A crazy world



775.Dumbo version Tim Burton.

Remettre au goût du jour un classique de l’animation dans un film en prise de vues réelles n’est pas chose évidente, et le risque de faire une copie conforme de l’original n’est jamais loin. Pourtant, 9 ans après avoir redonné vie à Alice au pays des merveilles, le cinéaste américain Tim Burton délivre cette fois-ci sa version live de Dumbo. Bébé éléphanteau, Dumbo naît dans un cirque itinérant, et est rapidement séparé de sa mère. Élevé par Holt Farrier (Colin Farrell), ancien artiste d’un numéro de cavalerie, et ses deux enfants, l’animal fait l’objet de nombreuses moqueries en raison de ses grandes oreilles. Cependant, lorsque le propriétaire du cirque, Monsieur Medici (Danny DeVito) découvre qu’il est capable de voler grâce à celles-ci, Dumbo devient la star de bien des numéros. Cela fini par parvenir aux oreilles de V.A. Vandermere, le propriétaire de Dreamland, la fabrique de rêve, qui voit en lui le moyen de gagner plus d’argent…

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Dumbo, personnage burtonien

Créé par l’écrivaine Helen Aberson en 1939, Dumbo est un bébé éléphanteau qui est né avec de très grandes oreilles. Celles-ci sont d’ailleurs très inconfortables et lui valent de nombreuses moqueries. On comprend d’emblée ce qui a plus à Burton, dans ce petit personnage aux yeux bleu étincelants : il est différent et marginalisé à cause de cela. On pense à des personnages du cinéaste comme Ed WoodEdward ou encore  De plus, il va se retrouver séparé de sa figure parentale (comme Batman, le PingouinIchabod Crane ou Alice), ce qui va à la fois le troubler sur le plan émotionnel, et aussi le pousser à voler pour la retrouver.

Ensuite, cette différence, il va l’exploiter et devenir la coqueluche du monde, qui souhaite voir le « monstre de foire » qu’il est. Un peu à la manière du Edward de Edward aux mains d’argents, on va accourir afin de constater ses facultés extraordinaires. Et pourtant, on continuera de marquer cette différence, ne serait-ce que par son nom. Sa mère est madame Jumbo, et lui est Dumbo…parce qu’il a l’air « idiot » avec ces grandes oboles, et qu’en anglais cela se dit « Dumb ». Bien entendu, Dumbo est un bébé, et a tout à apprendre du monde et de la vie qui l’entoure. Il va devoir se forger une carapace afin d’accepter d’être prisonnier, d’abord d’un cirque, et ensuite d’un immense parc d’attraction.

Dumbo sera entouré de beaucoup d’amour, de la part de sa mère, tout d’abord, qui n’aura de cesse que de le protéger, ne serait-ce que de moqueries. Mais également des deux enfants de Holt. Ayant perdu leur mère suite à une longue maladie, ils seront plus à même de comprendre la détresse du petit éléphanteau. Ils lui donneront la force de voler, grâce à une plume, objet « magique ».

L’histoire de Dumbo est touchante : comme le chanteur Vianney l’a bien compris,  il s’agit d’une métaphore. L’éléphanteau vole au-dessus de tout, survolant ses problèmes et le monde, dans une sorte de ballet aérien où il se montre quelque peu gauche. Pourtant, à la fin, il se décide à redescendre et à sauver sa maman (avec l’aide de ses amis), et devient prêt à faire face au monde. La dernière scène le montre d’ailleurs devant sa mère (et non cachée derrière elle), prêt à rejoindre d’autres éléphants, dans sa terre natale, en Asie.

Mention spéciale aux effets visuels : en effet, aucun animal n’est réel (sauf le petit singe). Dumbo lui-même est entièrement réalisé en images de synthèses. Il a conservé ce caractère attachant qu’il avait dans l’animé original, tout en adoptant des caractères plus réalistes propres à un éléphanteau. Afin d’aider les acteurs, qui devaient jouer devant un personnage qui n’existaient pas, une maquette se rapprochant de Dumbo a été réalisée.

Burton a également repris des éléments du dessin-animé original, comme la destruction du chapiteau par la mère de Dumbo, la souris Timothée qui fait un petit caméo, ou la scène du bain. Celle des bulles d’éléphants roses, est une revisite du moment ou Dumbo a des hallucinations dans le film de 1941.

Le cirque

Burton, par rapport au dessin-animé original de 1941, a prit quelques libertés, ajoutant de nombreux personnages humains à son récit, et racontant l’histoire de l’éléphanteau de leur point de vue. La première partie du film se déroule dans le cirque Medici Brothers. Nous sommes après la première guerre mondiale, et la faillite n’est pas loin. Max Medici, le directeur, est un petit homme qui voit l’arrivée de Dumbo comme du pain béni. Son cirque est la chose la plus importante pour lui, et il le dirige avec beaucoup de passion. Après Big Fish, où en 2003 DeVito incarnait un directeur de cirque véreux mais au cœur tendre, l’acteur retrouve Burton et réincarne le même genre de rôle, apportant à nouveau une touche d’humour bienvenue.

Le cirque est un lieu où de nombreuses personnes marginalisées peuvent briller :  la femme sirène, le charmeur de serpent, l’homme fort, … il y a un parfum de magie dans un cirque, lieu où tous se joue sur une petite scène sur laquelle le public est parfois invité à monter. Tous les artistes ont un véritable esprit d’équipe et s’entraide pour les numéros. Sur la route constamment, ils forment une sorte de famille, de laquelle on ne peut pas partir. Holt lui-même semble rêver d’une autre vie, y compris pour ses enfants, mais se montre résigné. Manchot suite à la première guerre mondiale, l’homme est cantonné au dressage des éléphants. Le temps où il faisait un numéro de rodéo prodigieux n’est plus…

Pastiche de Disneyland

L’arrivée de Vandemere (excellent Michael Keaton, qui retrouve Burton, 28 ans après Batman-le défi ) est remarquée, avec sa muse, la trapéziste française Colette Marchand (Eva Green, muse burtonienne). Medici est conquis et fini par signer un contrat par lequel il lui remet Dumbo, mais où tout son cirque est engagé. Lui-même est nommé vice-président de la société de Vandemere, bien qu’il n’ait en réalité aucun pouvoir, et avec sa troupe ils emménage dans Dreamland.

Usine à rêves, avec son cortège d’artistes, ses symphonies assourdissantes, son château féerique et ses multiples attractions, Dreamland a le mérite de faire croire que tout est possible. Vandemere annonce lui même la couleur, en affirmant que rien n’est impossible. Allégorie de l’industrie Disney, sorte de Las Vegas, la société de ce bureaucrate montre ce qu’elle a de mieux (richesse, couleur et opulence), mais aussi ce qu’elle comprend de pire. Car tout n’est qu’un mirage…nous sommes dans la surenchère totale, et les émotions réelles n’ont pas leur place. Vandemere, sorte de critique de Walt Disney, est un homme effroyable, qui ne cherche qu’à s’enrichir, n’hésitant pas une seule seconde à licencier des gens, les rabaisser, et à s’entourer de muses qui ne font que figure de potiche pour lui.

Le chapiteau qu’il monte pour Dumbo est au comble de cette démesure : il fait appel aux meilleurs artistes, et n’hésite pas à  les mettre en danger (en enlevant le filet de sécurité de Colette, par exemple). Tout cela pour en mettre pleins la vue, et faire salle comble. D’ailleurs, Burton finit par incendier cet univers de couleurs extravagantes et de paillettes, faisant comprendre à ses personnages qu’une juste cause vaut mieux que pas de cause du tout.

En presque deux heures, Dumbo convie son spectateur a une fantaisie visuelle touchante, bercée par la musique de l’incroyable et inoxydable Danny Elfman. Arcade Fire a également repris le Baby Mine, berceuse de Dumbo, pour l’occasion. Un film extraordinaire plein de poésie (notre note : 8,5/10).


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