placé sur la ligne de sa plus grande largeur, coïncidait juste avec le gouffre béant. J’essayai de reculer, — mais les murs, en se resserrant, me pressaient irrésistiblement. Enfin, il vint un moment où mon corps brûlé et contorsionné trouvait à peine sa place, où il y eut à peine place pour mon pied sur le sol de la prison. Je ne luttais plus, mais l’agonie de mon âme s’exhala dans un grand et long cri suprême de désespoir. Je sentis que je chancelais sur le bord, — je détournai les yeux…

Mais voilà comme un bruit discordant de voix humaines ! Une explosion, un ouragan de trompettes ! Un puissant rugissement comme celui d’un millier de tonnerres ! Les murs de feu reculèrent précipitamment ! Un bras étendu saisit le mien comme je tombais, défaillant, dans l’abîme. C’était le bras du général Lassalle. L’armée française était entrée à Tolède. L’inquisition était dans les mains de ses ennemis.

 


55.Résoudre un problème stoechiométrique.

1.Qu’est-ce qu’un problème stœchiométrique  ?

Il s’agit d’un problème mesurant des rapports de masse.

 

2.Comment faire pour en résoudre un ?

Il faut suivre les directives suivantes dans l’ordre :

a-Pondérer l’équation chimique de base.

b-Identifier les données et les inconnues.

c-Exprimer les données en moles.

d-Réaliser la lecture molaire de la réaction.

e-Trouver le rapport.

f-Appliquer ce rapport afin de trouver le nombre de moles de produits obtenus et donc les inconnues.

g-Réaliser la lecture finale de la réaction ( simple phrase avec les réponses trouvées).

3.Un exemple pour illustrer tout ça…

Quelles masses de dioxyde de souffre et d’eau faut-il  pour préparer 164 g d’acide sulfureux ?

SO2+H20→H2SO3

a.cette équation est déjà pondérée.Il n’est donc pas nécessaire de le faire donc.

b.données : masse de H2SO3 = 164 g — masse molaire (M) de H2SO3 = 82 g/mol

inconnues : masse de SO2 = ? et masse de H2O = ?

c.SO2 : 1mol —H2O : 1 mol—H2SO3 : 1 mol.

d.Une mole de dioxyde de soufre et une mole d’eau réagissent pour former une mole d’acide sulfureux.

e.H2SO3 →n (nombre de mole) = m (masse)/M = 164/82 = 2 mol

Puisque que les coefficients stœchiométriques sont identiques (1, ce qui explique que l’on ait pas du pondérer l’équation chimique) alors  le nombre de mole est le même partout et donc par conséquent que :

n de SO2 = 2 mol

n de H2O= 2 mol

 

f.SO2 : n=2mol—-m = M.n=64.2=128 g

H2O : n = 2mol—m=M.n=18.2=36 g

 

g.128 g de dioxyde de soufre et 36 g d’eau réagissent pour former 164 g d’acide sulfureux.


54.Dossier planifié.

Le blog « A crazy world » grandit et donc se développent.Nous essayons donc d’être un peu plus présent sur le net et d’innover tout les mois.En novembre, nous vous proposerons donc une nouveauté qui se répétera ensuite tout les mois : un dossier, sur un sujet choisi que l’on développera au maximum.En novembre, nous avons décidé que le dossier n°1 porterai sur Star Wars.Par contre pour le mois de décembre, nous n’avons encore rien choisi.Vous avez donc carte blanche.Envoyez-nous vos commentaires, nous tiendrons compte de tout vos avis.

Bien à vous,

le créateur.


53.Le chien, meilleur ami de l’homme ?

En France, ce dimanche 28 octobre, une vieille dame a été mordue par deux bergers allemands appartenant à son voisin, alors que cette dernière était dans son propre jardin.Les blessures étant très graves, la femme est décédée.Le débat est donc une nouvelle fois relancé : le chien est-il dangereux ?

53.Le chien, meilleur ami de l'homme ? dans société berger-allemand-chien-mechant2

 

   Selon les scientifiques  la réponse est non.Aucune race n’est dangereuse à la base.Mais ce sont les conditions de vie, l’éducation, la privation qui peuvent en modifier le comportement.Certains chiens sont d’ailleurs dressés à l’attaque par leur maître.Ils développent alors de l’agressivité qu’ils peuvent manifester à l’égard de leur maître, d’étrangers ou d’autres animaux.Les délinquants canins (chien n’ayant pas reçu d’éducation du tout) sont donc plus enclin à devenir dominant et agressif.

   Pourtant,il ne faut pas oublier que le chien est avant tout un prédateur et qu’en Belgique  et que l’ on en dénombre plus de un million.Qu’il possède 42 dents puissantes et tranchantes, que ses dents sont capables de déchirer, couper et broyer, que grâce à ses puissants muscles maxillaires, son museau peut être une arme dangereuse et une sorte de «meule» avec laquelle il déchiquette et même broie les os. Que plus les chiens sont grands, plus ils possèdent de grandes dents. Ainsi, lorsqu’un gros chien mord, il fait plus mal qu’un petit chien et la personne qui se fait attaquer aura alors une blessure plus profonde que si elle s’était fait mordre par de plus petites dents.  

   Mais alors, que faire ? La grande solution serait la socialisation du chien, c’est-à-dire apprendre à l’animal l’ensemble des comportements nécessaires à la vie en meute.Le confronter à toute les situations peut aussi être important, lui faire voir des enfants, des personnes âgées afin qu’il apprenne à se « conformer », car le chien est avant tout un animal sauvage et si il a peur, les morsures infligées à ses victimes sont généralement les plus graves.Une morsure sur deux est d’ailleurs causée par la crainte de l’animal.Son éducation est donc capitale.Car le chiot s’identifie à l’espèce dont il reçoit l’apprentissage et en  ressort « imprégné ».Cet état est bien évidemment irréversible.

   Néanmoins, tout ne dépend pas du chien.Combien de maîtres se baladent avec lui sans aucune laisse dans les lieux publics grouillant d’enfants qui peuvent donc être des proies faciles pour l’animal ? On ne sait jamais comment réagi une bête et la première erreur que l’on puisse faire est de dire que le chien est le meilleur ami de l’homme.

   Donc, un chien dangereux doit-il être euthanasié ? La réponse est oui.Et cela coule de source.Car l’animal aura tendance à recommencer.C’est avant tout un animal et ses instincts primitifs peuvent ressortir malgré « une socialisation bien enracinée ». Et puis, c’est un moyen de dédommager ses familles dont les membres ont étés défigurés ou blessés grièvement  et qui seront marqués à vie par cet événement.


52.Laurent Gerra (imite Johnny Hallyday).

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51.Le château des Carpathes-Jules Verne (1892) : chapitre I.

51.Le château des Carpathes-Jules Verne (1892) : chapitre I. dans Littérature 1124523_4527037

Cette histoire n’est pas fantastique, elle n’est que romanesque. Faut-il en conclure qu’elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d’un temps où tout arrive, — on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n’est point vraisemblable aujourd’hui, il peut l’être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le  by Giant Savings » href= »http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Ch%C3%A2teau_des_Carpathes/1# »>lot de l’avenir, et personne ne s’aviserait de le mettre au rang des légendes. D’ailleurs, il ne se crée plus de légendes au déclin de ce pratique et positif dix-neuvième siècle, ni en Bretagne, la contrée des farouches korrigans, ni en Écosse, la terre des brownies et des gnomes, ni en Norvège, la patrie des ases, des elfes, des sylphes et des valkyries, ni même en Transylvanie, où le cadre des Carpathes se prête si naturellement à toutes les évocations psychagogiques. Cependant il convient de noter que le pays transylvain est encore très attaché aux superstitions des premiers âges.

Ces provinces de l’extrême Europe, M. de Gérando les a décrites, Élisée Reclus les a visitées. Tous deux n’ont rien dit de la curieuse histoire sur laquelle repose ce roman. En ont-ils eu connaissance ? peut-être, mais ils n’auront  by Giant Savings » href= »http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Ch%C3%A2teau_des_Carpathes/1# »>point voulu y ajouter foi. C’est regrettable, car ils l’eussent racontée, l’un avec la précision d’un annaliste, l’autre avec cette poésie instinctive dont sont empreintes ses relations de voyage.

Puisque ni l’un ni l’autre ne l’ont fait, je vais essayer de le faire pour eux.

Le 29 mai de cette année-là, un berger surveillait son troupeau à la lisière d’un plateau verdoyant, au pied du Retyezat, qui domine une vallée fertile, boisée d’arbres à tiges droites, enrichie de belles cultures. Ce plateau élevé, découvert, sans abri, les galernes, qui sont les vents de nord-ouest, le rasent pendant l’hiver comme avec un rasoir de barbier. On dit alors, dans le pays, qu’il se fait la barbe — et parfois de très près.

Ce berger n’avait rien d’arcadien dans son accoutrement, ni de bucolique dans son attitude. Ce n’était pas Daphnis, Amyntas, Tityre, Lycidas ou Mélibée. Le Lignon ne murmurait point à ses pieds ensabotés de gros socques de bois : c’était la Sil valaque, dont les eaux fraîches et pastorales eussent été dignes de couler à travers les méandres du roman de l’Astrée.

Frik, Frik du village de Werst — ainsi se nommait ce rustique pâtour —, aussi mal tenu de sa personne que ses bêtes, bon à loger dans cette sordide crapaudière, bâtie à l’entrée du village, où ses moutons et ses porcs vivaient dans une révoltante prouacrerie —, seul mot, emprunté de la vieille langue, qui convienne aux pouilleuses bergeries du comitat.

L’immanum pecus paissait donc sous la conduite dudit Frik, — immanioripse. Couché sur un tertre matelassé d’herbe, il dormait d’un œil, veillant de l’autre, sa grosse pipe à la bouche, parfois sifflant ses chiens, lorsque quelque brebis s’éloignait du pâturage, ou donnant un coup de bouquin que répercutaient les échos multiples de la montagne.

Il était quatre heures après midi. Le soleil commençait à décliner. Quelques sommets, dont les bases se noyaient d’une brume flottante, s’éclairaient dans l’est. Vers le sud-ouest, deux brisures de la chaîne laissaient passer un oblique faisceau de rayons, comme un jet lumineux qui filtre par une porte entrouverte.

Ce système orographique appartenait à la portion la plus sauvage de la Transylvanie, comprise sous la dénomination de comitat de Klausenburg ou Kolosvar.

Curieux fragment de l’empire d’Autriche, cette Transylvanie, « l’Erdely » en magyar, c’est-à-dire « le pays des forêts ». Elle est limitée par la Hongrie au nord, la Valachie au sud, la Moldavie à l’ouest. Étendue sur soixante mille kilomètres carrés, soit six millions d’hectares — à peu près le neuvième de la France —, c’est une sorte de Suisse, mais de moitié plus vaste que le domaine helvétique, sans être plus peuplée. Avec ses plateaux livrés à la culture, ses luxuriants pâturages, ses vallées capricieusement dessinées, ses cimes sourcilleuses, la Transylvanie, zébrée par les ramifications d’origine plutonique des Carpathes, est sillonnée de nombreux cours d’eaux qui vont grossir la Theiss et ce superbe Danube, dont les Portes de Fer, à quelques milles au sud[1], ferment le défilé de la chaîne des Balkans sur la frontière de la Hongrie et de l’empire ottoman.

Tel est cet ancien pays des Daces, conquis par Trajan au premier siècle de l’ère chrétienne. L’indépendance dont il jouissait sous jean Zapoly et ses successeurs jusqu’en 1699, prit fin avec Léopold Ier, qui l’annexa à l’Autriche. Mais, quelle qu’ait été sa constitution politique, il est resté le commun habitat de diverses races qui s’y coudoient sans se fusionner, les Valaques ou Roumains, les Hongrois, les Tsiganes, les Szeklers d’origine moldave, et aussi les Saxons que le temps et les circonstances finiront par « magyariser » au profit de l’unité transylvaine.

A quel type se raccordait le berger Frik ? Était-ce un descendant dégénéré des anciens Daces ? Il eût été malaisé de se prononcer, à voir sa chevelure en désordre, sa face machurée, sa barbe en broussailles, ses sourcils épais comme deux brosses à crins rougeâtres, ses yeux pers, entre le vert et le bleu, et dont le larmier humide était circonscrit du cercle sénile. C’est qu’il est âgé de soixante-cinq ans, — il y a lieu de le croire du moins. Mais il est grand, sec, droit sous son sayon jaunâtre moins poilu que sa poitrine, et un peintre ne dédaignerait pas d’en saisir la silhouette, lorsque, coiffé d’un chapeau de sparterie, vrai bouchon de paille, il s’accote sur son bâton à bec de corbin, aussi immobile qu’un roc.

Au moment où les rayons pénétraient à travers la brisure de l’ouest, Frik se retourna ; puis, de sa main à demi fermée, il se fit un porte-vue — comme il en eût fait un porte-voix pour être entendu au loin et il regarda très attentivement.

Dans l’éclaircie de l’horizon, à un bon mille, mais très amoindri par l’éloignement, se profilaient les formes d’un burg. Cet antique château occupait, sur une croupe isolée du col de Vulkan, la partie supérieure d’un plateau appelé le plateau d’Orgall. Sous le jeu d’une éclatante lumière, son relief se détachait crûment, avec cette netteté que présentent les vues stéréoscopiques. Néanmoins, il fallait que l’œil du pâtour fût doué d’une grande puissance de vision pour distinguer quelque détail de cette masse lointaine.

Soudain le voilà qui s’écrie en hochant la tête :

« Vieux burg !… Vieux burg !… Tu as beau te carrer sur ta base !… Encore trois ans, et tu auras cessé d’exister, puisque ton hêtre n’a plus que trois branches ! » Ce hêtre, planté à l’extrémité de l’un des bastions du burg, s’appliquait en noir sur le fond du ciel comme une fine découpure de papier, et c’est à peine s’il eût été visible pour tout autre que Frik à cette distance. Quant à l’explication de ces paroles du berger, qui étaient provoquées par une légende relative au château, elle sera donnée en son temps.

« Oui ! répéta-t-il, trois branches… Il y en avait quatre hier, mais la quatrième est tombée cette nuit… Il n’en reste que le moignon… je n’en compte plus que trois à l’enfourchure… Plus que trois, vieux burg… plus que trois ! »

Lorsqu’on prend un berger par son côté idéal, l’imagination en fait volontiers un. être rêveur et contemplatif ; il s’entretient avec les planètes ; il confère avec les étoiles ; il lit dans le ciel. Au vrai, c’est généralement une brute ignorante et bouchée. Pourtant la crédulité publique lui attribue aisément le don du surnaturel ; il possède des maléfices ; suivant son humeur, il conjure les sorts ou les jette aux gens et aux bêtes — ce qui est tout un dans ce cas ; il vend des poudres sympathiques ; on lui achète des philtres et des formules. Ne va-t-il pas jusqu’à rendre les sillons stériles, en y lançant des pierres enchantées, et les brebis infécondes rien qu’en les regardant de l’œil gauche ? Ces superstitions sont de tous les temps et de tous les pays. Même au milieu des campagnes plus civilisées, on ne passe pas devant un berger, sans lui adresser quelque parole amicale, quelque bonjour significatif, en le saluant du nom de « pasteur » auquel il tient. Un coup de chapeau, cela permet d’échapper aux malignes influences, et sur les chemins de la Transylvanie, ou ne s’y épargne pas plus qu’ailleurs.

Frik était regardé comme un sorcier, un évocateur d’apparitions fantastiques. A entendre celui-ci, les vampires et les stryges lui obéissaient ; à en croire celui-là, on le rencontrait, au déclin de la lune, par les nuits sombres, comme on voit en d’autres contrées le grand bissexte, achevalé sur la vanne des moulins, causant avec les loups ou rêvant aux étoiles.

Frik laissait dire, y trouvant profit. Il vendait des charmes et des contre-charmes. Mais, observation à noter, il était lui-même aussi crédule que sa clientèle, et s’il ne croyait pas à ses propres sortilèges, du moins ajoutait-il foi aux légendes qui couraient le pays.

On ne s’étonnera donc pas qu’il eût tiré ce pronostic relatif à la disparition prochaine du vieux burg, puisque le hêtre était réduit à trois branches, ni qu’il eût hâte d’en porter la nouvelle à Werst.

Après avoir rassemblé son troupeau en beuglant à pleins poumons à travers un long bouquin de bois blanc, Frik reprit le chemin du village. Ses chiens le suivaient harcelant les bêtes — deux demi-griffons bâtards, hargneux et féroces, qui semblaient plutôt propres à dévorer des moutons qu’à les garder. Il y avait là une centaine de béliers et de brebis, dont une douzaine d’antenais de première année, le reste en animaux de troisième et de quatrième année, soit de quatre et de six dents.

Ce troupeau appartenait au juge de Werst, le biró Koltz, lequel payait à la commune un gros droit de brébiage, et qui appréciait fort son pâtour Frik, le sachant très habile à la tonte, et très entendu au traitement des maladies, muguet, affilée, avertin, douve, encaussement, falère, clavelée, piétin, rabuze et autres affections d’origine pécuaire.

Le troupeau marchait en masse compacte, le sonnailler devant, et, près de lui, la brebis birane, faisant tinter leur clarine au milieu des bêlements.

Au sortir de la pâture, Frik prit un large sentier, bordant de vastes champs. Là ondulaient les magnifiques épis d’un blé très haut sur tige, très long de chaume ; là s’étendaient quelques plantations de ce « koukouroutz », qui est le maïs du pays. Le chemin conduisait à la lisière d’une forêt de pins et de sapins, aux dessous frais et sombres. Plus bas, la Sil promenait son cours lumineux, filtré par le cailloutis du fond, et sur lequel flottaient les billes de bois débitées par les scieries de l’amont.

Chiens et moutons s’arrêtèrent sur la rive droite de la rivière et se mirent à boire avidement au ras de la berge, en remuant le fouillis des roseaux.

Werst n’était plus qu’à trois portées de fusil, au-delà d’une épaisse saulaie, formée de francs arbres et non de ces têtards rabougris, qui touffent à quelques pieds au-dessus de leurs racines. Cette saulaie se développait jusqu’aux pentes du col de Vulkan, dont le village, qui porte ce nom, occupe une saillie sur le versant méridional des massifs du Plesa.

La campagne était déserte à cette heure. C’est seulement à la nuit tombante que les gens de culture regagnent leur foyer, et Frik n’avait pu, chemin faisant, échanger le bonjour traditionnel. Son troupeau désaltéré, il allait s’engager entre les plis de la vallée, lorsqu’un homme apparut au tournant de la Sil, une cinquantaine de pas en aval.

— Eh ! l’ami ! » cria-t-il au pâtour.

C’était un de ces forains qui courent les marchés du comitat. On les rencontre dans les villes, dans les bourgades, jusque dans les plus modestes villages. Se faire comprendre n’est point pour les embarrasser : ils parlent toutes les langues. Celui-ci était-il italien, saxon ou valaque ? Personne n’eût pu le dire ; mais il était juif, juif polonais, grand, maigre, nez busqué, barbe en pointe, front bombé, yeux très vifs.

Ce colporteur vendait des lunettes, des thermomètres, des baromètres et de petites horloges. Ce qui n’était pas renfermé dans la balle assujettie par de fortes bretelles sur ses épaules, lui pendait au cou et à la ceinture : un véritable brelandinier, quelque chose comme un étalagiste ambulant.

Probablement ce juif avait le respect et peut-être la crainte salutaire qu’inspirent les bergers. Aussi salua t-il Frik de la main. Puis, dans cette langue roumaine, qui est formée du latin et du slave, il dit avec un accent étranger :

« Cela va-t-il comme vous voulez, l’ami ? 

— Oui… suivant le temps, répondit Frik.

— Alors vous allez bien aujourd’hui, car il fait beau.

— Et j’irai mal demain, car il pleuvra.

— Il pleuvra ?… s’écria le colporteur. Il pleut donc sans nuages dans votre pays ?

— Les nuages viendront cette nuit… et de là-bas… du mauvais côté de la montagne. 

— A quoi voyez-vous cela ?

— A la laine de mes moutons, qui est rêche et sèche comme un cuir tanné.

— Alors ce sera tant pis pour ceux qui arpentent les grandes routes…

— Et tant mieux pour ceux qui seront restés sur la porte de leur maison.

— Encore faut-il posséder une maison, pasteur.

— Avez-vous des enfants ? dit Frik.

— Non.

— Etes-vous marié ?

— Non. »

Et Frik demandait cela parce que, dans le pays, c’est l’habitude de le demander à ceux que l’on rencontre.

Puis, il reprit :

« D’où venez-vous, colporteur ?…

— D’Hermanstadt. »

Hermanstadt est une des principales bourgades de la Transylvanie. En la quittant, on trouve la vallée de la Sil hongroise, qui descend jusqu’au bourg de Petroseny.

« Et vous allez ?…

— A Kolosvar. »

Pour arriver à Kolosvar, il suffit de remonter dans la direction de la vallée du Maros ; puis, par Karlsburg, en suivant les premières assises des monts de Bihar, on atteint la capitale du comitat. Un chemin d’une vingtaine de milles [2]au plus.

En vérité, ces marchands de thermomètres, baromètres et patraques, évoquent toujours l’idée d’êtres à part, d’une allure quelque peu hoffmanesque. Cela tient à leur métier. Ils vendent le temps sous toutes ses formes, celui qui s’écoule, celui qu’il fait, celui qu’il fera, comme d’autres porteballes vendent des paniers, des tricots ou des cotonnades. On dirait qu’ils sont les commis voyageurs de la Maison Saturne et Cie à l’enseigne du Sablier d’or. Et, sans doute, ce fut l’effet que le juif produisit sur Frik, lequel regardait, non sans étonnement, cet étalage d’objets, nouveaux pour lui, dont il ne connaissait pas la destination.

« Eh ! colporteur, demanda-t-il en allongeant le bras, à quoi sert ce bric-à-brac, qui cliquète à votre ceinture comme les os d’un vieux pendu ?

— Ça, c’est des choses de valeur, répondit le forain, des choses utiles à tout le monde.

— A tout le monde, s’écria Frik, en clignant de l’œil, — même à des bergers ?…

— Même à des bergers.

— Et cette mécanique ?…

— Cette mécanique, répondit le juif en faisant sautiller un thermomètre entre ses mains, elle vous apprend s’il fait chaud ou s’il fait froid.

— Eh ! l’ami, je le sais de reste, quand je sue sous mon sayon, ou quand je grelotte sous ma houppelande. »

Évidemment, cela devait suffire à un pâtour, qui ne s’inquiétait guère des pourquoi de la science.

« Et cette grosse patraque avec son aiguille ? reprit-il en désignant un baromètre anéroïde.

— Ce n’est point une patraque, c’est un instrument qui vous dit s’il fera beau demain ou s’il pleuvra…

— Vrai ?…

— Vrai.

— Bon ! répliqua Frik, je n’en voudrais point, quand ça ne coûterait qu’un kreutzer. Rien qu’à voir les nuages traîner dans la montagne ou courir au-dessus des plus hauts pics, est-ce que je ne sais pas le temps vingt-quatre heures à l’avance ? Tenez, vous voyez cette brumaille qui semble sourdre du sol ?… Eh bien, je vous l’ai dit, c’est de l’eau pour demain. » 

En réalité, le berger Frik, grand observateur du temps, pouvait se passer d’un baromètre.

« Je ne vous demanderai pas s’il vous faut une horloge ? reprit le colporteur.

— Une horloge ?… J’en ai une qui marche toute seule, et qui se balance sur ma tête. C’est le soleil de là-haut. Voyez-vous, l’ami, lorsqu’il s’arrête sur la pointe du Rodük, c’est qu’il est midi, et lorsqu’il regarde à travers le trou d’Egelt, c’est qu’il est six heures. Mes moutons le savent aussi bien que moi, mes chiens comme nies moutons. Gardez donc vos patraques.

— Allons, répondit le colporteur, si je n’avais pas d’autres clients que les pâtours, j’aurais de la peine à faire fortune ! Ainsi, vous n’avez besoin de rien ?…

— Pas même de rien. »

Du reste, toute cette marchandise à bas prix était de fabrication très médiocre, les baromètres ne s’accordant pas sur le variable ou le beau fixe, les aiguilles des horloges marquant des heures trop longues ou des minutes trop courtes — enfin de la pure camelote. Le berger s’en doutait peut-être et n’inclinait guère à se poser en acheteur. Toutefois, au moment où il allait reprendre son bâton, le voilà qui secoue une sorte de tube, suspendu à la bretelle du colporteur, en disant :

« A quoi sert ce tuyau que vous avez là ?…

— Ce tuyau n’est pas un tuyau.

— Est-ce donc un gueulard ? »

Et le berger entendait par là une sorte de vieux pistolet à canon évasé.

« Non, dit le juif, c’est une lunette. »

C’était une de ces lunettes communes, qui grossissent cinq à six fois les objets, ou les rapprochent d’autant, ce qui produit le même résultat.

Frik avait détaché l’instrument, il le regardait, il le maniait, il le retournait bout pour bout, il en faisait glisser l’un sur l’autre les cylindres. 

Puis, hochant la tête « Une lunette ? dit-il.

— Oui, pasteur, une fameuse encore, et qui vous allonge joliment la vue.

— Oh ! j’ai de bons yeux, l’ami. Quand le temps est clair, j’aperçois les dernières roches jusqu’à la tête du Retyezat, et les derniers arbres au fond des défilés du Vulkan.

— Sans cligner ?…

— Sans cligner. C’est la rosée qui me vaut ça, lorsque je dors du soir au matin à la belle étoile. Voilà qui vous nettoie proprement la prunelle.

— Quoi… la rosée ? répondit le colporteur. Elle rendrait plutôt aveugle…

— Pas les bergers.

— Soit ! Mais si vous avez de bons yeux, les miens sont encore meilleurs, lorsque je les mets au bout de ma lunette.

— Ce serait à voir.

— Voyez en y mettant les vôtres…

— Moi ?…

— Essayez.

— Ça ne me coûtera rien ? demanda Frik, très méfiant de sa nature.

— Rien… à moins que vous ne vous décidiez à m’acheter la mécanique. »

Bien rassuré à cet égard, Frik prit la lunette, dont les tubes furent ajustés par le colporteur. Puis, ayant fermé l’œil gauche, il appliqua l’oculaire à son œil droit.

Tout d’abord, il regarda dans la direction du col de Vulkan, en remontant vers le Plesa. Cela fait, il abaissa l’instrument, et le braqua vers le village de Werst.

« Eh ! eh ! dit-il, c’est pourtant vrai… Ça porte plus loin que mes yeux… Voilà la grande rue… je reconnais les gens… Tiens, Nic Deck, le forestier, qui revient de sa tournée, le havresac au dos, le fusil sur l’épaule… 

— Quand je vous le disais ! fit observer le colporteur. — Oui… oui… c’est bien Nic ! reprit le berger. Et quelle est la fille qui sort de la maison de maître Koltz, en jupe rouge et en corsage noir, comme pour aller au-devant de lui ?…

— Regardez, pasteur, vous reconnaîtrez la fille aussi bien que le garçon…

— Eh ! oui !… c’est Miriota… la belle Miriota !… Ah ! les amoureux… les amoureux !… Cette fois, ils n’ont qu’à se tenir, car, moi, je les tiens au bout de mon tuyau, et je ne perds pas une de leurs mignasses ! — Que dites-vous de ma machine ?

— Eh ! eh !… qu’elle fait voir au loin ! »

Pour que Frik en fût à n’avoir jamais auparavant regardé à travers une lunette, il fallait que le village de Werst méritât d’être rangé parmi les plus arriérés du comitat de Klausenburg. Et cela était, on le verra bientôt.

« Allons, pasteur, reprit le forain, visez encore… et plus loin que Werst… Le village est trop près de nous Visez au-delà, bien au-delà, vous dis-je !…

— Et ça ne me coûtera pas davantage ?…

— Pas davantage.

— Bon !… je cherche du côté de la Sil hongroise ! Oui… voilà le clocher de Livadzel… je le reconnais à sa croix qui est manchotte d’un bras… Et, au-delà, dans la vallée, entre les sapins, j’aperçois le clocher de Petroseny, avec son coq de fer-blanc, dont le bec est ouvert, comme s’il allait appeler ses poulettes !… Et là-bas, cette tour qui pointe au milieu des arbres… Ce doit être la tour de Petrilla… Mais, j’y pense, colporteur, attendez donc, puisque c’est toujours le même prix…

— Toujours, pasteur. »

Frik venait de se tourner vers le plateau d’Orgall ; puis, du bout de la lunette, il suivait le rideau des forêts assombries sur les pentes du Plesa, et le champ de l’objectif encadra la lointaine silhouette du burg. 

« Oui ! s’écria-t-il, la quatrième branche est à terre… J’avais bien vu !… Et personne n’ira la ramasser pour en faire une belle flambaison de la Saint-Jean… Non, personne… pas même moi !… Ce serait risquer son corps et son âme… Mais ne vous mettez point en peine !… Il y a quelqu’un qui saura bien la fourrer, cette nuit, au milieu de son feu d’enfer… C’est le Chort ! »

Le Chort, ainsi s’appelle le diable, quand il est évoqué dans les conversations du pays.

Peut-être le juif allait-il demander l’explication de ces paroles incompréhensibles pour qui n’était pas du village de Werst ou des environs, lorsque Frik s’écria, d’une voix où l’effroi se mêlait à la surprise :

« Qu’est-ce donc, cette brume qui s’échappe du donjon ?… Est-ce une brume ?… Non !… On dirait une fumée… Ce n’est pas possible !… Depuis des années et des années, les cheminées du burg ne fument plus ! — Si vous voyez de la fumée là-bas, pasteur, c’est qu’il y a de la fumée.

— Non… colporteur, non ! C’est le verre de votre machine qui se brouille.

— Essuyez-le.

— Et quand je l’essuierais ? »

Frik retourna sa lunette, et, après en avoir frotté les verres avec sa manche, il la remit à son œil.

C’était bien une fumée qui se déroulait à la pointe du donjon. Elle montait droit dans l’air calme, et son panache se confondait avec les hautes vapeurs.

Frik, immobile, ne parlait plus. Toute son attention se concentrait sur le burg que l’ombre ascendante commençait à gagner au niveau du plateau d’Orgall.

Soudain, il rabaissa la lunette, et, portant la main au bissac qui pendait sous son sayon :

« Combien votre tuyau ? demanda-t-il. 

— Un florin et demi [3] », répondit le colporteur.

Et il aurait cédé sa lunette même au prix d’un florin, pour peu que Frik eut manifesté l’intention de la marchander. Mais le berger ne broncha pas. Visiblement sous l’empire d’une stupéfaction aussi brusque qu’inexplicable, il plongea la main au fond de son bissac, et en retira l’argent.

« C’est pour votre compte que vous achetez cette lunette ? demanda le colporteur.

— Non… pour mon maître, le juge Koltz.

— Alors il vous remboursera…

— Oui… les deux florins qu’elle me coûte…

— Comment… les deux florins ?…

— Eh ! sans doute !… Là-dessus, bonsoir, l’ami.

— Bonsoir, pasteur. »

Et Frik, sifflant ses chiens, poussant son troupeau, remonta rapidement dans la direction de Werst.

Le juif, le regardant s’en aller, hocha la tête, comme s’il avait eu à faire à quelque fou :

Si j’avais su, murmura-t-il, je la lui aurais vendue plus cher, ma lunette ! »

Puis, quand il eut rajusté son étalage à sa ceinture et sur ses épaules, il prit la direction de Karlsburg, en redescendant la rive droite de la Sil.

Où allait-il ? Peu importe. Il ne fait que passer dans ce récit. On ne le reverra plus.


50.Blague du jour.

Une famille anglaise passe des vacances en Allemagne. Au cours d’une promenade, ils remarquent une belle maisonnette qui leur paraît particulièrement adaptée à leurs prochaines vacances. Le propriétaire est un pasteur sympathique et leur propose aussitôt un contrat de location .De retour en Angleterre, la dame s’aperçoit qu’elle n’avait pas vu les W-C au cours de la visite. Elle décide donc d’écrire au pasteur pour lui faire préciser où ils se trouvent
Quand il reçut la lettre, le pasteur ne comprit pas l’abréviation «W-C» et pensa qu’il s’agissait d’une église germano-anglaise appelée «WOLLS-CHAPELS». Voici sa réponse:
«Madame, j’apprécie votre demande et j’ai l’honneur de vous informer que le lieu qui vous intéresse se trouve à 12km de la maison ce qui est gênant pour celui qui s’y rend souvent.
Ce dernier peut emporter son déjeuner avec lui, il faut s’y rendre soit à bicyclette soit en voiture ou alors à pied, mais il est préférable d’arriver à l’heure pour avoir une place assise et pour ne pas déranger les autres. Dans ce local il y a de l’air conditionné très agréable, les enfants s’assoient à côté de leurs parents, et tout le monde chante en chœur. A l’entrée il vous sera donné une feuille de papier. Ceux qui arrivent en retard peuvent se servir des feuilles de leurs voisins, toutes les feuilles doivent être rendues à la fin de façon à être distribué aux pauvres. Le lieu est aménagé d’amplificateurs de son, afin qu’on puisse entendre dehors ce qu’on fait à l’intérieur. On y trouve des vitres spécialisées pour permettre de contempler les fidèles dans leurs diverses positions. Ceci dit, j’espère avoir très clair dans ma description


49.Le jeu du bouton (Richard Matheson).

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48.Peut-on vraiment mourir après avoir bu trop d’eau ?

Oui, cela est possible.On parle d’intoxication à l’eau.Cela se traduit par divers symptômes : maux de tête, nausées, manque de coordination, perte de connaissance, ballonnements, températures basse ou encore attaques.Ils sont tous liés aux variations de la pression osmotique dans les tissus, car l’eau des fluides rentre à l’intérieur des cellules.Il y a donc 2 conséquences très importantes : une élévation des fluides corporels pouvant provoquer une augmentation de la pression intra-crânienne sur le cerveau et la chute du volume d’hémoglobine pouvant conduire à un choc circulatoire.Tout ceci pouvant conduire à la mort.

48.Peut-on vraiment mourir après avoir bu trop d'eau  ? eau_062a


47.Frankenweenie : bande-annonce.

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Le nouveau film de Tim Burton, après le très récent  « Dark Shadows ».


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