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685.Big Fish.

Edward Bloom a toujours raconté les événements qui ont composé sa vie de manière fantaisiste : de son enfance où il vit dans l’oeil d’une sorcière comment il allait mourir à sa rencontre avec l’amour de sa vie, dans un cirque, en passant par son adolescence où son corps se mit à grandir d’un coup et l’immobilisa pendant 3 ans durant dans son lit. Croisant géant, loup-garou, et sirènes, ces aventures semblent être un enchantement. Il a toujours su plaire aux gens, qui le trouvait fort sociable. Mais son fils, Will (Billy Crudup), fasciné par ses merveilleuses histoires dans son enfance, a grandi en se rendant compte qu’il ne connait en fait rien de son père…qu’il lui impossible de séparer l’homme du mythe, qui ne font qu’un. Brouillé avec lui depuis 3 ans, sa mère, Sandra (Jessica Lange) lui demande de revenir, car Edward va bientôt mourir. Will va tenter de faire la paix avec son père, et partir en quête de la vérité…

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Il était une fois…

En 2003, pour son dixième film, Tim Burton se décidait d’adapter le roman Big Fish, de Daniel Wallace (Spielberg avait auparavant envisagé de le porter à l’écran), trouvant en l’histoire un écho avec la disparition de son propre père et de sa mère, en 2000 et en 2002, ainsi que la naissance de son premier fils. C’est donc une histoire à la fois personnelle et intimiste que le cinéaste décidait de mettre en scène. Pour le rôle principal, celui d’Edward Bloom, deux acteurs ont été choisi : Albert Finney, qui joue le personnage quand il est âgé, et Ewan McGregor, qui lui prête ses traits lorsqu’il est jeune.

Edward raconte des histoires extravagantes, hilarantes, qui sonnent comme des mythes, des légendes. Il exagère en fait la réalité, enjolive certains événements, en gommant d’autres. Elles captivent les gens, l’écoutant avec une envie très grande de connaître la suite. Will aussi aime ces contes, mais à l’impression de ne rien savoir sur son père, comme si un voile le séparait de la sacro-sainte vérité. Comme si ils étaient deux étrangers qui se connaissent très bien.

Burton aime mettre en scène le conflit des générations : dans Charlie et la chocolatrie, Willie Wonka est brouillé avec son père, dans Batman-le défi, le pingouin a été abandonné par ses parents en raison de sa laideur. Dans Big Fish, Will s’est disputé avec son père, le traitant de menteur et de ne lui avoir rien raconté de vrai. Il pense que son père menait une double vie, étant souvent absent dans son enfance, fuyant un quotidien insignifiant. En vérité, il se trompe, car rien n’a compté plus que sa femme et son fils pour lui. Mais l’homme a fait de nombreuses choses dans sa vie, aidant de nombreuses personnes qui avaient croisés son chemin.

Comme à son habitude, la figure parentale va être sacrifiée, chez Burton. Bruce Wayne voyait ses parents assassinés devant lui dans BatmanIchabod Crane perdait sa mère, hanté par son souvenir, dans Sleepy Hollow. Dans Big Fish, Will va devoir faire le deuil de son père, qu’il n’a jamais compris et dont il s’est toujours senti étranger. Un jour, l’enfant se réveille et devient un adulte…il perd son innocence, et la magie qui l’a accompagné jusque là s’en va avec lui. Il cesse de voir le monde de façon émerveillée, et vit sa vie comme chacun. Edward Bloom, a toujours été un éternel enfant, dévorant l’univers avec une fantaisie grandissante. Mais pour Will, c’est le désenchantement…il préfère d’ailleurs la véritable histoire de sa naissance, racontée par le médecin de famille, plutôt que la version abracadabrantesque de son père. Paradoxe suprême, Will est écrivain…et raconte des histoires ! Son père, lui, vit ses histoires.

Par ses histoires, Edward est appelé à durer. Certes, elles sont extravagantes et décalées, voire absurdes, mais qu’importe. Cela prolonge son existence, l’homme et le mythe ne formant qu’un, son fils, après sa mort, racontant ses histoires à son propre enfant. En cela, il devient immortel.

Monstres fantastiques

Sur sa route, Edward croise la route d’un géant prénommé Carl (Matthew McGrory, l’homme avec les pieds les plus grands du monde…chaussant du 62 !), et dont il dit qu’il mesure plus de 4 mètres ! En vérité, l’homme ne mesure que 2,30 mètres, mais il faut se dire qu’à l’époque, c’était rare de croiser un individu aussi grand. Le géant se sent en réalité très seul, les personnes « normales » ayant toutes peur de lui. Edward va donner un sens à son existence, lui permettant de travailler dans un cirque, où il amusera les spectateurs, éberlué par sa taille (il n’y a qu’à voir la tête d’Amos, directeur de cirque incarné par Danny DeVito, lorsqu’il l’aperçoit pour la première fois).

Les sœurs siamoises, qui aident Edward à se cacher, lorsqu’il est engagé de force dans l’armée et envoyé en mission appartiennent à cette catégorie. Décrite par Bloom comme partageant un double corps pour seulement deux jambes, il s’agit en réalité de jumelles siamoises, ayant leur propre enveloppe charnelle. Dans son histoire, elles font un show, de type cabaret, devant les militaires, amusés et fascinés par tant de sensualité.

Amos, le directeur du cirque, est un loup-garou. Un animal qui en fait n’est que l’allégorie de l’homme sans scrupule, proposant des contrats déraisonnables à ses employés, et qui les traitent mal…avant de se faire amadouer par Will.

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Amour et poésie

Big Fish est un film difficile à classer : il s’apparenterait, de façon objective, au genre merveilleux. Le cadre est situé dans un univers surnaturel, tout droit sorti de l’imagination d’Edward. On est souvent dans le conte de fées, avec ses nombreuses péripéties, ses personnages fantasques coexistants avec les héros du monde. L’irréel prend vie et le reste durant tout le récit.

Il y a des moments qui ne semble appartenir qu’au rêve pur, tant ils semblent impossible : par exemple, lorsque le temps s’arrête quand Bloom pose les yeux sur Sandra pour la première fois, et qu’il fait tomber les pop-corn en lévitation. Edward est charmeur, et rend l’onirique plaisant. En vérité, le monde a toujours été trop petit pour lui. Il a toujours eu soif, étant sans arrêt déséché, voulant vivre milles aventures, faisant preuves de courages. Sa vie, il l’a vécue comme un conte de fée. La métaphore du gros poisson dans le lac à la toute fin boucle la boucle : il sort du bocal qu’est le monde, pour mener la vie qu’il entend. Les limites, nous les fixons nous même. À l’inverse de Ashton, le poète, Bloom sort du conformisme, de la tranquilité de la ville de Spectre. La mort, Edward l’accepte et fait avec. C’est la seule certitude en ce bas monde.

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Comme à son habitude, Burton déploie toute sa créativité pour mettre en scène un univers riche en couleurs, souvent de manière artisanale (les arbres qui bougent, le gros poisson,…) où interagissent les différents protagonistes de son histoire. Bloom est incapable de parler autrement à son fils que pas ses histoires…c’est comme si il croyait à ces fantaisies. Tout deux ne se comprennent pas, car il ne sont pas sur la même longueur d’onde, sur le même langage. Sa mère, à l’inverse, parvient à dialoguer avec son mari, trouvant la bonne distance par rapport aux récits.

Le cirque, dirigé par Amos Calloway (Danny DeVito) est un lieu incroyable où l’on ne s’ennuie jamais. La magie semble omniprésente, de part tout les numéros qu’il offre au public, par ses artistes, et l’adrénaline que les numéros dégage (quand Bloom met sa tête dans la gueule d’un lion, par exemple, rappelant Charlie Chaplin). Il y a des moments burlesques et un plaisir d’être sur le devant de la scène. Le cirque est un lieu commun, dans les contes de fées.

La conquête de Sandra par Edward a également un côté magique : amoureux d’elle au premier regard, l’apercevant au loin dans le cirque, il a l’impression que le temps s’arrête…avant de filer à grande vitesse, la fille disparaissant au passage. Homme sans scrupule, Amos s’engage à lui donner une information sur sa dulcinée, à la fin de chaque mois de travail, où il ne sera pas payé. Puis, Edward, en sachant assez sur elle, par la courtiser, alors qu’elle est fiancée, sur le point de se marier, et qu’elle ne le connaît pas…borné (il se qualifie d’idiot), Edward utilise tout les stratagèmes possibles, allant jusqu’à lui offrir un champ de jonquille, ses fleurs préférées, sur la cour de l’université. Il choisi, lors de sa confrontation avec le fiancé de Sandra, de ne rien faire, acceptant les coups devant les yeux de sa dulcinée, qui se prend d’affection pour lui. Ils s’aimeront toutes leurs vie, à la folie, traversant le meilleur (la naissance de Will), comme le pire (peu d’argent, l’entrée de Bloom à l’armée, les allers-et-venues de celui-ci à cause de son travail de représentant de commerce). La scène où ils prennent un bain à deux, une toute dernière fois, offre un moment d’intimité et d’affection, qui montre que la flamme est toujours ardente. Edward est le poisson, et l’alliance de Sandra est l’appât qui l’a pêché.

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Rarement Tim Burton n’a été aussi émouvant en racontant une histoire : il fait de son film une oeuvre permettant tant de lier deux mondes inconciliables, la rencontre tant attendue entre l’enfance et l’âge adulte. La réalité rencontre le mythe à la fin du film…le vrai et le faux se rencontrent, le en partie vrai et le en partie faux également. Bloom n’était pas aussi mythomane qu’il en avait l’air. Il a juste exagéré et transformé un peu certains événements… il sommeille un enfant en chacun de nous. Le vraiment n’est pas forcément le véritable. (notre note : 9/10).

À noter un petit caméo de l’acteur Billy Redden, qui reprend son rôle de Lonny, le joueur de banjo qu’il incarnait dans Délivrance (1972). Il rejoue quelques notes, sur son instrument du célèbre air qui l’a rendu célèbre, à Spectre.

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