A crazy world



752.Panic sur Florida Beach.

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Joe Dante est l’un de ses cinéastes maudits dont la filmographie contient de beaux trésors qui n’attendent qu’à être redécouvert. Révélé avec Piranha, l’homme formé par Roger Corman himself, se voit proposer la réalisation de Gremlins, qui sera son plus grand succès. Malheureusement, les chiffres ne le suivront plus puisque ExplorersL’aventure intérieure et Les Banlieusards seront des échecs. La suite de sa carrière contiendra de nombreux flops (Gremlins 2Small Soldiers,…), et le réalisateur autrefois convoité deviendra rapidement oublié, devant convaincre des producteurs avec beaucoup de difficultés si il souhaite réaliser un film. Pourtant, son oeuvre singulière si il en est, tente de plonger son spectateur dans un cinéma aux multiples références et clins d’œils à de vieux films. Ses longs-métrages sont des films de séries B (à petits budget), à la fois films commerciaux et films d’auteur.

Attention, moteur ! 

Panic sur Florida Beach c’est l’histoire de Lawrence Woosley (John Goodman, ayant des allures d’Hitchcock), un réalisateur-producteur réputé pour ses films d’horreurs (sous la maison de production Atomo Vision) à bas coûts. Son seul but est de faire peur aux spectateurs, de le faire avoir une trouille d’enfer. L’homme a misé sur la petite ville de Key West, en Floride, pour présenter sa dernière création : The Mant, l’homme-fourmi. Il ne le sait pas encore, mais son film va mettre la population dans un état de panique général…

Avec une action située en 1962, Dante ancre son film en pleine période de guerre froide, avec la peur permanente d’une guerre nucléaire entre les USA et Cuba. Les dangers du nucléaire sont également esquissés, à travers les vieux films d’horreurs où des gens frappés par des radiations se mettent à subir des mutations génétique : The Mant ne raconte d’ailleurs pas autre chose (un homme, cordonnier, devient une fourmi géante après avoir été exposé aux rayons nucléaires). Les gens sont au abois, suivant les informations télévisées avec beaucoup d’attention. On fait des provisions pour son abri antiatomique. L’école tente de donner des conseils aux enfants pour survivre (se coucher sur le sol en plaçant les mains derrière la nuque). La paranoïa est ainsi omniprésente. Pourtant, les enfants ne ressentent pas la peur : elle leur est extérieure. Focalisé sur ce qui est sur, ils vivent leur vie dans la joie, et attendent l’arrivée de Lawrence Woosley.

Il est paradoxal que ce soit ce film qui mit un frein d’arrêt à la carrière de Joe Dante, en 1993, où sortait le mastodonte Jurassic Park, lequel du se cantonner à quelques productions mineures à la télévision. L’homme a pourtant mis tout ses souvenirs d’enfance dans ce curieux petit objet, cherchant à rendre hommage au cinéma de façon générale (même si ici, les références aux séries B des années 50 sont plus appuyées), tentant de coller le plus possible à l’époque (les revues Monsters, les vieilles voitures,…), et s’est retrouvé oublié de tous. Il serait même parvenu à convaincre le directeur d’Universal, enflammé par la passion en ce projet.

L’innocence perdue

Les personnages principaux du film sont des enfants, de jeunes insouciants non préoccupés encore par les problèmes d’adultes : Gene Loomis (Simon Fenton) vient d’emménager sur Florida Beach avec sa mère et son petit frère, Dennis. Il a peu d’amis. Leur père, marine sur un cargo au large de Cuba, n’a plus donné signe de vie, et l’espoir de le voir revenir s’amenuise le temps passant, même si Gene ne faiblit pas. Avec Denis, il va chaque semaine au cinéma, adorant les films d’horreurs de monstres à petits budget. Amoureux du septième art, c’est un fin connaisseur. Son ami Stan (Omri Katz) est amoureux de la belle Sherry (Kelly Martin) et tente de la séduire, mais doit faire face à l’ex petit ami de cette dernière, une petite frappe notoire tout juste sorti d’un camp de redressement.

Lawrence Woosley est le cinéaste de Mant : c’est un homme dont le cinéma est toute son existence. Dante s’est inspiré de William Castle, un réalisateur qu’il appréciait beaucoup pour le créer. Ce dernier cherchait à faire du cinéma une expérience interactive, délivrant des assurances-vies avant la projection, au cas où les spectateurs viendraient à mourir de peur pendant le film.  Pour Woosley,  le 7e art est telle une caverne d’un homme préhistorique -qui d’ailleurs étaient les premiers créateur de film de monstre, en dessinant des mammouths comme des créatures célestes-. Il est trop tard pour s’en aller une fois le ticket acheté. Tout est possible derrière la porte de la salle, sur le grand écran. Effrayer les gens est sa mission : pour cela, il n’hésite pas à recourir à pleins d’astuces (des sièges vibrants -la 4D de l’époque-, la fumée, les sons amplifiés,…). La magie est un grand artifice, mais qu’importe les moyens, cela fonctionne ! Super vendeur, il assure lui-même la promotion de ses films, appose des affiches, n’hésite pas à offrir des places gratuitement, salue les gens dans la salle,…Lors de la première, il aligne tous ceux qui ont contribué ou contribue à ce spectacle, insistant sur l’importance de leur contribution, qu’ils soient acteurs ou…vendeur de pop-corns ! Woosley regorge de folie, et les seules limites à sa frénésie semblent être financière. Avec lui, on ne sait jamais jusqu’où on peut aller…

Le regretté Dick Miller, acteur fétiche de Dante, apparaît également dans ce long-métrage, incarnant un vieux comédien qui s’insurge contre les films de Woosley, qui l’inquiètent car faisant croire que le nucléaire donne des mutations et qui sont dénuées de toutes valeurs. Il se positionne en « partisan des distractions saines« .

Mise en abyme

L’intrigue principale du film est l’histoire d’une projection qui va mal tournée. On a ainsi un film dans un film. Cette mise en abyme permet d’opposer la fiction de la réalité, tout en les faisant se rejoindre à certains moments. Lorsque Gene est avec son frère dans la salle, et qu’il constate que ce dernier à peur, il lui explique que ce qu’un film, et que tout ce qui y est raconté est purement imaginaire. Par contre, lorsque la mère de Gene revoit de vieilles vidéos de famille et se met à pleurer, il s’agit de la réalité, filmée à l’état brut. Le but de Dante est de faire plonger son spectateur dans l’enfance, afin qu’il soit subjugué par ce qui apparaît à ses yeux, sans chercher à dénaturer les choses en se demandant si ce qu’il voit lui parait sensé.

Lorsque le cinéma prend feu (grâce à Woosley qui simule une explosion nucléaire), tout les spectateurs deviennent paranoïaques, se marchant les uns sur les autres. Le directeur file le premier vers l’abris anti-atomique qu’il s’est aménagé sans vouloir sauver personne. Les adultes deviennent des monstres envahi par la terreur. Geene ne sera pas de ceux-ci, et deviendra un adolescent héroïque, suffisamment intelligent pour comprendre ce qui se passe. Alors que tout est faux, les gens sortent de la salle, constatant avec stupeur qu’ils ont été dupés ! Comme Woosley le dit à la fin du film, il convient de garder les yeux ouverts ! Le cinéma permettrait ainsi de ne plus avoir peur, à partir du moment où l’on apprend à voir. Comme si le cinéma avait des effets cathartiques. Le film est loufoque, drôle, exaltant et fascinant (notre note : 8/10).


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