A crazy world



730.Des hommes d’honneurs.

 

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A la base militaire de Guantánamo Bay, 2 marines, Dawson et Donney, sont responsables de la mort d’un de leur collègue, Santiago. À cause d’une code rouge, celui-ci a été bâillonné pendant la nuit par ceux-ci et aurait succombé, empoisonné par le chiffon qu’ils lui ont enfoncés dans la bouche. Santiago ne parvenait pas à s’intégrer aux nouvelles recrues des marines, et était incapable de suivre l’entraînement et souhaitait être réaffecté ailleurs, ce que ses supérieurs hiérarchique, le colonel Jesep en tête (Jack Nicholson) lui refusaient. Il aurait alors tenté de monnayer son départ, en révélant des informations compromettantes sur les agissements de Dawson à Cuba (un tir avec accident de clôture).  Le procès des 2 inculpés va débuter, au tribunal militaire : leur avocat sera le lieutenant Daniel Kaffee (Tom Cruise), qui voit là une affaire banale. Mais le lieutenant Joanne Galloway (Demi Moore) -alias Jo-, son adjointe et supérieure, l’oblige a considérer l’affaire avec plus de sérieux : pour elle, les 2 marines ne sont pas vraiment responsables de la mort de Santiago. Il voulait lui donner une leçon, mais ne cherchait pas à la tuer…

Une drôle d’affaire

Drame juridique, Des hommes d’honneur est un film de Rob Reiner (le réalisateur de MiseryStand By Me, ou encore Princess Bride), sorti en 1992. Il aborde une pratique assez courante dans l’armée, lors de la formation des recrues, bien que totalement illégale : le code rouge. Il s’agit d’infliger un mauvais traitement au soldat qui n’a pas réussi correctement une mission/ un exercice demandé, et ce, afin qu’il ne fasse plus jamais la même erreur. Le jeune, terrifié à l’idée de subir pareille punition à nouveau, apprend ainsi que rien ne lui est pardonné, et s’améliore.

Dans le cas du film, il est question de savoir qui est responsable de la mort de Santiago. Tout semble accusé Dawson, et son complice Donney, puisque le premier avait réellement des raisons d’en vouloir à Santiago. Ce dernier voulait révéler des informations compromettantes le concernant, qui auraient pu mettre à mal toute la suite de la poursuite de sa carrière chez les Marines. Pourtant, les choses ne paraissent pas aussi simple : Le colonel Jesep ne voulait pas que l’on transfère ailleurs Santiago, mais aurait, 5 heures avant le décès de celui-ci, signé l’ordre de l’emmener dans une autre base et ordonné que personne ne touche à lui, car il courait un grave danger. Pourtant, Santiago, qui aurait du être heureux de cette nouvelle (qu’il espérait tant depuis si longtemps), n’a prévenu personne ni passer aucun coup de téléphone, et ne s’est même pas donné la peine de faire ses valises, alors qu’il ne devait plus jamais revenir à Guantánamo. Tout cela est étrange… De plus, le premier avion qui aurait pu le conduire à destination devait avoir lieu a 6 heures du matin. Pourtant, un autre vol était possible plus tôt, mais aurait été tout bonnement effacé des registres, tant dans l’aéroport de départ que l’aéroport d’arrivée.

À leur arrivée à Guantánamo, Daniel et Jo sont reçu par le colonel Jesep. Celui-ci est un homme hautain et fier, qui n’a de compte à rendre à personne. Il leur rappelle qu’un ordre, quel qu’il soit, doit être exécuté. On ne badine pas avec cela : il en va du respect des règles et de la sécurité de chacun. Lorsque Joe commence à fouiner, en posant les bonnes questions, Jesep s’emporte et l’insulte ouvertement, dans un discours machiste. Et quand Daniel demande à avoir la copie du document par lequel Jesep a accepté le transfert de Santiago, celui-ci le force à le lui redemander plus poliment… Tout est une question de principes.

Communiquer avec ses clients : entre code d’honneur et sentiment humains

Lorsque Daniel rencontre pour la première fois ses clients en privé, il est frappé par le décalage qui les sépare de lui : ils font une sorte de « vœux de silence », sous-entendant qu’ils ne sont pas coupables, sans dévoiler quoi que ce soit. Le code imposé par leur fonction les pousse à adopter un comportement correct en toute circonstance, ne dévoilant jamais leurs sentiments personnels, et ne répondant que si l’on s’adresse directement à eux. Dans de telles conditions, Daniel doit presque « leur arracher les vers du nez », si il veut en savoir plus.

Daniel veut avant tout régler l’affaire au plus vite, envisageant un accord à l’amiable, et ce, afin que la peine soit la moins élevée possible. Mais les 2 militaires disent de ne pas être coupables…

Jo, persuadée de leur innocence, va pousser Daniel a persévérer dans sa démarche, afin de faire cracher à Dawson qu’il aurait reçu l’ordre d’un supérieur, le lieutenant Kendrick (Kiefer Sutherland) de pratiquer un code rouge sur Santiago. Que le code rouge ne devait pas aussi mal tourner…que lorsqu’il a vu que la victime commençait à cracher du sang, il lui enlevé tous ses liens et a prévenu -mais en vain- les secours. Mais c’est sa parole contre celle du procureur, le capitaine Jack Ross (Kevin Bacon), chargé de représenter la victime, et la société civile, ayant de très nombreux éléments à charge.

Plaidoiries

Le procès de Dawson et Donney a tout du grand spectacle, même si il n’a pas lieu à la cour suprême mais dans un tribunal militaire : Daniel se livre à un exercice oratoire impressionnant, se montrant très digne de son défunt père qui fut un procureur renommé, œuvrant à travers des joutes oratoires de haut vol pour contrer les arguments de la partie adverse, représentée par Jack Ross (pourtant son ami dans la vie). L’habit ne fait pas le moine : le jeune homme, passant plus de temps à jouer au Baseball qu’à travailler, surprend ainsi tout le monde au passage.

Daniel n’amène que très doucement, et de manière subtile, la question du code rouge. Jack lit le code militaire, et assure que ce genre de pratique, illégale, n’existe pas, car elle n’est pas mentionnée dans le livre. Mais Daniel rétorque que ce n’est pas parce que quelque chose n’est pas coulée dans un règlement qu’elle n’existe pas : les repas de la cantine ne sont pas mentionné non plus, pourtant les militaires y ont droit.

Daniel va même jusqu’à contester les conclusions de l’expert, un docteur mandaté par le juge. Celui-ci a dit que Santiago a été empoisonné. Et si il s’était trompé ? 

Un témoin qui pouvait leur être très utile, le lieutenant colonel Markinson (J.T.Walsh), au courant de l’affaire, car il assistait Jesep, se suicide. L’honneur de la fonction est poussée à son paroxysme : se taire, plutôt que trahir l’uniforme.

La scène finale

Daniel comprend qu’il risque alors de perdre le procès : tout porte à croire que Dawson et Donney sont responsables. Ils devront aller en prison… Sur l’insistance de Jo, Daniel va alors miser sur sa dernière carte, quitte à risquer d’être radier du barreau : appeler Jesep à la barre. Tout ce qu’il doit faire, c’est le mettre suffisamment en colère (risquant d’être sanctionné par le juge, qui pourrait trouver qu’il s’acharne trop sur un témoin), afin qu’il avoue qu’il a lui-même donné l’ordre.

FEW GOOD MEN, A

Et de façon incroyable, c’est ce qui se produit : Jesep (incarné avec brio par Nicholson) arrive la tête haute, l’air de quelqu’un qui n’a rien à se reprocher et vient perdre son temps. Il se présente d’abord serein, lançant quelques réflexions outrancières au passage, partant d’abord favori, car bénéficiant de la confiance du juge en raison de sa réputation. Il est « l’invité d’honneur » du tribunal, et doit être vu comme une star à qui le respect est du. Jesep rend sa déposition : il ment.

Le jeune avocat commence par un raisonnement qui a des allures de syllogismes : en effet, si Jesep a donné l’ordre de ne pas faire de mal à Santiago, et que ses ordres sont toujours respectés, pourquoi aurait-il du le réaffecter ailleurs puisqu’il n’y avait pas le moindre risque ? De cette simple question, Daniel induit de la contradiction dans le discours de Jesep sur cette affaire. Cela est au fond très logique. 

Ensuite, alors que tout semble joué d’avance, il s’emporte, lorsque Daniel monte le ton, et fini par avouer…que c’est lui-même qui a donné l’ordre ! Jesep tente même de justifier son geste, par ses principes moraux et du rôle qu’on attend de lui. La scène montre tout le génie du jeu de Nicholson : il blasphème, son visage se couvre d’expressions en tout genre, jusqu’à faire éclater sa colère, et à la hurler dans le tribunal. Cruise gagne alors le duel, alors qu’il n’avait pas grand chose dans les mains…

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Rob Reiner signe ici un palpitant récit juridique, critique violente sur la hiérarchie, et sur le respect des règles : ici, c’est l’obéissance à des règles injustes qui pousse les deux marines à faire subir à leur camarade le code rouge. D’ailleurs, à la fin du film, lorsqu’ils sont innocentés, ils sont cependant radiés de l’armée…la chose est vécue plus durement pour eux que si on les avait condamné à aller en prison. Comme si toute leur vie se reflétait à n’être que des instruments au service de l’État américain. Qu’ils ne pourront pas lui donner un autre sens… Ils partent ainsi, sans se retourner, vers un autre chemin.

La scène d’ouverture du long-métrage présente un défilé militaire, où chaque soldat manie son arme, dans une chorégraphie millimétrée de bout en bout et où chacun synchronise ses mouvements en fonction des autres. On a l’impression que tout est parfait : ses hommes en col blanc incarne l’honneur, le courage, et la discipline…comment imaginer que même chez eux il y ait des crimes, des bizutages, des traitements inhumains ou dégradants ?

Nicholson rappelle que le rôle de l’armée est de former des soldats, et qu’importe les méthodes, la sécurité de l’État est en jeu. Il n’a jamais voulu réaffecter Santiago : c’est une question de principes ! Les officiers doivent former Santiago. Il n’y a aucun compromis possible, et c’est vrai que l’on comprend son point de vue. Mais a-t-il raison lorsqu’il édicte lui-même sa propre loi ?

Des Hommes d’honneur abordent donc, la question de l‘abus de pouvoir : lorsqu’on est au sommet, on se croit tout permis, que tout est acquis et que tout nous est du. Il y a aussi, une certaine critique envers l’homme, et un plaidoyer pour la femme, a travers le personnage joué par Demi Moore : on ne lui confie pas le dossier, en tout début du film, car elle est une femme (on lui préfère un commis d’office !). Elle se bat pourtant pour assister Daniel, l’aidant à préparer sa défense. Elle se fait insulter par Jesep lors de leur première rencontre. Elle ignore totalement ses remarques. Elle doit faire face à des propos gênant de Daniel, qui ne l’aime pas du tout… Joanne s’est créée une carapace pour affronter la gente masculine. C’est une femme forte, et qui n’a peur de rien. Sa ténacité est ce qui lui permet d’avancer.

Poussé par Joanne, Daniel va se lancer dans une affaire comme il ne l’avait jamais fait auparavant : abandonnant l’image du feignant de service, il devient un avocat expérimenté, qui n’a plus rien à envier à son défunt père. C’est une question de principe que d’avoir du courage, quitte à risquer de perdre sa place.

(notre note : 9/10).


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