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712.Film culte : Fight Club (1999).

En 10 films à peine (de Alien3 à Gone Girl), David Fincher est parvenu à s’imposer comme l’un des réalisateurs les plus talentueux d’Hollywood ces dernières années. Cinéaste de l’image (il a réalisé de nombreux spots publicitaires et clips musicaux -Who is it de Michael Jackson, par exemple-), accordant une importance capitale au visuel, il est parvenu à sortir des sentiers battus en proposant des sujets variés et percutants (SevenZodiacThe Social Network). En 1999, il adaptait le roman de Chuck Palahniuk, Fight Club.

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Une histoire débridée

Le film s’ouvre sur sur Jack (Edward Norton), qui a un revolver enfoncé dans la bouche, et qui va raconter comment il en est arrivé là…Employé de bureau pour une grande marque automobile, le jeune homme souffrait de nombreux problèmes due à ses insomnies chroniques. Afin de se soigner et de sortir de sa petite routine, il se rendait à toutes les réunions de thérapies en groupes possibles (Alzheimer, Cancer,…), sans forcément être atteint des pathologies de ses membres. Jouer le rôle de la victime lui permettait de « se sentir vivant » et de régler ses insomnies. C’est là qu’il croisa la route de Marla (Helena Boham Carter) qui profitait également des groupes d’entraide (où il y a du café et de la nourriture) sans être malade…ayant peur d’être démasqué, il décida de conclure un marché avec elle, et ils se partagèrent les différentes réunions, s’engageant à ne pas aller à celles où l’autre irait.

Au vol de retour d’un voyage d’affaire, Jack rencontra Tyler Durden (Brad Pitt), qui disait vendre des savons et lui laissa sa carte de visite. En rentrant chez lui, le destin ayant de noirs desseins, Jack retrouva son appartement détruit à cause d’un incendie. Ne sachant pas où aller, il décida d’appeler Tyler, afin de trouver un lieu où passer la nuit. Les deux hommes se retrouvèrent dans un bar et entamèrent une conversation sur la société et les dérives de celle-ci. Tyler accepta que Jack passa la nuit chez lui, dans une maison délabrée, mais en sortant du bar, lui fit une étrange requête : il lui demanda de le frapper. Jack ne comprit pas pourquoi, mais devant son insistance, finit par s’exécuter. Les deux hommes se mirent alors à se battre, trouvant que donner des coups leur donnait l’impression de rester en vie. D’autres personnes, attirés par ce qui se passait, vinrent les voir, et voulurent faire comme eux…ainsi pris naissance le Fight Club.

Lès règles du Fight Club

Jack et Tyler fondèrent leur mouvement dans un sous-sol, avec d’autres hommes, avec pour objectifs d’organiser des combats. D’une violence inouïe, ceux-ci devaient respecter un certains nombre de règles (8 en tout), afin que les choses se déroulent au mieux : Tout d’abord, les participants ne devaient jamais parler du Fight Club ; Ensuite, comme pour enfoncer le clou, ils ne devaient pas parler du Fight Club ; Lorsqu’un combattant souhaitait cesser le combat, sa décision devait être respectée et il devait s’arrêter ; Les combats opposaient toujours deux personnes ; Il n’y avait jamais deux combats en même temps, car tout le monde devait regarder le spectacle ; Les combattants étaient torses nu et pieds nus ;  Les duels duraient autant de temps que les combattants le désiraient ; Enfin, le principe fut toujours le même -y compris pour les nouveaux membres- : il fallait se battre.

Par le Fight Club, Jack se mit à changer profondément sa manière de voir la vie : il devint hostile à la société et à ses codes, arrivant le visage tuméfié par les coups à son travail, lors d’importantes réunions ; il prit confiance en lui, abandonna les thérapies de groupes ; n’hésita pas à menacer son employeur si il le renvoyait. Vivant désormais dans la même maison que Tyler, dans la crasse la plus grande et dénué du moindre confort, le jeune homme devint une sorte de « modèle » pour de nombreuses personnes adepte du Fight Club.

Mais Tyler eut l’idée d’un nouveau projet, baptisé « chaos », sans avertir Jack, et puis disparu sans laisser de trace. Ce dernier tenta de le retrouver, mais en vain… Essayant de comprendre de quoi il en retourne, Jack découvre avec effroi qu’il s’agit de faire du Fight Club une organisation terroriste, et de détruire des immeubles des milieux de la finance…

Triangle amoureux

Fight Club propose un « triangle amoureux » des plus étranges : Jack et Marla se détestent cordialement, le premier la comparant à une « tumeur ». Il leur est impossible de rester dans la même pièce sans se chamailler…car Jack, sans se l’avouer, a beaucoup plus en commun avec elle qu’il ne veut se l’avouer. Pourtant, Marla veut Jack, dont elle est amoureuse. Tyler aime Marla, et il parvient à la séduire et à la mettre dans son lit. Mais jamais Tyler et Marla ne sont jamais dans la même pièce lorsque Jack est là.  Quand à ce dernier, il éprouve une étrange fascination pour Tyler, qui sans être de l’amour, évoque tout de même une certaine attirance (la scène où Tyler prend son bain par exemple)…comme si il se sentait bien en sa présence. D’ailleurs, lors de l’incendie de son appartement, il préfère appeler Tyler plutôt que Marla..

Jack est jaloux de la relation entre Tyler et Marla, même si il ne s’en rend pas vraiment compte. Il en prend conscience lorsque Tyler souhaite éliminer la jeune femme car elle commence à en savoir de trop sur leurs activités. À ce moment, Jack se détache peu-à-peu de Tyler et de sa philosophie.

Twist final (!!! énormes spoilers sur la fin, à ne lire qu’après avoir vu le film)

Fight Club a surtout marqué les spectateurs venu le voir par sa fin, renversante et hallucinante. Personne ne l’avait vu venir, mais pourtant, à y regarder de plus près, les indices étaient nombreux au cours de l’intrigue…

On ne comprend pas pourquoi, dans l’histoire, Tyler et Marla ne sont jamais présent en même temps en présence de Jack; pourquoi Marla tente de séduire Jack alors que ce dernier n’est pas gentil avec elle et ne veut jamais la voir, et qu’elle semble choquée par son attitude quand ils sont seuls ; pourquoi personne ne semble connaître Tyler lorsque Jack mène sa petite enquête alors qu’il a disparu, et pourquoi les gens semblent gênés ;

En réalité, et c’est cela le twist final du récit : Tyler n’existe pas ! Du moins il n’est qu’une partie de la personnalité de Jack, et n’existe donc que dans sa tête. Lors de cette découverte, le jeune homme est bouleversé : une part de lui-même rejette la société et veut faire le mal. Il a fondé seul le Fight Club et s’est frappé lui-même ! Jack tente de se dénoncer à la police, se rendant compte qu’il ne contrôle plus rien, et découvre que les flics sont corrompus et d’anciens adeptes du Fight Club. Pire, ils répondent aux ordres de Tyler et sont décidés à exécuter le projet chaos ! S’évadant in extremis, il tente d’empêcher les explosions d’immeubles, mais Tyler l’en empêche. Marla est enlevée, sur ordre de Tyler, pour être tuée, car elle en sait trop sur la double personnalité de Jack. Celui-ci décide alors d’en finir avec tout ça et se tire une balle dans la bouche…en imaginant que c’est Tyler qui s’explose la tête. Tyler est mort, et Jack s’en va bientôt le rejoindre…mais les immeubles explosent tous, dans une jolie chorégraphie, sur un air des Pixies (Where is my Mind). Marla, donnant la main à son amour, regarde avec lui le flamboyant brasier…

Thèmes abordés & visuel décadent (spoilers en vue…)

Le long-métrage est profondément sombre et doit se voir comme une critique de notre société. Nous sommes des consommateurs, poussé par les grandes industries, et nous ne faisons plus vraiment de choix véritables. Le film est violent, mais ne glorifie pas le fait de se battre : en fait, le Fight Club illustre le besoin pour ses personnages de ressentir le fait d’être en vie, de redevenir des hommes (il n’y a pas de femmes) alors que tout semble conditionné et sans plus vraiment d’importance. On n’a aucune quête véritable, aucune cause à défendre, on porte un masque en permanence masquant notre véritable nature, mais on ne se donne pas le courage de faire ce qui faut pour changer…c’est un peu le vide profond de l’existence. Se marginaliser pour exister, quand la vie est devenue un fardeau, que l’on sombre dans la folie et la solitude. En finir avec la société où règne l’individualisme de masse dans une joyeuse purge et repartir sur de nouvelles bases. Devenir libre en perdant tout et en devenant ce que l’on souhaite être…

L’usage de la voix off permet de mieux comprendre l’histoire, et de percevoir ce que ressent le narrateur (Jack). Cela donne aussi un certains humour au récit, car les réflexions du héros sont souvent pleines de cynisme. L’humour permet aussi de faire passer plus facilement les aspects les plus dérangeants du récit.

À la fin de l’histoire, Jack trouve la rédemption en faisant disparaître Tyler. En fait, pour David Fincher, il était important que le film soit une sorte de rite de passage pour son héros : désabusé et ne trouvant pas ses marques dans un monde où tout semble programmé et où les exclusions sont légions, il décide de sortir de la marge et de créer l’homme qu’il voudrait être en la personne de Tyler. Mais en même temps, Jack est dans le déni, car même si il souhaite changer sa vie, il ne le peut pas…une impasse est au bout de son chemin. Tyler permet de la contourner et de résoudre les problèmes en éliminant leur source (ce qui est profondément idéaliste).

Le dédoublement de personnalité est donc au centre du récit (le film a semble-t-il influencer la série tv Mister Robot). À moins qu’il s’agisse d’une triple personnalité ? Certaines personnes pensent que Marla ne serait que la troisième partie de la personnalité de Jack ! Qu’il est mal à l’aise en sa présence car il voit trop de lui en elle-même…elle incarne la stabilité et les valeurs propres au narrateur. Pourtant, Jack choisit Tyler, qui incarne la nouveauté et présente pour lui une perspective plus séduisante…Le Fight Club est un lieu qui permet de se sentir vivant car on expérimente la douleur, et on en devient plus fort. On explose les barrières du système et on en sort. On se « libère » de ses chaînes. On sort de cette logique « de succès » et « d’échec », qui semblent définir notre vie, et nous conditionner. Grâce à Tyler, Jack parvient à trouver un certains équilibre à sa vie…mais cela va trop loin. Il le pousse à un extrême terrifiant, et le narrateur ne se reconnait plus. À mesure que Tyler prend de la masse et paraît plus fort, Jack s’affaibli et semble malingre. Il est déconnecté, et se rend compte que ce qu’il le rend heureux, c’est Marla  ! L’amour semble être l’élément qui manque et qui permet d’atteindre le bonheur…

La publicité joue également un grand rôle dans l’histoire : elle prétend dicter ce qui est beau, ce qui est bon,…elle nous pousse au désir de consommer, afin de pouvoir atteindre le bonheur. On accumule des biens, sans sens, et éprouve ensuite le désir d’en vouloir d’autres, sans jamais être satisfait…Jack, au début du récit, est un « consommateur moyen », qui possède de nombreux biens, une garde-robe bien remplie…lorsque Jack part vivre chez Tyler, il n’a plus le moindre bien, et vit dans une bâtisse crasseuse, prenant l’eau de partout. Le long-métrage intègre aussi des images subliminales, à 4 moments différents, de Tyler Durden (notamment un pénis…), illustrant cette influence que la publicité a sur notre mode de vie…

Mais si l’on regarde de plus près, on constate que Tyler est profondément nihiliste : il abandonne toutes les croyances du monde, toutes les valeurs, la morale, pour en créer de nouvelles, à la hauteur de ses aspirations, plus en cohérence avec sa pensée. Il devient alors une sorte de « surhomme », qui vit le monde…mais qui n’a plus rien d’humanisé puisqu’il a tout détruit.

Fight Club est donc un film profondément intelligent mais aussi assez dérangeant dans son propos. Devenu culte avec les années, il est loin d’avoir faire un carton lorsqu’il est sorti en salles. Le long-métrage est percutant dans son propos et interroge sur notre société de consommation. Pessimiste, on pourrait presque dire qu’il est visionnaire tant on a l’impression que la fiction semble rejoindre la réalité en matière d’organisation terroriste. On y aborde aussi la quête du bonheur : est-il matériel, existe-t-il vraiment, ou est-il un choix qui dépend de nous même ? (notre note : 10/10).

à lire aussi :

→Fight Club 2 (informations sur la suite du roman sous forme de bande dessinée).


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