A crazy world



770.Green Book : sur les routes du sud.

Voir Peter Farrelly réaliser un film sans son frère Bobby, cela était déjà surprenant. Mais le voir s’éloigner des comédies potaches qui ont fait sa renommée (Mary à tout prixDeux en un, ou Dumb et Dumber) afin de s’essayer dans un genre radicalement différent, voilà qui l’était tout autant. Ainsi, Green Book raconte l’histoire d’un voyage vers le sud des États-Unis, à bord d’une Cadillac DeVille étincelante.

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Mais pas n’importe lequel : celui d’un virtuose de la musique, jouant du piano comme on se brosse les dents, le Docteur Donald Shirley (Mahershala Ali, oscarisé à nouveau). Afro-américain dans une époque où les lois ségrégationnistes Jim Crow étaient en vigueur dans le Sud des États-Unis, l’homme a décidé de faire une tournée là-bas, dans un endroit où, même si on veut bien l’écouter, il n’est pas le bienvenu. Afin que le voyage se passe sans encombre, il a décidé de faire appel à Tony Vallelonga (Viggo Mortensen, 20 kilos en plus sur la balance suite à un régime  très riche), dit Tony Lip, ancien videur d’une boîte de nuit. Ce dernier devra conduire Shirley à tout ses concerts à temps, sous peine de ne pas être payé. Pendant 2 mois, de novembre au nouvel an, ils seront sur les routes. Ainsi commence une formidable aventure dans l’Amérique de 1962.

America, nous voilà !

Farrelly, en racontant l’histoire du Docteur Shirley (qui a fait une thèse en musicologie) et de Tony Lip fait un film très fort de réflexion : le racisme auquel il confronte ses personnages est distillé par touche successives. L’humour est là pour faire passer la pilule, et est mis au service du récit.Le docteur Shirley va jouer de la musique classique chez des riches blancs qui le paie une fortune, mais qui ne sont pas prêt à partager leur toilettes avec lui, le voir dîner avec eux ou encore le voir loger dans leur hôtel. D’ailleurs, le Green book n’est rien d’autres qu’un petit manuel indiquant les points de repos où les personnes de couleurs peuvent séjourner dans le Sud. Entre humiliations, moqueries, et homophobie, le Docteur Shirley va se retrouver malmener de toutes parts. Même la police finira par l’emprisonner alors qu’il n’a rien à se reprocher. Pour changer le cœur des gens il faut parfois se battre.

Dans le film, tout semble opposer le Docteur Shirley et Tony : le premier est un homme délicat et raffiné, précieux et quelque peu prétentieux. Il fait attention à son allure, à avoir une locution parfaite et à ce qu’il mange. Vivant dans un palace où il s’assoit sur un trône, l’homme se sent seul et soulage son désespoir dans la boisson. Même son frère, la seule famille qu’il a encore, ne lui adresse plus la parole. Alors que les afro-américains de l’époque chantait et jouait de la « musique de noirs », le docteur Shirley, avait décidé quand à lui d’interpréter de la « musique de blancs ». Tout ce qui était associé à la culture afro-américain n’avait pas de considération pour lui, car ce qu’il souhaitait, c’était de faire comme les américains blancs, et ne plus être rejeté. Mais ce faisant, le docteur Shirley n’avait ni sa place chez ces derniers, ni chez les afro-américains.

À l’inverse, Tony est un Italien fier de l’être, qui vit avec sa femme, ses deux garçons et leur grande famille. Grossier, mangeant comme pour quatre et sans aucune manière, il ne roule pas sur l’or et a du mal à joindre les deux bouts. Il gagne honnêtement sa vie et n’a jamais céder à la tentation. À plusieurs reprises, il sauvera la vie du docteur Shirley. Ne comprenant d’abord par la démarche de ce dernier, il tente de lui faire comprendre qu’il ne doit pas renier sa culture, et lui fait découvrir des chanteurs afro-américains (tels que Aretha Franklin !). Lorsque Tony s’arrête dans un petit restaurant au Kentucky, il achète du poulet frit, et tente d’en faire manger à Shirley. Mais ce dernier refuse avant d’accepter devant les insistances de son chauffeur. Le musicien finira même par trouver cela bon. Tony dira même, devant les refus de Shirley à apprécier la culture afro-américaine, qu’il est « plus noir que lui ».

Lors de leur rencontre, Shirley a du mal avec les manières de Tony et sa grossièreté. Mais peu-à-peu, il prend conscience que ça n’est pas un mauvais bougre, et qu’il a besoin de lui pour sa tournée. Une amitié naîtra entre les deux hommes, qui auront de longues conversations sur la route. Le docteur Shirley tentera de rectifier les erreurs de langage de Tony et l’aidera à écrire les lettres destinée à sa femme. À l’inverse, Tony aidera Shirley à faire la paix avec lui-même et sa culture. La scène où il va jouer dans un pub afro-américain est très belle.

Le temps de la différence

L’Amérique de 1962 est encore ségrégationniste, et le sera jusque 1964 (abolies par le Civil Rights Acts). Les mentalités étaient très conservatrices, et peu enclin à accepter les différences. Les lois Jim Crow établissaient une égalité de droit entre tous les citoyens, mais pourtant distinguait l’appartenance raciale et imposait une ségrégation légale dans tous les lieux publics. Le « Negro Motorist Green Book », publié chaque année, permettait aux voyageurs noirs d’éviter d’être malmenés et d’aller dans les endroits où on les acceptaient. Il a été créé par un facteur afro-américain, Victor H.Green, qui était soucieux du bien-être de ses pairs. Certains étaient battus, torturés, ou encore tués. Et cela n’était pas tolérable. Voir le docteur Shirley, être le patron d’un homme blanc qui devait lui obéir et avec qui un terrain d’entente était possible, était un geste d’ouverture puissant et une belle émotion des mentalités.

Road-movie bourré de moments très drôles (Mortensen est très fort dans le rôle) comme la scène de la pierre « volé » par Tony, inversion de Miss Daisy et son chauffeur, film carte-postale à la bande-son très jazzy, Green Book est une critique acerbe et pourtant pleine d’espoir d’une Amérique discriminatoire. Qu’importe la véracité des faits, où les multiples contestations faites par la famille de Shirley sur l’histoire, le film est magistral et touche droit au coeur.

L’oscar -bien mérité- du meilleur film 2019 ! (notre note : 9/10).


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