A crazy world



762.La Favorite.

mk

Qui aurait pu croire que raconter l’histoire secrète de la Reine Anne d’Angleterre (Olivia Colman, dans un rôle sur-mesure) et de ses deux favorites, Sarah Churchill (Rachel Weiz) et Abigail Masham (Emma Stone) donnerait lieu à un film aussi fort qu’étonnant ? C’est pourtant le parti pris par le cinéaste montant Yórgos Lánthimos, révélé avec l’étrange The Lobster.

La Favorite dévoile une Reine détruite par la vie -elle a perdu tous ses 17 enfants, et est veuve-, à la santé fragile -elle souffre notamment de la goutte-. Faible, Anne d’Angleterre se repose sur Sarah, qui dans les faits, gouverne à sa place.  Femme politique, la duchesse de Malbourough, est amie avec la Reine, mais la traite également de manière assez brutale, se permettant des excès de zèle qui vaudraient sans doute à d’autres la peine de mort.

Lors de l’arrivée de sa cousine à la cour, Abigail Masham, dont toute l’existence fut marquée par une suite d’événements tragiques -pauvre et vendue par son propre père à un homme qui abusa d’elle-, Sarah accepta de l’engager comme domestique. D’abord reléguée aux plus basses corvées, celle-ci monte dans l’estime de la Reine en apaisant la douleur qui la rouge à l’aide de plantes médicinales. L’approche d’Abigail avec la Reine est plus douce, et elle parvient à gagner ses faveurs. Pour Sarah, nettement plus froide, cette concurrence représente une menace qu’elle ne peut se permettre. Entre les deux femmes naît une odieuse rivalité : c’est à la plus rusée d’entre les deux de remporter la victoire…

Avec La Favorite, Lánthimos signe une belle satire de la Cour d’Angleterre, à la musique étonnante (mixant de la musique classique et des airs plus lancinants), se moquant allègrement des occupations des représentant de la Haute société, avec leurs réceptions loufoques et leurs courses d’oies, mais délivre aussi l’essence d’un duel implacable entre deux femmes, de parenté commune, mais que tout oppose de part leur condition sociale. Si Sarah est quasiment Reine, ce n’est pas le cas d’Abigail, qui lors de son arrivée à la Cour fait l’objet de moquerie sur son odeur corporelle après avoir chuté dans la gadoue. Pourtant, sans l’air de rien, celle-ci n’a qu’une seule et unique ambition : retrouver la condition d’antan de sa famille en regagnant ses rangs. Prête à tout, elle va rapidement graver les échelons, écrasant tous les adversaires sur son passage, quitte à se livrer aux plus grandes bassesses.

Le duel Sarah/Abigail, auquel le spectateur assiste tout au long du long-métrage est très prenant. La Reine, quand à elle, semble s’amuser de voir ainsi se disputer deux personnes pour elle, alors qu’on lui prêtait plus guère d’attention depuis longtemps. On assiste alors à des scènes de haut vol, ou deux femmes se causent les pires infamies et sont prêtes à se détruire pour leur statut. Sarah menace Abigail, au cours d’une partie de chasse, en tirant légèrement au-dessus légèrement au-dessus de la tête de cette dernière. La même scène se répète, idée de génie du cinéaste, un peu plus tard, lorsque Abigail tue une oie en tirant et que le sang de la pauvre bête éclabousse le visage de Sarah.

La surprise du film, c’est bien entendu Olivia Colman (oscarisée pour le rôle), qui incarne avec brio une Reine sur sa fin. Affreusement laide, la Reine Anne, dernière héritière des Stuarts, n’en reste pas moins une personne très humaine, mais qui s’est laissé aller à une dépression sans fin, dont les maigres moments de bonheurs sont ceux passés avec sa favorite. Lorsqu’elle regarde les gens de sa Cour danser -surtout Sarah, qui tente d’impressionner tout le monde- la Reine éprouve de la tristesse, et décide de regagner ses appartements. Ne supportant pas de regarder son propre reflet (il n’y a d’ailleurs aucun miroir), la Reine a une opinion bien petite d’elle-même. Toute son estime de soi est partie et elle est désormais incapable de gouverner. Pour noyer son chagrin, celle-ci s’est d’ailleurs acheter des lapins, un par enfant disparus, et les laisse gambader dans ses appartements. Manipulée, les gens qui l’entoure profite de son pouvoir et aucun ne l’aime réellement.

La fin du film se révèle douce-amère, une conclusion rappelant celle du Barry Lyndon de Kubrick, où affrontant son rival, les plans d’ascension sociale du personnage s’effondre, et où il semble perdre le contrôle sur la situation. Sauf qu’ici, même le rival ne l’emporte pas…Bien entendu le film est vulgaire, violent, choquant lors de certaines scènes, ne tient pas forcément compte de toute la vérité historique, mais qu’importe, il reste grandiose (notre note : 7,5/10).


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