A crazy world



691.Il était une fois dans l’Ouest.

50 ans après sa sortie, en 1968, Il était une fois dans l’Ouest reste un western magnifique, porté par une musique puissante et chargée d’émotion. Sergio Leone, après Le bon, la brute et le truand mettait en scène une histoire de vengeance, à l’époque de la conquête de l’Ouest. Ce sera le premier volet de sa trilogie « Il était une fois ». En France, les spectateurs se bousculent au cinéma, avec plus de 14 millions d’entrées.

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Désolation, tristesse et corruption

L’ouverture du film est à elle seule exceptionnelle : la scène est rythmée par son silence, plantant le décor et ses personnages, en gros plans (on voit leurs yeux, une mouche embêté l’un d’eux, des gouttes de pluies tomber sur le chapeau d’un autre,…). Dans ce qui s’annonce comme le plus long générique de l’histoire du cinéma (plus de 11 minutes), un duel va avoir lieu. L’ennemi semble être un homme qui joue de l’harmonica (Charles Bronson). Il les dézingue tout les trois, avant d’être blessé (mortellement ?). La scène a quelque chose de fantastique.

On comprend très vite que l’histoire se passe pendant la conquête de l’Ouest Américan, dans la petite ville de Flagstone. Une ligne de chemin de fer est en train d’être construite, mais n’est pas encore terminée. Un homme, Peter McBain, vit avec ses 3 enfants dans une ferme, sur un terrain qu’il a baptisé « La source fraîche. Le terrain semble isolé et désert, mais en réalité, il a un avantage énorme : il y coule la seule source d’eau de la région. McBain sait que lorsque le train sera opérationnel, les locomotives à vapeur devront être alimentées avec de l’eau, et qu’il faudra nécessairement que le chemin de fer comporte une ligne passant par chez lui. L’homme avait donc le projet d’installer une gare près de sa ferme, espérant aussi attirer des gens. Tout cela suscita la convoitise du patron des chemins de fer, qui demanda à un bandit, Frank (Henry Fonda) de lui faire peur…mais ce dernier, criminel sans scrupule, le tua, presque pour le plaisir, ainsi que toute sa famille. Cheyenne (Jason Robards), un autre malfaiteur, fut alors accusé, à l’aide de fausses preuves.

Jill (Claudia Cardinale), entre alors dans le décors. Il s’agit d’une ancienne prostituée, que McBain a épousé avant de mourir, au cours d’un voyage à la Nouvelle Orléan. La dame l’attend à la gare, mais bien entendu, le rendez-vous n’aura pas lieu. Elle se décide alors à aller à la source fraiche par elle-même, et découvre la terrible vérité : la voilà veuve ! Néanmoins, Jill décide d’habiter la ferme.

Le mystérieux homme à l’harmonica resurgit, veillant sur Jill de près. Il retrouve Cheyenne, qui dit être innocent. Les deux hommes sympathisent et décident de s’entre-aider. Cheyenne accepte de construire la gare de la source fraîche avant que le train ne circule, afin d’éviter que Jill ne perde ses droits sur le terrain. Mais Frank n’est pas loin…il kidnappe Jill, couche avec elle, et la force à vendre sa propriété dans une vente aux enchères truquées. Mais l’homme à l’harmonica n’est pas loin…

Dans ce western (le dernier de Leone ?), le réalisateur ne dévoile que progressivement les motivations de ses personnages…tout est distillé, avançant lentement, mais inexorablement vers la confrontation final : un duel à mort, entre Frank et l’homme à l’harmonica (dont le nom véritable ne sera jamais révélé). Ce dernier veut en réalité venger la mort de son frère, dont Frank est responsable, et qui est survenue des années auparavant. La scène, dévoilée lors d’un flash-back, fait froid dans le dos : L’homme à l’harmonica est debout, le dit instrument placé entre ses dents par Frank, et son frère, dont le cou est attaché à une corde fixée sur une voûte de roche, trouve appui sur ses épaules. Si le premier tombe, le deuxième mourra…L’homme à l’harmonica tente de tenir le plus longtemps possible, mais sous un soleil de plomb, il fini par s’effondrer. Son frère est alors pendu…

L’homme à l’harmonica est un être qui apparaît mystérieux tout au long du film. Roi de la gâchette, il se révèle être protecteur de Jill (l’empêchant de perdre sa ferme) et un homme d’honneur. Mais on comprend, au fil du récit, qu’il cache quelque chose…il souhaite se venger. Venger la mort de son frère. Mais il ne le dit jamais…pas même à Frank, lors du duel final, qui ne comprend pas à qui il à affaire. Il lui fait comprendre cela, après l’avoir blessé mortellement, en lui enfournant son harmonica dans sa bouche…

L’un des thèmes du film est le désenchantement. Le mythe de l’Ouest américain est ébranlé, les temps étant en train de changer. La construction du chemin de fer annonce le début d’une nouvelle époque, et les personnages n’ont que deux options : s’adapter ou disparaître. On passe de l’Amérique fondée sur la soif de conquête, où règne l’anarchie et où chacun s’entre-tuent à l’Amérique dont le socle sera l’égalité des droits et où la loi régira la société. L’Ancien monde contre le monde moderne.

D’ailleurs, la transition s’amorce à la fin de l’histoire, qui voit disparaître ses principaux personnages. Frank, le hors-la-loi, le sadique, meurt, s’opposant à la loi en vain. Cheyenne, le gentil bandit aventurier, meurt, abattu par Morton. Il ne supporte pas de voir l’État s’approprier les richesses naturelles, bien qu’il s’était repentit. L’homme à l’harmonica, lui, s’en va. Seul, faisant justice par lui-même, sa place n’est pas dans un monde où les problèmes se règlent ensemble. Seul Jill survit à cela, en achevant de construire la gare. Personnage central du film, elle s’adapte, et réussi à entrer dans la nouvelle époque qui s’annonce. Le voyage, pour elle, n’aura pas été semé d’embûche et de mauvaises rencontres. Jill souhaitait une nouvelle vie, dire adieu à l’ancienne, où elle était une prostituée. Et la jeune femme, se retrouve veuve dès son arrivée dans sa nouvelle maison ! Stoïque, elle ne se plains jamais, à aucun moment, faisant face à ce qui lui arrive, acceptant ce qu’on lui impose…prête à tout pour survivre.

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Western Spaghetti : quelques caractéristiques

Sergio Leone a donné ses lettres de noblesses au western spaghettis (ou macaroni). Le terme a été employé par les américains, pour dénigrer ce genre qui s’oppose au western classique. Mais le genre est rapidement devenu populaire et à marqué l’empreinte de nombreux réalisateurs (notamment Quentin Tarantino).

Il faut bien comprendre que le western classique (américain) est fondé sur des codes, un schéma narratif « tout fait » à l’avance et généralement similaire d’un film à l’autre. On peut ainsi relever les caractéristiques suivantes :

  1. C’est un film d’aventure
  2. Le lieu à de l’importance : c’est le Far West, l’Ouest américain
  3. Les personnages : les gentils cowboys (sans aucun défaut) contre les méchants indiens (généralement sans culture)
  4. On s’appuie sur des « faits historiques », tout en glorifiant le « mythe de la conquête de l’Ouest »
  5. La violence est cachée à l’écran, on ne la montre pas
  6. Les décors sont des lieux naturels, avec des endroits clés, chargés d’histoire

Le western spaghetti à « casser » les codes du western classique, pour devenir un genre à part entière. Des sous-catégories sont apparues avec le temps : le western Zapata (sur fond de révolution mexicaine) et le western fayot (qui est d’avantage un pastiche, une parodie). Ces caractéristiques peuvent être énumérées comme suit :

  1.  C’est un film d’aventure
  2. Le lieu à de l’importance : c’est l’Ouest américain
  3. Les personnages ne sont ni gentils ni méchants : ils peuvent être les deux à la fois. Cela permet de les rendre plus complexes, et plus réalistes. Ils sont sales, leur allures n’est pas soignée. Chacun à quelque chose à se reprocher.
  4. L’historicité des faits est sans importance. On privilégie un récit moins authentique, en mettant l’accent sur des histoires avec des thèmes plus sombres ( la violence, l’argent, le sexe….)
  5. La violence est omniprésente et rien n’est caché, ni atténué
  6. Les décors sont des lieux naturels (ici Leone a tourné en Andalousie -au désert de Tabernas-, à Monument Valley -pour ses grands plateaux et ses buttes rocheuses-, et en Arizona)
  7. La musique est importante, et permet de comprendre mieux le récit
  8. Il y a beaucoup d’humour, et on est loin du « politiquement correct »
  9. La caméra utilise de nombreux gros plans sur des éléments précis (les yeux des personnages,…) et des plans larges (permettant de montrer l’immensité des paysages). Les scènes de duels sont longues et la caméra capte l’émotion des personnages en filmant leur visage, et plus particulièrement leurs yeux…miroirs de l’âme. Leurs sentiments sont dévoilés. Le duel se déroule de manière binaire : il y a d’abord un étirement du temps provoqué par l’attente de celui-ci (la tension monte lorsque les personnages se font face, avant de dégainer leur arme), et ensuite les coups de feu qui s’enchaînent, les doigts enflammés pressant la gâchette.

Il était une fois dans l’Ouest a cela de caractéristique qu’il permet de joindre le western classique et le western spaghetti. C’est la rencontre avec deux visions différentes d’un même genre.

Sur un air de Morricone

Il était une fois dans l’Ouest marque la 4e collaboration entre Ennio Moriconne et Sergio Leone, après Pour une poiIgnée de dollarsEt pour quelques dollars de plus et Le bon, la brute et le truand. Ancien trompettiste, Moriconne à composé des musiques de films dès 1961. Pour Il était une fois dans l’Ouest, il a du recommencer sa partition une vingtaine de fois…Sergio Leone était une homme exigeant, et devait être satisfait du travail. Il tournait les scènes, en faisant jouer la musique, afin d’imprégner ses acteurs et les guider dans la composition de leurs personnages

Les thèmes du films sont célèbres. Ils expriment beaucoup d’émotions, racontant l’histoire et les personnages. Ils donnent également une impression de grandeur au récit. Il y a une grande intensité dans les différents morceaux, que l’on réentend, à divers moments du long-métrage. Le western a déjà un univers sonore qui lui est propre : balles de pistolet, confrontations, vent…ces « bruitages » permettent de se mettre dans l’ambiance. Les silences sont également nombreux et permette de rallonger le temps, de l’étirer, afin de faire monter la tension. Le thème de l’harmonica permet d’ajouter du mystère au récit, mais aussi de le rendre un peu plus effrayant. On entend des guitares électriques, des cordes frottées, permettant d’évoquer l’Ouest Américain. Delà, un sentiment d’immensité naît. Il y a de nombreux ostinato (rythme répété), qui provoque des émotions diverses : tantôt la peur, tantôt le temps qui semble s’éterniser…la musique allonge, l’histoire. Un duel de deux minutes semble durer des heures, tant l’attente avant le premier coup de feu est longue. Tout ce « métissage musical », en alternant les instruments et en les mixant ensemble, donne corps à l’oeuvre.

Le film fut un échec aux États-Unis à sa sortie, en cause les coupes de plusieurs scènes, gommant le caractère infâme du personnage de Frank. Henry Fonda était habitué à jouer des gentils, des personnages d’une grande bonté, faisant régner la justice…dans Il était une fois dans l’Ouest, il était à des années lumières de ce à quoi le public voulait le voir jouer… À 63 ans, il paraît beaucoup plus jeune que ce qu’il était en vrai. Le film est pourtant une oeuvre magistrale (de 2h45 tout de même), porté par une musique que l’on pourrait qualifier d’épique, magnifiant l’Ouest américain et donnant toute sa profondeur à l’histoire. Un chef-d’oeuvre (notre note : 10/10).

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