A crazy world



551.Manchester by the Sea.

 

b 

  Joe Chandler (Kyle Chandler) est mort d’une crise cardiaque.Son frère, Lee (Casey Affleck, lauréat d’un oscar, pour le rôle), exilé dans une ville lointaine, retourne alors dans sa ville natale, Manchester-sur-Mer, afin de s’occuper de l’enterrement.Il apprend également que Joe l’a choisi pour être le tuteur légal de son fils Patrick (Lucas Hedges).Lee pourrait reprendre l’affaire de bateau familial, entreprise florissante, mais quelque chose l’en empêche…le souvenir d’un événement traumatisant qui l’a anéanti, plusieurs années auparavant, le conduisant dans une sorte d’état semi-passif, comme détaché des événements, incapable d’exprimer la moindre émotion.S’occupant de Patrick durant quelques temps, Lee n’aspire qu’à une seule chose : revenir à sa petite vie calme et monotone…pourtant, durant ses quelques mois, sa vie va prendre une autre direction…

   Drame léger et pourtant tout en puissance, Manchester by the sea dépeint le parcours d’un homme triste et seul, en proie à ses démons.Un homme qui n’a plus vraiment de but dans la vie, avachi dans un quotidien terne et répétitif…mais un homme qui boit et qui devient violent quand il est soûl, croyant que les gens se moquent de lui.Lee a fui sa vie passée, car trop de souvenirs la lui rappelait, et s’est exilé…loin des siens et à enfoui en lui une part de son existence.

   Sa relation avec son neveu est assez en accord avec le personnage : il veille sur lui, mais ne parvient pas totalement à le soutenir où à se considérer comme son père.La première chose que Joe fait est d’essayer de lui trouver une autre famille, et ce, afin d’échapper à son rôle de père de substitution.

   Lee est devenu incapable de pleurer, il a vécu l’impensable des années auparavant, et il ne s’en est jamais relevé.La mort de son frère ne l’affecte pas tant que ça, il se contente de régler la paperasse administrative et d’annoncer la nouvelle à Patrick, mais toujours de manière détachée et dans un calme presque religieux.Il refuse néanmoins que la mère biologique de Parick, alcoolique dépressive, en assume la garde…d’ailleurs cette dernière y renoncera.

   Et puis, vient la rencontre qu’il voulait absolument éviter : celle avec son ex-femme, Randi (Michelle Williams), qui lui annonce être enceinte.Et là, c’est la déchirure…tout les souvenirs remontent à la surface, et Lee libère une part de son chagrin.Elle souhaite reprendre contact avec lui, mais il en est incapable…les souvenirs le hante et il ne s’en défait pas…Il souhaite rentrer chez lui, mais Patrick aimerait rester : c’est un jeune homme heureux, jouant au hockey, fréquentant 2 jeunes femmes, jouant avec ses amis dans leur groupe de rock,…sa vie est là.

   Au final, l’histoire étant cyclique, Lee rentre chez lui, laissant la garde de Patrick à des amis de la famille, permettant au jeune garçon de pouvoir rester.Mais pour héros, rien n’a changé…même si il a du se confronter à son passé, et s’occuper de son neveu un moment de son existence…

La mer est importante dans le récit, illustrant cet inconnu où l’on ne peut pas voir plus loin que la ligne d’horizon, sorte de trait qui délimite notre champs de vision.Elle est calme tout au long du film, et illustre bien la taille de la souffrance de Lee…incommensurable et sans limites, mais en même temps, contenue et enfouie…

notre note : 8/10.

un film de Kenneth Lonergan.

 

ab

 

(ne pas lire les lignes qui suivent afin de ne pas dévoiler des contenus de l’intrigue)

 

 

 Manchester by the Sea est un film très triste, dépeignant le parcours d’un homme torturé et marqué à vie…se sentant responsable de quelque chose d’impensable…il est entrecoupé de flash-back, et tel un puzzle, les pièces s’assemblent une à une…Lee buvait toujours un peu trop, et un soir, trouvant qu’il ne faisait pas assez chaud, à remis des bûches dans le feu, sans s’assurer qu’il avait bien remis la protection sur le chauffage…mais une fois sorti acheté de la bière, il n’a pu constater avec horreur que sa maison avait brûlé, ses 3 enfants étant décédés…et sa femme sauvée mais hurlant de tristesse…le couple ne survivra pas à cette épreuve, Lee sera perçu comme un « assassin » pour les gens de la ville, et finira par « s’exiler »…devenant une sorte d’ombre à lui-même, sans personne pour l’accompagner sur ce long chemin qu’on appelle la vie. Et lorsqu’il rentre dans sa ville natale, il n’est en fait qu’un étranger pour lui-même, les gens le percevant toujours comme une personne du coin, mais lui, ne faisant rien pour faciliter sa réintégration…et ayant ce besoin de s’isoler.Lee est définitivement un homme brisé.


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