A crazy world



702.Big Eyes.

Margareth Ulbrich (Amy Adams) est une artiste. Elle peint se qu’elle voit. Et dans son univers, les gens sont dessinés avec de gros yeux, exprimant pleins de sentiments. Mère d’une petite Jane, elle décide de quitter son mari, et de partir à San Francisco. Là-bas, elle trouve un travail dans une entreprise de meubles, et tente, sur le côté, de vendre ses toiles sur un petit marché. C’est là que sa route croise celle de Walter Keane (Christoph Waltz), un autre artiste. Beau parleur, celui-ci va s’intéresser à Margareth, sortir avec elle et devenir son époux. Il va tout faire pour gagner de l’argent, afin qu’ils deviennent riches et connu. Mais il va le faire en s’attribuant la paternité des œuvres de sa femme. Celle-ci sera dans son atelier à peindre les toiles, pendant que lui ira les vendre. Peu-à-peu, les tableaux attirent les regards, et se vendent comme des petits pains. Walter est invité à la radio, à la télévision, donne des interviews auprès de grands journalistes. Il est acclamé et adulé. Margareth, quand à elle, se tait, et le laisse récolter les lauriers. Mais le poid du mensonge commence à lui peser. Elle trouve la situation injuste, même si ils sont désormais riches…

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A Star is born

Tim Burton, en 2014, décidait de mettre en scène un nouveau film biographique (il l’avait fait précédemment avec Ed Wood), s’intéressant à la vie de Margaret Keane (qui fait un petit caméo dans le long-métrage), artiste incroyable, mais qui à failli se retrouver oubliée de tous, vivant dans l’ombre d’une personne qui la dominait. Il a d’ailleurs plusieurs de ses tableaux chez lui. Elle est une virtuose du pinceau, réalisant exclusivement des portraits d’enfants, avec des gros yeux ronds, exprimant pleins de tristesse. Adepte de la numérologie, elle pense que le chiffre 7 lui portera chance, puisque ses initiales sont M.D.H., lettres situées respectivement à la 13e position, 4e position et 8e position de l’alphabet, et qui additionnés donnent le nombre 25, composé lui même de 2 et de 5. La somme de ces deux chiffres est 7 !

Elle aime Walter, et pense qu’il est bon avec elle et voit en lui un père pour sa fille. Elle sait qu’il est plaisant avec les gens, et peut les convaincre de presque n’importe quoi, grâce à sa force de persuasion. Margareth sait aussi que c’est grâce à lui qu’ils deviennent riches…mais en même temps, c’est aussi à cause de lui qu’elle se retrouve isolée, sans amie, sans personne à qui confier son lourd secret (si ce n’est son chien). Il est à la fois -et c’est assez paradoxal-, la cause de son bonheur, mais également de son malheur.

Walter est un baratineur, un charmeur : il ne sait pas pas peindre et ne le saura jamais. Mais de loin, quand les gens parlent avec lui, il a l’air d’un peintre. De près, il n’est pas grand chose. Il rêvait seulement de devenir célèbre et reconnu, et s’est mis à s’attribuer les œuvres d’autres artistes (Cénic et ses scènes de rues par exemple)…sans grand succès jusqu’à tomber sur Margareth, qui propose résolument quelque chose de nouveau et d’original.  Devenant le peintre Keane, il s’invente une histoire, questionne sa femme sur les sources de son inspiration, sur ses techniques pour dessiner. Puis il va plus loin, en lui demandant ses premiers croquis, afin de « retracer son évolution » pour devenir l’artiste d’aujourd’hui. Ce faisant, il efface une vie, et réécrit par dessus. On a affaire à un acteur vedette, une star qui sait faire sa diva, et se réapproprier l’histoire. Un homme aux deux personnes, tantôt visage sympathique, tantôt être cruel qui n’hésite pas à tenter de tuer Margareth (on cite en exemple la scène où il tente de l’immoler). D’ailleurs, celle-ci le compare -à juste titre- au Docteur Jekyll et son alter ego, Mister Hyde. 

Mensonge et poids

Margareth accepte le jeu malsain de Walter, car elle se dit qu’elle n’a aucune chance de devenir célèbre, puisque c’est une femme. Lorsqu’il lui ramène des liasses de billets de banques, résultat de sa première vente, elle est folle de joie. Quand elle se rend compte qu’il utilise son nom à lui (en fait, il l’a fait signer ses toiles avec le nom Keane !) et explique aux gens d’où lui vient toutes ses idées, elle se sent mal. Margareth a l’impression de lui céder son enfant. C’est une expérience qu’elle vit comme un deuil, mais à l’intérieur d’elle-même, car le pot-au-rose ne peut être dit à personne puisque cela risquerait de faire tout s’écrouler. La femme est piégée, dans un mensonge qu’elle a contribué à créer.

Le plus dur pour elle c’est de mentir à sa fille. Elles se partageaient tout, la prenait pour modèle dans chacune de ses premières œuvres, et là, elles sont comme deux étrangères. Margareth lui interdit de rentrer dans son atelier, lui ment quand la fillette pense reconnaître un des tableaux de sa mère en lui disant qu’il s’agit d’une oeuvre de Walter, et passe peu de temps avec elle, toujours occupée à peindre. Sa copine Dee-Ann (dont l’actrice à des airs à Eva Green) essaye de la sortir de cet enfer, mais en vain…

Puis, en apprenant qu’elle n’est pas la première que Walter a piégée, Margareth demande le divorce. Elle fuit à Honolulu, à Hawaï avec sa fille, et décide d’intenter un procès contre son ex-mari. Elle raconte la vérité à la radio, se soulageant d’un poids et se réconciliant avec Jane. Les dix ans passées dans le mutisme à faire de Walter l’artiste le plus vendu au monde sont révolus. Le procès pour diffamation tourne au désavantage de celui-ci, lâché par ses avocats quand il se transforme en procès pour calomnie. Et là, Walter décide de se défendre seul (sans rien connaître au droit), se donnant en spectacle en transformant la salle d’audience en vaudeville. Ses chorégraphies frisent la singerie, et la cour fait face à une dispute de couple. La parole de Margareth contre celle de Walter. Le juge décide de les départager en leur demandant de dessiner un portrait avec des gros yeux en une heure. La vérité finira par éclater et le mensonge à voler en éclat. Mais Walter ne reconnaîtra jamais.

Les yeux sont les miroirs de l’âme

Les portraits de Margareth ont de gros yeux, car c’est sa façon à elle de voir le monde. Elle pense que les yeux sont des fenêtres, qui permettent de voir l’âme des gens, leur essence profonde. C’est très métaphysique, mais ce n’est pas tout à fait faux. Les yeux expriment beaucoup de choses, sous entendent beaucoup de choses. Ils sont l’instrument de notre réalité.

Burton questionne aussi sur ce que c’est que l’art. Terence Stamp joue un critique nommé John Canaday, et qui semble dicté à tous ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Il le fait selon ses propres critères, avec une subjectivité maximale, sans jamais se remettre en cause. Les propriétaires de galeries d’art le suivent, comme une sorte de gourou…l’art devient alors un phénomène de mode, et ce qui est out n’a pas sa place. Le travail de Margareth est ainsi jugé avec beaucoup de mépris, alors que la plupart des personnes l’apprécient, et tombent fascinés par les portraits.

C’est intéressant de voir que Walter demande à Margareth de réaliser une oeuvre pour l’exposition universelle de New-York, dans l’espoir que ce soit la création de sa vie, au rang du plafond de la Chapelle Sixtine, de Michel-Ange, leur vision de l’art s’affronte. Lui est persuadé qu’un artiste sait qu’il fait l’oeuvre de sa vie au moment où il l’a fait, et qu’il serait dès lors comme dicté par une sorte de « génie », tandis qu’elle pense que cela ne se commande pas, que les créations deviennent célèbres parce que les gens le veulent et ressentent ce que l’artiste a voulu transmettre. D’autant plus intéressant est le fait que sa peinture pour l’exposition est mal accueillie, Canaday trouvant cette chaîne d’enfant de toutes culture trop artificielle, lorgnant dans le sentimentalisme et le kitsch, comme si on avait fait un best-of de tous les portraits…Walter devient fou, se met à injurier le critique, et manque de lui crever l’oeil, instrument par lequel il contemple le monde ! Burton multiplie les plans sur les yeux, les rendant tantôt tristes, tantôt angoissants (Walter lorgnant le trou de la serrure)…permettant de nous faire un jugement. Nous même, face à cette histoire, nos yeux sortent écarquillés, et fascinés ! (notre note : 8,5/10).


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