A crazy world



809.FILM CULTE : La nuit du chasseur.

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Après avoir volé une voiture, Harry Powell (Robert Mitchum), faux prêtre, est arrêté par la police. Celle-ci le condamne à 30 jours de prison, sans savoir qu’il est très dangereux de le laisser sortir. En effet, l’homme est un meurtrier, qui épouse des veuves et les tue ensuite, s’emparant de leur argent. Dans sa cellule, le révérend se retrouve avec Ben Harper, un père de famille désespéré qui a braqué une banque et tué deux hommes, afin de parvenir à nourrir sa famille. Celui-ci lui avoue par inadvertance avoir caché son butin afin que la police ne le retrouve pas. Une fois sorti, Powell tente de séduire la veuve de Ben, Willa (Shelley Winter), mais découvre rapidement que celle-ci ne sait pas ce que son mari a fait de l’argent. En revanche, ses enfants, John et Pearl, savent où est caché le magot, mais garde le secret que leur père leur a fait promettre de ne pas révéler. Mais qu’importe, Powell va tout mettre en oeuvre pour les faire parler…

Inspiré d’un fait divers

Sorti en 1955, La nuit du chasseur fut malmené par la critique, qui le trouvait malsain et irrévérencieux. Critiquant la société et la crise des années 30 (les enfants sont présentés comme pauvres et l’Oncle Sam semble ne pas s’en soucier), le long-métrage a été mal reçu. Réalisé par l’acteur Charles Laughton, dont ce sera l’unique film, La nuit du chasseur adapte le livre éponyme de Davis Grubb, qui s’inspire de l’histoire de Herman Drenth (1892-1932), tueur dont les meurtres en séries ont décriés la chronique, et qui fut condamné à mort par pendaison.

Good against Evil

Dans le long-métrage, Robert Mitchum incarne un personnage diabolique, allégorie du mal. Prêcheur convaincu, Powell converti les enseignements de l’Église en instrument du malin. Armé de son couteau à cran d’arrêt, il séduit de pauvres femmes qui tombent sous son charmes et ses bonnes manières, qu’il tue ensuite, pour honorer le divin. Voyageant de villes en villes à la recherche de nouvelles proies, il est arrêté accidentellement et placé dans la même cellule que Ben. Mis au courant de l’existence de l’argent volé, Powell deviendra avide et tentera par tout les moyens de le retrouver. Tuant la veuve de Ben, il poursuivra ses enfants pendants des jours entiers, ceux-ci ne devant leur salut qu’à leur solide détermination à échapper à ce croque-mitaine en soutane.

La progéniture de Ben trouvera refuge chez Rachel Cooper (Lillian Gish), une vieille dame brouillée avec son fils, mais qui recueille de nombreux enfants perdus. Plus maligne, celle-ci se méfiera de Powell et lui donnera du fil à retordre, afin de protéger les enfants. Elle ne se laissera pas séduire comme les autres femmes, et n’hésitera pas à lui tenir tête et l’affronter.

Le thème phare du film est la lutte du bien et du mal. Ce dualisme transparaît totalement dans le duel que se livre Powell et Rachel. La croyante catholique, qui fait le bien autour d’elle se retrouve à devoir faire face au mal absolu, un être sans morale ni principe.  Et pourtant ses deux êtres avaient en commun le même jugement sur les femmes de la société, les détestant tout les deux. La seule différence résidant dans le fait que Powell les tue, et que Rachel les traite avec compassion, tentant de leur faire comprendre la réalité de la vie et les amours déçus. Le récit manichéen atteint son paroxysme lorsque Rachel tire sur Powell et que celui-ci est finalement arrêté par la police. Le long-métrage fait alors écho avec la réalité historique, où ce Barbe Bleue, dans sa tour d’ivoire, voit la population déchaînée l’encercler et réclamant d’exercer sa propre justice à son égard.

Jouant avec les oppositions, La nuit du chasseur emprunte d’autres contraires pour mieux les confronter. Qu’il s’agisse du jour ou de la nuit, ou du monde des adultes et des enfants (qui ne sont jamais écouté, face à la sacro-sainte parole de leur ascendants), les opposés sont mis en duel de manière constante. L’image la plus évidente est celle des tatouages imprimés sur les mains de Powell : l’une contient le mot « Love » (ou amour) et l’autre « Hate » (ou haine). Les croisant l’une sur l’autre, le prêcheur raconte, telle une petite parabole, la victoire de l’amour de l’amour sur la haine, annonçant de manière quasi-prophétique sa propre chute…

Doubles imparfaits

Une autre dichotomie est également présente dans le film : celle du double. Certains personnages font échos à d’autres, telle une sorte de leitmotiv faisant écho au passé, mais cela sans jamais totalement répéter l’histoire originelle de manière identique : Powell épouse la même destinée tragique que Ben Harper. Mais ils ne sont pas parfaitement identiques : Powell fait croire qu’il est un homme bon, mais fait le mal. Ben, à l’inverse, fait des choses terribles, mais pour le bien de sa famille. De la même manière, Maria s’oppose à Willa : la mère originelle n’a pas su protéger ses enfants, ne jouant pas son rôle d’adulte, dévorée par ses pulsions, tandis que la mère de substitution est bien ancrée dans la réalité, et défend ce qu’elle a de plus cher, écoutant ce que lui dit le petit John, et le croyant. De plus, certaines scènes se font écho, tels un jeu de miroir : lorsque Powell est arrêté par la police, John revoit l’arrestation de son père, et agis différemment. Il révèle la cachette du butin volé de son père, ce qui aurait pu lui sauvé la vie, honteux d’avoir eu à porter un secret aussi lourd.

Empruntant tour-à-tour au film noir et au western, La nuit du chasseur lorgne également dans le conte de fée dès sa séquence d’ouverture, où Rachel raconte l’histoire, éjectant sa sentence moralisatrice : Il faut se méfier des oiseaux de mauvaises augures, les faux prophètes. Empruntant ensuite la trame de Barbe Bleue, le récit injecte de nombreuses péripéties pour les enfants, qui sont les héros et les victimes de bourreau tout de noir vêtu. Les paroles bibliques sont légions, allant de Moïse à Jésus, insistant sur l’importance des enfants dans la société, et leur protection, parfois au péril de sa propre vie.L’expressionnisme allemand est également bien présent, à travers l’éclairage du chef opérateur, Stanley Cortez, jouant avec les ombres et les fortes lumières, créant tantôt un climat de peur, tantôt des contrastes dichotomiques. Le rêve éveillé n’est jamais loin, tant certaines séquences semblent relever de l’onirisme (avec les animaux, la nature déchaînée,…). Aujourd’hui réhabilité, La nuit du chasseur est difficile à classer dans un genre cinématographique, mais critique habilement la société, la religion (qui rend parfois les hommes idiots), tout en offrant une lutte du bien contre le mal. Bien que le récit soit parfois mené de manière maladroite, l’ensemble fonctionne assez bien (notre note : 7,9/10).


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