A crazy world



633.The Shape of Water.

Dernier film de Guillermo Del Toro (qui a notamment réalisé Le labyrinthe de Pan), The Shape of Water (la forme de l’eau) est une oeuvre pleine de poésie. Elle raconte l’histoire d’amour (presque impossible) entre une femme et un monstre marin…une sorte de La Belle et la belle, en plus moderne, et plus audacieux aussi.

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Un conte de fée.

Belle balade dans le fantastique, le film présente Elisa (Sally Hawkins), muette (suite à une effroyable tragédie), ne s’exprimant que par des signes, qui travaille comme femme de nettoyage, dans une structure gouvernementale, avec Zelda (Octavia Spencer), femme à la personnalité bien trempée. Un jour, une sorte d’aquarium est amené, dans le plus grand secret, et une équipe de scientifiques se met à effectuer des travaux sur son mystérieux occupant…il s’agit d’une créature, mi-homme, mi-amphibien, arraché de l’Amérique du Sud, sa terre natale, où il était vénéré comme un dieu par les indigènes locaux. Le colonel Richard Strickland (Michael Shannon) se charge de la sécurité des opérations, martyrisant la pauvre créature…Intriguée par ce qui se trame dans le laboratoire, Elsa, qui nettoie le sol, fini par voir l’étrange monstre marin, et est fasciné par lui…elle va l’amadouer, lui apprendre à s’exprimer dans la langue des signes,…prenant conscience qu’il est plus qu’un simple animal. Éprouvant peu-à-peu des sentiments pour lui, elle viendra lui rendre visite tout les jours.

En pleine guerre froide, les américains et les russes sont en conflits. Si ce sont les premiers qui détiennent la créature, les seconds voudraient la leur dérober…entre complots, mensonges et secrets, ils vont chacun en venir à la même conclusion : il faut tuer l’homme amphibien. Elisa, apprenant la nouvelle, décide de la délivrer, et de la cacher chez elle…à près tout, qui pourra la soupçonner ?

Parallèles.

Ce qui fascine, à priori, c’est la façon dont Elisa se retrouve attiré par l’homme amphibien (joué par Doug Jones, un habitué de ce genre de rôle). Elle n’a jamais rien vu de tel, et n’a pas peur de lui, ne le craint pas…en fait, la jeune femme se retrouve en lui, ne voyant pas ce qui les différencie : elle ne sait pas parler, et si elle essaye, c’est une sorte de cri d’animal venu du fond de sa gorge qui risque d’être entendu,…tout comme lui. Elisa voit les mauvais traitements que Strickland lui fait subir, et ressent la souffrance qu’il ressent…comprend qu’on ne peut pas infliger cela à un être vivant. Bien sur, elle sait aussi que les enjeux sont très grand : on pourrait la tuer si on la surprend en train de le libérer.

Mais malgré tout, l’amour germe…la musique aura une grande importance, Elisa réalisant dansant sur le son que passe le tourne-disque, devant l’homme amphibien, qui est un être intelligent, doté d’une conscience, et capable d’émotions. Lorsqu’elle l’amène dans sa maison, après l’avoir fait libérer, la jeune femme sait pertinemment très bien que cela n’est que temporaire…il ne peut pas rester très longtemps hors de l’eau, car son métabolisme n’est pas adapté pour cela…et elle ne peut pas respirer sous l’eau. Tout deux se laissent pourtant emporter par leurs sentiments respectifs, succombant même au plaisir de la chair, dans une scène très poétique, où Elisa empli la salle de bain d’eau, du sol au plafond, et où elle retient son souffle.

Le titre du film vient du fait que l’eau, en tant qu’élément, bien que prenant la forme de ce qui la contient, est très puissant, et capable de s’adapter. Ce qui est  également le cas de l’amour, s’adaptant, quelque soit la situation, pouvant avoir différentes formes, que l’on soit amoureux d’une femme, d’un homme, ou d’un…homme amphibien.

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Un monstre ?

Chez Del Toro, la fascination pour les créatures mythologiques, les monstres improbables, s’est faite ressentir dès son second film, Mimic, où des insectes géants génétiquement modifiés semaient la panique. Depuis, il n’a jamais cessé de faire des histoires avec un bestiaire foisonnant, tout droit sortie de son imagination sans limite (en témoigne les vampires de Blade 2).

Dans La forme de l’eau, il crée à nouveau un homme amphibien (comme dans Hellboy), assez proche du désign de celle de L’étrange créature du lac noir, un vieux film de 1954 dont le cinéaste semble être fan. Il y a d’ailleurs un hommage au cinéma des années 50 dans l’histoire, puisque l’on voit des extraits de vieilles comédies musicales, où de vieux péplums de l’époque. Guillermo Del Toro est un cinéaste ayant un grand amour pour le 7e art…la musique, pleine de jazz, offre de très jolis titres, comme une reprise de La Javanaise.

Sa créature est pourtant loin, malgré son aspect bestial, d’être un monstre : c’est au contraire un être plein d’humanité, capable d’attachement, et de sympathie. Il possède de multiples pouvoirs, ce pour quoi on comprend mieux que les aborigènes le vénérait comme un dieu…sauvage, l’homme amphibien est parfois brutal lorsqu’il se sent menacé (comme quand il mange le chat…). Capable de regret, il sait se rendre utile et aider ceux qui compte pour lui…

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Le mal

La figure du malin, de l’opposant vient de l’horrible Strickland, un individu guidé par le prestige et l’honneur de son grade. Il va, du début à la fin du film être un être sans scrupule, terrorisant le pauvre homme amphibien, le rabaissant, l’électrocutant, le passant à tabac. Plein d’idées préconçues, c’est un homme de la vieille école, qui est persuadé d’incarner la « virilité. Il a peu de considération pour les femmes qu’ils considèrent comme de simples objets (on peut le voir lorsqu’il fait des avances, tel une sorte de gros pervers, à Elisa).

Lorsque la créature lui file entre les doigts, il va tout faire pour la retrouver…passant au crible tout le personnel, recourant à la menace, à la pression, allant même jusqu’à torturer des scientifiques…sa réputation et sa place sont en jeu…si on les lui retire, il n’est plus rien, à part un être sans sens.

Au début de l’histoire, lors d’une confrontation avec l’homme amphibien, Strickland a deux doigts arrachés…Elisa les retrouve, en nettoyant le labo avec Zelda, et les lui ramène, pour qu’on les lui recousent. Mais ils ne tiendront jamais vraiment…plus dans le film il deviendra méchant, plus ses 2 doigts rafistolés deviendront noirs, pourrissant, finissant par mourir, gorgés par le pu…

La différence

Presque tout les personnages du film ont un point commun : ils sont différent des individus coulés dans le moule de la société. Ils sont à la marge de celle-ci, traité différemment. Si cela ne fait aucun doute pour l’homme amphibien, ou Elisa, car cette dernière est muette,  considéré par la plupart comme une simple d’esprit et vit donc une vie solitaire et reclue, c’est également le cas de Zelda, qui fait l’objet de racismes, étant afro-américaine, à une époque où les gens de couleurs ne pouvaient pas aller dans les mêmes cafés que les « blancs ». Le voisin d’Elisa, Giles (Richard Genkins),  vieil artiste sur le déclin, vit mal son homosexualité, rejeté par presque tout le monde, vu comme un « monstre » par certains, qui croient que c’est un comportement anormal…le contexte de l’histoire (on est en pleine guerre froide) était propice à voir toutes ses différences exacerbées, afin de montrer que la condition humaine est fondamentalement bafouée, à partir du moment où l’on considère qu’il faut être dans le moule de l’américain moyen, bon père de famille, travaillant, marié à une femme et père de deux enfants…valeurs qu’incarne le méchant du film, le Colonel Strickland.

Del Toro pose la question de la différence, et de son acceptation : Elisa tombe amoureuse de la créature. Impossible à avaler pour les gens qui ne voient qu’avec leurs yeux, sans regarder la où le plus profond se trouve, c’est-à-dire le coeur…un film magnifique qui a déjà raflé de nombreuses récompenses (notre note : 9,4/10).


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