A crazy world


782.Une protection pour les lanceurs d’alertes ? Analyse de la loi Sapin-II.

La loi française du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique (plus communément appelée « loi Sapin-II »), a en son chapitre 2 (articles 6 à 16), établi un système visant à protéger les lanceurs d’alertes.

 
Les enjeux étaient importants : la liberté d’expression a toujours été au cœur du débat, et le « droit d’alerte » n’est jamais que l’une de ces composantes (1). Ceux que l’on appelle les lanceurs d’alertes ne sont, au fond, que des « dénonciateurs », cherchant avant tout à mettre au courant d’une vérité que l’on cherche à cacher (par exemple, un détournement de fonds publics). L’alerte permet de sonner le glas à des violations aux droits et libertés fondamentales. Pour certains, elle a une dimension éthique. Bien entendu, elle n’est pas obligatoire, mais constitue une simple faculté pour celui qui voudrait l’exercer.

 
La loi Sapin-II propose tout d’abord, en son article 6, une définition du lanceur d’alerte : celle-ci est relativement large, de façon à permettre la protection du plus grand nombre. On vise tous aussi bien un travailleur qu’un simple citoyen. Mais cela ne peut être qu’une personne physique : les personnes morales (comme les ASBL, par exemple) sont exclues.

 
Cependant, afin de pouvoir rentrer dans le champ d’application de l’article 6, le lanceur d’alerte devra répondre à 3 conditions : Tout d’abord, il devra agir de manière désintéressée, c’est-à-dire ne pas être payé pour révéler les informations ou être animé d’un état de ressentiment envers celui que l’on « dénonce ». Ensuite, être de bonne foi, autrement dit, croire que ce que l’on raconte est vrai et avoir des raisons valables de le penser (réunir des éléments de preuves peut s’avérer important). Enfin, avoir eu une connaissance personnelle des faits, et ne pas les rapporter d’une source tierce. Si ces conditions sont respectées, et pour autant que la divulgation est nécessaire et proportionnée au regard des intérêts en cause, cela entraîne une irresponsabilité pénale de l’intéressé (art.7, loi Sapin-II).

 
Le lanceur d’alerte peut soit « signaler », soit « révéler » » une infraction (crime, délit, …). Les deux termes ne recouvrent pas la même signification : signaler réside dans l’acte de l’alerte interne, tandis que révéler est constitutif d’une alerte publique (aux médias, sur Internet).

 
Toutefois, l’art.6, al.2 de la loi Sapin-II prévoit 3 cas ne pouvant pas faire l’objet d’une alerte, et ne rendant pas irresponsable celui qui le fait. Il s’agit du secret de la défense nationale, du secret médical, et du secret des relations entre un avocat et son client.

 

Schématiquement, la loi Sapin-II distingue deux situations :
Soit le lanceur d’alerte agis en dehors du cadre de son travail (on vise le cas d’un citoyen, d’un client de l’entreprise en cause) soit il agit dans le cadre de son travail (car c’est un travailleur salarié ou un fonctionnaire public, par exemple). Autrefois, la définition était  limitée au cadre du travail (2). Dans la première situation, la loi Sapin-II n’organise pas de procédure de signalement. Il convient donc de se référer à l’article 7 de la loi, et de se demander si l’alerte était nécessaire, et proportionnée, au regard des intérêts en cause : le lanceur d’alerte cherche à stopper un comportement qu’il juge illégal, mais il n’est pas exclu qu’il se voit accuser de diffamation, si l’information qu’il a transmise était inexacte… (art.13, II, loi Sapin-II). Avoir tenté de régler le problème avec les principaux concernés avant de rendre l’alerte public peut s’avérer bénéfique.

 
Si le lanceur d’alerte agis dans le cadre de son travail, la loi Sapin-II prévoit une procédure de signalement obligatoire, à 3 paliers (art.8, I. à III.). En effet, le travailleur doit d’abord porter l’alerte en interne à la connaissance de son supérieur hiérarchique direct ou indirect, à son employeur, ou à un référent désigné par ce dernier : c’est le premier palier. Ensuite, si les personnes averties ne prennent pas de mesures dans un délai raisonnable (non défini dans la loi, mais à convenir avec l’autorité visée), le travailleur peut prévenir l’autorité judiciaire, l’autorité administrative ou les ordres professionnels (ordre des architectes, par exemple). Il s’agit du deuxième pallier. Si ces derniers ne font rien, en dernier ressort, à la fin d’un délai de 3 mois après les avoir prévenus, le travailleur peut rendre le signalement public et prévenir les médias. L’information risque alors d’être connue par tous.

 
Il est à noter que, s’il y a un « danger grave et imminent ou en présence d’un risque de dommages irréversibles », le travailleur peut directement opérer le signalement à l’autorité judiciaire, à l’autorité administrative ou aux ordres professionnels, sans passer par la voie interne (art.8, III, loi Sapin-II). On peut notamment penser à un risque de pollution qui aurait été provoqué par une usine qui aurait versé des produits chimiques dans les nappes phréatiques où est prélevé l’eau d’une ville.

 
Le Défenseur des droits (3)  est une autorité administrative indépendante chargée d’orienter et de protéger le lanceur d’alerte (dans le cadre de son travail ou en dehors du cadre de son travail) lors d’un signalement. Ce dernier peut faire appel à lui à n’importe quelle étape, à condition de le saisir par écrit. Le Défenseur des droits veille aux maintiens des droits et liberté du lanceur d’alerte, essayant de préserver l’anonymat de ce dernier (art.9, loi SapinII). Il essaye prioritairement de résoudre les problèmes entre parties en recourant à la médiation, ayant le droit d’obtenir les informations qu’il juge nécessaires sur la personne physique ou morale victime de l’alerte. Toutefois, les pratiques dénoncées par le lanceur d’alerte ne sont pas réglées par le Défenseur des droits (il ne va même pas vérifier la réalité des faits), mais par les personnes qui en sont responsables et qui sont donc les mieux placés pour les résoudre. Le souhait du Conseil de l’Europe a, sur ce point, été respecté (4).

 
À tout moment du signalement, la protection de la vie privée ainsi que l’intégrité du lanceur d’alerte sont en jeu : il convient donc de s’assurer que son identité reste confidentielle (art.9, I, loi Sapin-II). L’autorité judiciaire pourrait divulguer des éléments qui identifierait le lanceur d’alerte, à condition que ce dernier donne son accord. Si l’alerte est fondé, les éléments permettant d’identifier la personne physique ou morale mise en cause peuvent être révélés à l’autorité judiciaire. 

 

 

Des sanctions pénales sont prononcées si on divulgue des éléments confidentiels pouvant révéler l’identité du lanceur d’alerte (art.9, II, loi Sapin-II). C’est également le cas si on divulgue des éléments identifiant l’identité de la personne physique ou morale que l’on vise par l’alerte, si le caractère fondé de celle-ci n’a pas encore été établi par le juge (5).

 
D’autres mesures de protections dans le cadre du travail sont prévues dans la loi Sapin-II : l’employeur ne peut pas licencier, sanctionner ou discriminer un employé (en diminuant sa rémunération, par exemple) parce qu’il a révélé des informations sur lui ou son entreprise (art.10, I). Cela s’applique également aux fonctionnaires (art.10, II). Si jamais cela n’est pas respecté, et que le lanceur d’alerte a été licencié, révoqué, ou n’a pas vu son contrat renouvelé, le juge peut ordonner sa réintégration (art.11). Le Défenseur des droits peut aussi intervenir afin de faire cesser les représailles entreprises par l’employeur. Celui-ci risque de faire l’objets de sanctions pénales (art.13).

 
Si jamais le lanceur d’alerte est un militaire, un dispositif de protection similaire est prévu, sauf si le signalement est réalisé en cas de danger grave ou en présence d’un risque de dommages irréversibles (art.15, Ioi Sapin-II), c’est-à-dire qu’il signale un secret de défense national, par exemple.

 
Un régime spécifique a été mis en place dans le cas où le lanceur d’alerte travaille dans une banque ou une compagnie d’assurance (art.16, loi Sapin-II). Cela peut s’expliquer en raison de la complexité de la matière. Il faut alors saisir l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), si l’on constate un manquement à des obligations dont la surveillance est assurée par l’une ou l’autre de ces autorités.

 

 

sources :

1 N. M. MEYER, « Guide Pratique à l’usage du lanceur d’alerte-Transparency International France », disponible sur https://transparency-france.org/

2 N. M. MEYER, « Guide Pratique à l’usage du lanceur d’alerte-Transparency International France », disponible sur https://transparency-france.org/

3 Loi organique n°2016-1690 du 9 décembre 2016 relative à la compétence du Défenseur des droits pour l’orientation et la protection des lanceurs d’alerte

4 Recommandation CM/Rec(2014)7 relative à la protection des lanceurs d’alerte, C.E., 30 avril 2014

5 Défenseur des droits, « Guide : Orientation et protection des lanceurs d’alerte », juillet 2017, disponible sur https://www.defenseurdesdroits.fr/


781.Les Planètes- Matt Pokora.

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780.Gwendy et la boîte à bouton.

Gwendy Peterson, 12 ans et en surpoids, fait une étrange rencontre alors qu’elle monte rapidement les marches de l’escalier la menant au sommet de Castle View, surplombant la ville de Castle Rock. En effet, un homme tout en noir, est assis sur un banc et va lui faire cadeau d’une étrange boîte, comprenant plusieurs boutons colorés ainsi que deux manettes. Il lui explique que les 6 premiers boutons correspondent en fait aux 6 continents, que le bouton rouge sera celui sur lequel elle pourra appuyer plusieurs fois, et ce pour n’importe quoi, et que le bouton noir est le plus dangereux, puisqu’il concerne « tout ». Gwendy comprendra rapidement les pouvoirs de cet étrange objet assez rapidement… La boîte permet de faire apparaître également, grâce aux manettes, de succulentes friandises, et des dollars. Elle va même apporter une vie meilleure à Gwendy, lui permettant de réussir tout ce qu’elle entreprendra. Mais elle aura un prix.

Pour cette nouvelle d’une centaine de pages, Stephen King a demandé l’aide de son ami Richard Chizmar, et les deux hommes l’ont écrit ensemble. Les illustrations de Keith Minnion illumine le récit. Il s’agit d’une variante du « Jeu du bouton » de Richard Matheson (où un bouton-poussoir suscite à la fois convoitise et dégoût), mais à l’intrigue nettement plus étalée dans le temps, puisque l’on suit Gwendy jusqu’à ses 22 ans. Le thème central semble être donc également la question du choix, et des actes que l’on prend. Il convient toujours d’agir avec discernement, même lorsque les sentiments nous envahissent et nous poussent sur la mauvaise pente. De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilité, et la boîte teste toujours son possesseur. Le fameux bouton rouge capable de détruire ce que l’on souhaite, est une métaphore du « bouton rouge » déclencheur de la bombe nucléaire. On peut s’interroger aussi sur celui qui lui a remis ledit objet : est-ce Dieu lui-même qui confie cette boîte de Pandore à des personnes « de confiance » ? 

La nouvelle questionne également sur l’acceptation de soi, d’une importance cruciale pour la nature humaine. Gwendy est un peu ronde, on se moque d’elle à l’école, et va peu-à-peu changer, comme aidée par cet « objet fétiche » que sera la boîte à bouton. Elle va devenir plus courageuse, plus jolie, plus intelligente, mais également se rendre compte qu’elle n’a pas forcément besoin de la boîte pour être heureuse. Qu’on est pas obligé d’être le meilleur en tout, mais qu’il convient seulement d’être soi-même. Une belle histoire.


779.Joker : la bande-annonce !

Joaquin Phoenix sera le prochain acteur à prêter ses traits au Joker, ennemi emblématique de Batman. Le film, réalisé par Todd Phillipps (à qui l’on doit la trilogie Very Bad Trip) sortira en octobre prochain, et se concentrera sur la transformation de Arthur Fleck, comédien sans succès, en génie du crime. L’histoire expliquera comment il a basculé définitivement dans la folie. Quand à la présence éventuelle de Batman, la bande-annonce dévoile un tout jeune Bruce Wayne. Il y a donc fort à parier que le film verra le Joker rencontrer son grand ennemi…

Le casting est complété par Robert De Niro, Frances Conroy et Zazie Beetz.

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778.Film culte : Will Hunting.

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Qui aurait pu imaginer une seule seconde qu’un jeune orphelin, balayeur au MIT, puisse se révéler être l’un des cerveaux les plus brillants au monde ? Will Hunting (Matt Damon), 20 ans à peine, est un autodidacte surdoué, et un génie des mathématiques. Sauf qu’il n’exploite pas son don, se contentant de jobs minables, vivant dans un taudis, et traînant avec sa bande d’amis pas très futés, Chucky (Ben Affleck) en tête. Mais un jour, il parvient à résoudre une équation impossible, que le professeur  de mathématique Gérald Lambeau avait destinée à ses élèves, et placé sur un tableau noir dans le couloir. L’homme n’en croit pas ses yeux et décide de mener l’enquête afin de savoir qui a trouver la réponse. Lorsqu’il découvre qu’il s’agit de Will, il souhaite le prendre sous son aile. Mais il doit bien se rendre à l’évidence que le jeune homme est asocial, rejette tous ceux qui pourraient s’intéresser à lui, et cherche le conflit en permanence.  Suite à une bagarre, il est incarcéré. Lambeau parvient à convaincre la juge de le faire sortir, à condition qu’il travaille au MIT et suive une psychothérapie. Après avoir du changer à de nombreuses reprises de psychologues, chacun lâchant Will, car il jouait les fortes têtes, Lambeau fini par demander à un vieil ami, le docteur Sean Maguire (Robin Williams), avec qui il noue une vieille rivalité, de le prendre en charge.

Rebelle

Will Hunting, sorti en 1998, est signé Gus Van Sant. D’un scénario écrit par Matt Damon et Ben Affleck, le film a connu un important succès, tant sur le plan critique que commercial. L’histoire de ce jeune orphelin qui se cherche et peine à défaire d’un passé difficile, parle d’injustice mais également de la difficulté de s’intégrer et de trouver sa place dans la société. Le chemin de croix auquel se livre Will pour trouver la paix est long. En effet, il est rebelle envers la société, et ne voit pas l’intérêt d’étudier, de faire partie des élites, dans un monde qu’il voit comme injuste et inégalitaire. Dans une Amérique qui cherche à recruter des talents, Will gâche le sien.

Pourtant, en résolvant l’équation, même si cela est fait de manière cachée, Will aspire tout de même inconsciemment à quelque chose. Il a peur de la réaction de son entourage et cache ses capacités extraordinaires pour les mathématiques et le raisonnement logique. Il expliquera plus tard, au cours du film, ne pas savoir d’où lui provient ce don, mais tentera de donner une réponse en expliquant que Beethoven ou Mozart, voyaient plus qu’un simple piano, lorsqu’ils se mettaient à jouer de la musique. Sans repère, Will est un homme meurtri, et empli de tristesse. Cependant, il tente de ne rien laisser transparaître et joue sur la défensive. Il n’appartient à personne, sinon lui-même, et ne souhaite pas consacrer sont énergie à un milieu déterminé, ou à une femme précise. Le jeune homme s’est d’ailleurs émancipé de familles adoptives autoritaires qu’ils l’ont battus. Will « butine » mais il peine à trouver sa voie, à donner un sens à son existence.

Derrière l’image de ce personnage qui règle ses problèmes par la force et la violence, il y a aussi celui qui se soumet, lorsqu’il fait face à plus fort que lui (comme lorsque le docteur Sean l’attrape par la gorge et le soulève, après qu’il ait manqué de respect envers sa femme). Preuve qu’il est en réalité bien plus fragile qu’il n’y parait… 

Thérapie

Mais Will Hunting raconte aussi l’histoire du thérapeute du héros, le docteur Sean. Robin Williams, lauréat de l’oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour ce film, semble toujours jouer avec le même plaisir, donnant une dimension presque magique à ses interprétations. Celui-ci va tenter, de façon très humaine, de sonder l’esprit de Will et de le faire extérioriser ce qu’il ressente. Leur relation sera très amicale, même si Will tente constamment de tester les gens, les poussant à sortir de leur zone de confort. Marqué par la mort de sa femme, décédée des suites d’une longue maladie, Sean vit désormais seul, et s’occuper de Will va redonner un but à son existence. Le jeune homme sortira marqué de sa rencontre avec son thérapeute. En effet, il ne veut pas s’engager dans une relation amoureuse à long terme, incapable de témoigner la moindre affection, car au bout du chemin, la mort les attend. Pourtant, même si cela est vrai, Sean s’est occupé pendant six ans de sa femme, malade, et a vécu dix-huit années de belle passion : il ne regrette rien. Le docteur évoquera l’amour qui l’a unit à sa seconde moitié durant toute sa vie, allant jusqu’à oser des anecdotes très personnelles (les flatulences de sa femme, le match qu’il a loupé pour aller dîner avec elle, …). Cependant, l’homme éprouve quelque difficultés à faire son deuil. À la fin du film, la thérapie terminée, Sean décide de faire un voyage et de retrouver l’amour. Will va trouver la force d’avancer grâce à son thérapeute, un homme qui fait passer les sentiments et l’humanité avant les prouesses intellectuelles. Il comprendra qu’il a beau être instruit et croire tout savoir sur tout,  mais que cela n’est pas suffisant, car certaines choses valent vraiment la peine d’être vécue. L’émotion finira par le submerger, et il pleurera. Ainsi, les deux vont s’entraider mutuellement (notre note : 9/10). 


777.Glass, la suite d’Incassable.

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Avec Glass, M. Night Shyamalan entendait conclure sa trilogie des super-héros, inaugurée avec Incassable, en 2000, et sa suite déguisée, Split, en 2017. L’attente pour ce dénouement était donc très grande, promettant d’offrir un film très puissant et savamment réfléchi. La scène inaugurale permet ainsi de retrouver David Dunn (Bruce Willis) traquant la Bête, 24e personnalité de Kevin (James McAvoy), qui s’en prend à d’innocences jeunes filles. Le monstre est surpris de combattre un adversaire de force égale à lui, et de ne pouvoir prendre le dessus. Malheureusement, une équipe de police arrivent sur les lieux et parvient à refaire émerger la personnalité de Kevin, et celui-ci se rend. David est également fait prisonnier, ses agissements en tant que justicier masqué ne plaisant pas aux forces de l’ordre. Placés en institution psychiatrique, les deux hommes sont incapables de sortir de leurs cellules, adaptées pour leurs points faibles respectifs : l’eau pour Dunn, et la lumière pour Kevin. Dans ce centre, séjourne également Elijah Price (Samuel L. Jackson), alias Glass, le « bonhomme de verre ». Complètement drogué par les médicaments, l’homme, désormais en fauteuil roulant, est un légume. Les 3 personnages ont en commun d’avoir des facultés hors-normes qui leur confèrent des pouvoirs de super-héros…cependant, pour le docteur Ellie Staple (Sarah Paulson), spécialisées dans les patients qui se prennent pour des héros de comics, ils sont malades, et celle-ci va tenter de les soigner, en refoulant leur nature interdite. Mais  le bonhomme qui casse va se réveiller et convaincre la bête de se dévoiler au monde entier, lors d’un combat avec Dunn…

Si Glass offre une mise en scène toujours plus impressionnante, avec ses multiples jeux de caméras, influence assumée d’Hitchcock (filmer un personnage à travers son reflet sur un rétroviseur de voiture, par exemple), il s’essouffle, dans une intrigue abracadabrantesque, qui dénote avec les deux précédents opus. L’idée n’est pas mauvaise en elle-même, mais se perd dans des ressorts scénaristiques loufoques. Des super-héros devant refouler leur nature, qui ne peuvent pas être accepté par la société, qui ne veut pas apprendre la vérité sur leur existence, voilà qui est une bien. Mais pourquoi se détour chez une psychiatre, qui leur fait suivre une thérapie sans queue-ni-tête, leur posant des questions insensées, remettant en cause des capacités extraordinaires bien réelles chez eux…en tentant de justifier ce choix, à la toute fin, lorsque la vérité éclate, par une explication des plus étonnante, Glass ne convainc que moyennement. 

Malgré ce gros problème de scénario, il reste toujours le plaisir de revoir Kevin, tout en jaune, et ses 23 personnalités, toutes passées en revue, ainsi que Glass, tout en violet, le génie du crime, celui qui se considère comme le grand vilain, et le prouve de façon exemplaire. D’autant que Samuel L. Jackson est passé maître dans l’art d’incarner des bandits, en témoigne ses récentes prestations dans Kingsman ou Miss Pérégrine et les enfants particuliers. L’intelligence de son personnage n’est plus à prouver, mais il pourrait encore vous surprendre ici, lors d’un twist final dont seul Shyamalan a le secret. Dunn, sous les traits d’un Bruce Willis vieillissant, est toujours le justicier de l’ombre solitaire, revêtant son imperméable vert,  même si la mort d’Audrey, sa femme, l’a profondément affectée. Raison pour laquelle Robin Wright n’est pas dans le film.  Le fils de David, Joseph (Spencer Treat Clark), est quant à lui de la partie, toujours très proche de son père, puisqu’il l’assiste dans son travail.  En contre-emploi, il y a également Anya Taylor-Joy, qui reprend le rôle de Casey, mais aussi Charleyne Woodard, dans celui de la mère d’Elijah.

Des liens avec Incassable sont également fait, à travers des scènes coupées jamais employées, explorant le passé des personnages. La plus choquante étant, bien entendu, celle où Elijah se brise les os dans un manège… Le film réussit à sublimer la trilogie toute entière, et clôt définitivement l’intrigue d’Incassable. Il tente de répondre à la question de savoir si nous sommes réellement ce que nous croyons être ou si ce que l’on est n’est que ce que nous voulons être ? Le thème de l’identité, au centre de la trilogie, trouve son aboutissement, à travers son antagoniste, le doute.  Il fait également un lien plus fort avec Split, que le simple caméo que Bruce Willis avait entrepris. Les super-héros sont des figures mythiques, qui inquiètent et fascinent à la fois. Mais ils sont également des êtres humains ordinaires.

(Notre note : 6,7/10).


776.Ouverture d’un nouveau portail.

Le blog Acrazyworld a le plaisir de vous annoncéer l’ouverture d’un nouveau portail. Intitulé « La Force est dans le droit ! « , il proposera des contenus liés à des questions juridiques du droit des nouvelles technologies, du droit de la propriété intellectuelle, du droit des médias, du droit du travail ou encore du droit fiscal. Vous saurez, par exemple ce qu’est un fake porn, comment les multinationales déplacent fictivement leurs bénéfices ou ce que Facebook a le droit de faire avec vos données à caractères personnels. Chaque mois, environ 2 articles sur des thématiques différentes vous seront proposés. Ces articles seront également publiés sur un autre blog, jumelé avec celui-ci, pour des questions de facilité.

Le créateur (KG).


775.Dumbo version Tim Burton.

Remettre au goût du jour un classique de l’animation dans un film en prise de vues réelles n’est pas chose évidente, et le risque de faire une copie conforme de l’original n’est jamais loin. Pourtant, 9 ans après avoir redonné vie à Alice au pays des merveilles, le cinéaste américain Tim Burton délivre cette fois-ci sa version live de Dumbo. Bébé éléphanteau, Dumbo naît dans un cirque itinérant, et est rapidement séparé de sa mère. Élevé par Holt Farrier (Colin Farrell), ancien artiste d’un numéro de cavalerie, et ses deux enfants, l’animal fait l’objet de nombreuses moqueries en raison de ses grandes oreilles. Cependant, lorsque le propriétaire du cirque, Monsieur Medici (Danny DeVito) découvre qu’il est capable de voler grâce à celles-ci, Dumbo devient la star de bien des numéros. Cela fini par parvenir aux oreilles de V.A. Vandermere, le propriétaire de Dreamland, la fabrique de rêve, qui voit en lui le moyen de gagner plus d’argent…

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Dumbo, personnage burtonien

Créé par l’écrivaine Helen Aberson en 1939, Dumbo est un bébé éléphanteau qui est né avec de très grandes oreilles. Celles-ci sont d’ailleurs très inconfortables et lui valent de nombreuses moqueries. On comprend d’emblée ce qui a plus à Burton, dans ce petit personnage aux yeux bleu étincelants : il est différent et marginalisé à cause de cela. On pense à des personnages du cinéaste comme Ed WoodEdward ou encore  De plus, il va se retrouver séparé de sa figure parentale (comme Batman, le PingouinIchabod Crane ou Alice), ce qui va à la fois le troubler sur le plan émotionnel, et aussi le pousser à voler pour la retrouver.

Ensuite, cette différence, il va l’exploiter et devenir la coqueluche du monde, qui souhaite voir le « monstre de foire » qu’il est. Un peu à la manière du Edward de Edward aux mains d’argents, on va accourir afin de constater ses facultés extraordinaires. Et pourtant, on continuera de marquer cette différence, ne serait-ce que par son nom. Sa mère est madame Jumbo, et lui est Dumbo…parce qu’il a l’air « idiot » avec ces grandes oboles, et qu’en anglais cela se dit « Dumb ». Bien entendu, Dumbo est un bébé, et a tout à apprendre du monde et de la vie qui l’entoure. Il va devoir se forger une carapace afin d’accepter d’être prisonnier, d’abord d’un cirque, et ensuite d’un immense parc d’attraction.

Dumbo sera entouré de beaucoup d’amour, de la part de sa mère, tout d’abord, qui n’aura de cesse que de le protéger, ne serait-ce que de moqueries. Mais également des deux enfants de Holt. Ayant perdu leur mère suite à une longue maladie, ils seront plus à même de comprendre la détresse du petit éléphanteau. Ils lui donneront la force de voler, grâce à une plume, objet « magique ».

L’histoire de Dumbo est touchante : comme le chanteur Vianney l’a bien compris,  il s’agit d’une métaphore. L’éléphanteau vole au-dessus de tout, survolant ses problèmes et le monde, dans une sorte de ballet aérien où il se montre quelque peu gauche. Pourtant, à la fin, il se décide à redescendre et à sauver sa maman (avec l’aide de ses amis), et devient prêt à faire face au monde. La dernière scène le montre d’ailleurs devant sa mère (et non cachée derrière elle), prêt à rejoindre d’autres éléphants, dans sa terre natale, en Asie.

Mention spéciale aux effets visuels : en effet, aucun animal n’est réel (sauf le petit singe). Dumbo lui-même est entièrement réalisé en images de synthèses. Il a conservé ce caractère attachant qu’il avait dans l’animé original, tout en adoptant des caractères plus réalistes propres à un éléphanteau. Afin d’aider les acteurs, qui devaient jouer devant un personnage qui n’existaient pas, une maquette se rapprochant de Dumbo a été réalisée.

Burton a également repris des éléments du dessin-animé original, comme la destruction du chapiteau par la mère de Dumbo, la souris Timothée qui fait un petit caméo, ou la scène du bain. Celle des bulles d’éléphants roses, est une revisite du moment ou Dumbo a des hallucinations dans le film de 1941.

Le cirque

Burton, par rapport au dessin-animé original de 1941, a prit quelques libertés, ajoutant de nombreux personnages humains à son récit, et racontant l’histoire de l’éléphanteau de leur point de vue. La première partie du film se déroule dans le cirque Medici Brothers. Nous sommes après la première guerre mondiale, et la faillite n’est pas loin. Max Medici, le directeur, est un petit homme qui voit l’arrivée de Dumbo comme du pain béni. Son cirque est la chose la plus importante pour lui, et il le dirige avec beaucoup de passion. Après Big Fish, où en 2003 DeVito incarnait un directeur de cirque véreux mais au cœur tendre, l’acteur retrouve Burton et réincarne le même genre de rôle, apportant à nouveau une touche d’humour bienvenue.

Le cirque est un lieu où de nombreuses personnes marginalisées peuvent briller :  la femme sirène, le charmeur de serpent, l’homme fort, … il y a un parfum de magie dans un cirque, lieu où tous se joue sur une petite scène sur laquelle le public est parfois invité à monter. Tous les artistes ont un véritable esprit d’équipe et s’entraide pour les numéros. Sur la route constamment, ils forment une sorte de famille, de laquelle on ne peut pas partir. Holt lui-même semble rêver d’une autre vie, y compris pour ses enfants, mais se montre résigné. Manchot suite à la première guerre mondiale, l’homme est cantonné au dressage des éléphants. Le temps où il faisait un numéro de rodéo prodigieux n’est plus…

Pastiche de Disneyland

L’arrivée de Vandemere (excellent Michael Keaton, qui retrouve Burton, 28 ans après Batman-le défi ) est remarquée, avec sa muse, la trapéziste française Colette Marchand (Eva Green, muse burtonienne). Medici est conquis et fini par signer un contrat par lequel il lui remet Dumbo, mais où tout son cirque est engagé. Lui-même est nommé vice-président de la société de Vandemere, bien qu’il n’ait en réalité aucun pouvoir, et avec sa troupe ils emménage dans Dreamland.

Usine à rêves, avec son cortège d’artistes, ses symphonies assourdissantes, son château féerique et ses multiples attractions, Dreamland a le mérite de faire croire que tout est possible. Vandemere annonce lui même la couleur, en affirmant que rien n’est impossible. Allégorie de l’industrie Disney, sorte de Las Vegas, la société de ce bureaucrate montre ce qu’elle a de mieux (richesse, couleur et opulence), mais aussi ce qu’elle comprend de pire. Car tout n’est qu’un mirage…nous sommes dans la surenchère totale, et les émotions réelles n’ont pas leur place. Vandemere, sorte de critique de Walt Disney, est un homme effroyable, qui ne cherche qu’à s’enrichir, n’hésitant pas une seule seconde à licencier des gens, les rabaisser, et à s’entourer de muses qui ne font que figure de potiche pour lui.

Le chapiteau qu’il monte pour Dumbo est au comble de cette démesure : il fait appel aux meilleurs artistes, et n’hésite pas à  les mettre en danger (en enlevant le filet de sécurité de Colette, par exemple). Tout cela pour en mettre pleins la vue, et faire salle comble. D’ailleurs, Burton finit par incendier cet univers de couleurs extravagantes et de paillettes, faisant comprendre à ses personnages qu’une juste cause vaut mieux que pas de cause du tout.

En presque deux heures, Dumbo convie son spectateur a une fantaisie visuelle touchante, bercée par la musique de l’incroyable et inoxydable Danny Elfman. Arcade Fire a également repris le Baby Mine, berceuse de Dumbo, pour l’occasion. Un film extraordinaire plein de poésie (notre note : 8,5/10).


774.Star Wars-épisode IX : le titre et la bande-annonce dévoilés !

The Rise of Skywalker, c’est-à-dire « l’Ascension de Skywalwer », sera le titre officiel du prochain épisode de la saga Star Wars. Attendu pour le 18 décembre prochain, ce film mettra définitivement fin au cycle des 9 épisodes, la quatrième trilogie se concentrant sur une tout autre histoire que celle de la dynastie Skywalker.

Dévoilé ce 13 avril 2019, la bande-annonce de cet ultime opus contient quelques surprises de tailles. Si Rey semble s’imposer en digne héritière des Jedi (elle a notamment reconstruit le sabre laser de Luke, comme le montre la vidéo), Kylo Renn continue de se battre contre celle-ci. À priori, le Capitaine Phasma est morte dans l’épisode VIII. La première surprise dévoilée est le retour de Lando Calrissian, sous les traits de Billy Dee Williams, 36 ans après Le retour du Jedi. Toujours vêtu avec beaucoup de classe, il semble que l’homme pilotera à nouveau le Faucon Millenium, originellement à lui. Deuxième surprise, celle de revoir Carrie Fisher, alias la princesse Leia. Sa présence dans le film se fera grâce à des scènes inédites de Le Réveil de la Force et de Les derniers Jedi.l’actrice étant décédée en décembre 2016. Troisième surprise, plutôt attendue : c’est Mark Hamill, alias Luke Skywalker, qui narre la bande-annonce, et termine par une phrase assez inattendue « Personne ne disparaît vraiment« . On peut donc imaginer que le célèbre Jedi viendra à nouveau faire parler de lui, en spectre ou…en chair et en os ! La quatrième surprise est celle de ce plan ou Rey et ses amis font face aux vestiges d’un vaisseau qui semble être celui de…l’Étoile de la Mort ! Planète capable de détruire d’autres planètes, elle devrait avoir un rôle à jouer dans la suite du récit. 

Il reste cependant une cinquième et dernière surprise, et de taille…celle d’un rire diabolique à la fin de la bande-annonce, signe du retour d’un personnage que l’on croyait depuis longtemps disparus. L’Empereur, alias Dark Sidious, toujours incarné par Ian McDiarmid, sera bel et bien dans le film.

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773.Us.

Pour son deuxième film en tant que réalisateur, Jordan Peele concocte une nouvelle incursion dans le cinéma d’horreur, après l’étourdissant succès de Get Out. Dans Us, il raconte l’histoire d’une famille en proie avec leurs doubles maléfiques. Gabe (Winston Duke) et Adelaïde Wilson (Lupita Nyong’o) décident de partir à la mer, à Santa Cruz, avec leur deux enfants, Zora et Jason, dans une maison de vacances. Le soir de leur arrivée, ils constatent avec effroi que 4 personnes sont dans l’allée devant chez eux et semblent armés. Gabe leur demande d’abord de partir, les menaçant ensuite, mais ceux-ci ne quittent pas les lieux. Prenant peur, Gabe décide de prévenir la police, mais il  est déjà trop tard, car les intrus se sont introduit chez lui. Paniquée, la famille se réfugient au salon et constate que ces personnes sont des Doppelgänger, des sosies d’eux-mêmes. La famille comprend rapidement qu’ils ne sont pas là pour rigoler. Bienvenue dans un nouvel épisode de La Quatrième dimension.

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Double.

Le thème du double maléfique est un leitmotiv qui a déjà été traité au cinéma, en témoigne notamment Black Swann ou Docteur Jekyll et Mister Hyde. À chaque fois, il révèle ce qu’il y a de plus sombre chez une personne, une sorte de face cachée insoupçonnée où elle est capable du pire. On pense aussi à cet épisode des Simpsons, où Bart rencontre son frère caché, Hugo. Dans Us, qui signifie « nous » en français, cependant, il prend une tournure différente, puisque les doubles tentent d’éliminer ceux qui leur ressemblent comme deux-goutte d’eau, fatigué d’être toujours dans l’ombre. Copie conforme physique des Wilson, les 4 êtres, baptisés les Reliés, se révèlent assez différents sur le plan du caractère, déformation de l’original. Celui d’Adélaïde, le seul capable de parler, semble ressentir une sorte de rancœur qu’il ne se cache pas de déclamer, de sa voix écorchée. Gabe est devenu une sorte de machine à tuer, Zora une psychopathe rapide utilisant des ciseaux comme armes, et Jason un enfant défiguré qui se prend pour un chien (et baptisé Plutot).

L’histoire du film est en partie liée à un traumatisme d’Adélaïde, qui enfant, a croisé son double dans le palais des glaces. Telle une Alice aux pays des merveilles, la petite fille s’est perdue dans le terrier du lapin. De très mauvaise augure, ce présage aura un impact considérable sur la suite de sa vie, ayant, à juste titre, peur d’être rattrapée par cette double. D’être rattrapée par un passé qu’elle préférerait oubliée. Le double d’ Adelaïde emprunte au mythe du KA égyptien, qui n’existe pas vraiment mais partage et ressent ce que son homologue bien vivant vit. Sauf qu’ici, cet alter-égo se matérialise réellement. Il va, tout au long du récit, tenter de faire subir les pires atrocités à la « vraie » Adélaïde. Cela peut s’analyser comme une métaphore du dénis dans lequel on vit lorsque l’on tente d’oublier ses propres actes. D’ailleurs, ce palais des glaces et ses nombreux miroirs n’est jamais qu’une confrontation avec son propre double. Tout au long du film, les héros vont constamment fuir leur double, comme si ils n’étaient pas de taille à lutter contre lui, avant de se décider à l’affronter.

La scène finale, où Red, le double Adelaïde, qui n’a jamais pu danser, refait la chorégraphie de Casse-noisette, pressée d’en finir avec son homologue réel en la transperçant à l’aide d’une père de ciseau pointue. D’ailleurs, que sont les 2 boucles de cet objet, sinon l’expression d’une dualité qui se rencontre en un point unique ? Ce double qui nous suit depuis toujours semble n’être qu’un prolongement de nous-même, une ombre que l’on déforme avec la lumière.

Peele entend cependant donné une origine à ces monstres, à travers le fait qu’ils sont une création du gouvernement américain. Une expérience de clonage qui a mal tourné, et dont le but était de mieux contrôler les citoyens. C’est assez logique, si on pense qu’un double n’est jamais qu’une face de notre personnalité. Ils vivent en enfer, dans un lieu on l’on ne peut faire que descendre. Nos mouvements, ils les reproduisent, mais ne les comprennent pas…ils sont en fait contrôlé, par nous-même !

Autres Thèmes abordés.

Us est plus qu’un simple film d’horreur. À la manière de Get Out, il entend dénoncer un message fort. Il évoque en fait la peur de l’étranger, de cet autre qui n’est pas le bienvenu à cause de sa différence. Critique de la société américaine (après tout, Us ne serait-il pas non plus l’acronyme de U.S.A. ?), il fait l’apologie de la lutte des classes.

Le long-métrage s’interroge sur le fait qu’on laisse la plupart de nos problèmes derrière nous, en faisant semblant de ne pas s’y intéressé, mais qui finissent, tôt ou tard, par nous revenir en pleine face. Mais aussi sur la façon dont on passe notre temps à considérer que nos maux sont causés par les autres, qu’ils proviennent de l’extérieur. Alors que nous en avons une grande part de responsabilité. Dans le palais des glaces, il est amusant qu’Adélaïde, alors enfant, ne se rend pas compte tout de suite, en se regardant dans les miroirs, que l’un des reflets n’est pas ce qu’il semble être, mais existe bel et bien.

Dans le film, à de nombreuses reprise le verset 11 :11 de la Bible est cité, ou écrit. Il s’agit d’un passage du Livre de Jeremie, dans l’Ancien Testament, qui dit que « C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : Voici que je fais venir sur eux un malheur auquel ils ne pourront échapper. Ils crieront vers moi, et je ne les écouterai pas. ». Il semble que cet annonce soit celle d’une punition, destinée à ceux qui ont fait une faute. Les Reliés, de manière quasi-prophétique, se mettent à assassiner tout les « vivants », n’ayant aucun scrupules et ne pouvant pas être arrêté. Le film lorgne alors vers le slasher movie. Serais-ce la main vengeresse du tout-puissant ? Plutôt un juste retour des choses, entre les Reliés, peuple d’en bas illustrant les pauvres vivant dans les égouts (ou dans les rames de métro abandonnées), contre les riches du monde d’en haut, qui ne se sont jamais penché pour constater la misère de la condition humaine. Les Reliés sont tous vêtus de la même tenue, une tunique rouge et des sandales, et ne possèdent aucun biens matériels. À noter que, de manière assez anecdotique, le chiffre 11 évoque à nouveau la figure du double avec ces deux chiffres un qui se suivent.

Les lapins sont également très présent tout au long du film, que ce soit à travers une peluche dans la chambre à coucher, ou écrit en vietnamien sur le t-shirt de Zora. La scène d’ouverture, dévoilant de nombreuses cages avec des lapins dedans est une métaphore du fait que nous sommes prisonniers de nous-même. 4 lapins sont bien entendu de couleur noires, pour la famille Wilson. En cours du film, les cages sont ouvertes et les lapins gambadent, signe que les reliés se sont libérés…

Les doubles forment peu-à-peu une chaîne humaine gigantesque, où chacun tient la main de l’autre, en affirmant qu’ils ont tous leur place aux USA, dans un système où le président Trump a construit un mur pour empêcher les mexicains de rentrer sur le territoire… il s’agit en fait d’une allégorie à la Hand Across America, événement caritatif qui souhaitait relier tous les habitants entre eux. Les contributions étaient cependant très souvent symboliques et tous les Américains ne l’ont pas fait. L’Amérique n’a pas changé, elle a empirée et personne n’est unis…la famille Tyler, amis blancs des Wilson, est sensé représenter, de façon caricaturale, l’américain moyen. Ils sont quelque peu racistes, se sentant supérieurs aux afro-américains, superficiels et avec peu de jugeotes. Et pourtant, en bonne société de consommation, les Wilson essayent de leur ressembler. Nous sommes soumis aux diktat de notre sociétés, obligés de suivre ces codes, sous peine d’être exclus.

Visuel décadent et humour

Jordan Peele a tenu a apporté un grand soin à l’image du film, que ce soit sur les gros plans sur les visages complètement tétanisés -bouches ouvertes en prime- de ces acteurs ou à travers les zoom arrières entrepris afin de montrer des scènes d’ensemble. L’histoire a lieu en été, et faire un film d’horreur en grande partie dans le jour sous un soleil de plomb n’est pas aussi évidant qu’il n’y parait, les décors de nuit permettant de créer le mystère et d’amener du suspens, car on ne sait jamais ce qui peut surgir de l’ombre. Pourtant, Peele parvient à créer une atmosphère dérangeante et malsaine. Fin cinéphile, il a truffé son oeuvre de quelques clins-d’œil à quelques longs-métrages tel que ShiningLes Griffes de la nuitLes dents de la mer, Maman j’ai râté l’avionLes Oiseaux ou encore Alien-le 8e passager. Il y a aussi quelques easter eggs, notamment un t-shirt à l’effigie du Thriller de Michael Jackson, et un lien évident avec Image dans un miroir, épisode culte de la Quatrième dimension.

L’humour est omniprésent (un peu trop peut-être), Peele détonant quelque peu avec le propos sérieux de son récit. Que se soit l’assistant virtuel qui n’aide pas l’être humain trop matérialiste, ou le père de famille froussard qui laisse sa femme combattre les méchants, les moments ne manquent pas.

Us n’est pas aussi effrayant que Get Out. Il surprend (surtout par son twist final) et offre quelques sursauts, mais il ne fait pas réellement peur. Le thème phare du film, c’est bien entendu la chanson I got 5 on it, de Luniz, qui aura droit à sa version horrifique. Grand succès, il a déjà rapporté près de 10 fois sa mise de départ ! (notre note : 7,8/10).


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