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587.Méfiez-vous de vos jouets connectés : « Vos toys vous regardent »…

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En décembre 2016, les magasins Dreamland, Intertoys et le site de vente en ligne Amazon.fr ont retirés de la circulation les jouets « My Friend Cayla » et « I-Que Robot », suite aux informations compromettantes que Test-Achats avait révélées sur ceux-ci.

En effet, ces jouets présentaient la caractéristique d’être des jouets connectés, c’est-à-dire des objets « intelligents », interagissant avec leur environnement et qui, reliés à Internet, peuvent acquérir des qualités supplémentaires tout en échangeant de l’information. Les exemples d’objets connectés ne manquent pas, ces derniers ayant envahi le marché (comme par exemple la douche U by Moen).

Dans le cas d’espèce, les jouets connectés « My Friend Cayla » et « I-Que Robot », produit par la firme Genesis Toys, leader sur le marché de ce type de produit, pouvaient chacun répondre à leur utilisateur lorsque celui-ci leur posait une question, grâce à un système utilisant un logiciel de reconnaissance vocale, des microphones, haut-parleurs, technologie Bluetooth et nécessitant d’installer une application sur un appareil numérique externe (comme une tablette) pour que le tout fonctionne. Lors de l’installation, l’utilisateur était amené à accepter les conditions générales, qui prévoyaient surtout le fait que les conversations de l’enfant et de son jouet étaient enregistrées, téléchargées sur un autre serveur, et envoyées à la société américaine Nuance Communication, qui pouvait utiliser les enregistrements afin « d’améliorer ses produits », partager toutes ses précieuses informations avec des tiers et se réservant la possibilité, sans prévenir, de modifier les conditions générales d’utilisations à tout moment.

Tout ceci portait atteinte à l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, consacrant le droit au respect de la vie privée: D’une part, le fait que les paroles de l’enfant, enregistrées, étaient partagées avec l’entreprise américaine Nuance Communication, spécialiste de la reconnaissance vocale, et que cette dernière pouvait les utiliser pour « améliorer ses produits », alors que dans les faits, cette dernière vendait les informations à des agences de renseignements, à la police,…était illégal. En effet, ces informations constituaient des données à caractères personnelles, protégées par la loi du 8 août 1992, c’est-à-dire toute information (en l’occurrence des paroles), relative à une personne physique (ici, les enfants), identifiée (le jouet sait qui est l’enfant) et qui fait l’objet d’un traitement (ici les données sont enregistrées et envoyées). Toutes ces informations étaient confidentielles, et leur traitement contraire aux conditions prévues : certes, le traitement était en apparence légitime (ayant obtenu le consentement de la personne lors de l’acceptation des conditions générales) mais il n’était pas loyal, licite et transparent ( la personne ne savait pas ce qu’on faisait de ses données, le fait « d’améliorer les produits » donne une porte ouverte vers un champ de possibilité trop large pour savoir ce qui est réalisé à partir des données) ni conforme à la finalité poursuivie (le fait d’améliorer les produits n’implique pas que les données doivent être revendues).De plus, les données doivent être gardées pour une période limitée, alors que dans les conditions générales d’utilisations, rien n’est indiqué.

Ensuite, il y a un immense problème de sécurité avec ces jouets, puisque n’importe qui peut en prendre le contrôle avec n’importe quel appareil numérique (comme un téléphone portable) et dès lors entendre ce que dit l’enfant, ou ses parents, et cela, en étant en dehors de la maison de l’enfant. En effet, cela fonctionne comme une oreillette Bluetooth, connectant le jouet à un appareil mobile, sans fil, sur une distance de plusieurs mètres. Que se passerait-il si des personnes mal intentionnées avaient accès à ce genre d’informations ? Où si les informations étaient utilisées à des fins de publicités ciblées pour l’enfant, en fonction de ce qui a pu être entendu ?

Enfin, le fait que ces jouets prononcent des phrases préprogrammées, à des fins publicitaires, destinées à vanter certains produits (comme la poupée Cayla, glorifiant Disneyland) pose également un autre problème. En effet, lorsqu’elle est destinée à des consommateurs (au sens de l’article I.1.2° du C.D.E.), la publicité est une « pratique commerciale » et dans le cas d’espèce, peut constituer une pratique commerciale agressive (au sens de l’article VI.103.5° du C.D.E.), susceptible d’être sanctionnée par le remboursement du prix du bien, sans devoir restituer ce dernier.

Pourtant, doit-on pour autant supprimer de la vente ces jouets connectés ? Nous ne le croyons pas ! Notre société est en plein développement technologique, alors pourquoi les jouets ne pourraient-ils pas non plus évoluer (jouets 2.0) ? Toutefois, des rectifications pourraient être trouvées face à ces jouets, précisément dans chacun des problèmes constatés… Aujourd’hui, la Commission Européenne mène l’enquête afin de savoir si ces jouets ont porté atteintes aux données à caractères personnels des utilisateurs. Elle devrait bien entendu répondre par l’affirmative.

(écrit par Kramvoussanos Georges)

lmk

Sources :

 


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