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824.FILM CULTE : Donnie Darko.

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Alors que Donnie Darko est ressorti sur nos écrans le 24 juillet dernier, retour sur le premier film du cinéaste Richard Kelly, qui avait 26 ans à l’époque du tournage. Long-métrage maudit, il n’a pas connu le succès escompté (seulement 7,5 millions de dollars récoltés pour un budget de 4 millions), la faute à une absence de promotion due au fait qu’il sortait un mois après les tragiques événements du 11 septembre 2001.  Retiré trop rapidement de l’affiche, Donnie Darko semblait mort né. Cependant, ce qui lui permis de se faire remarquer fut le bouche-à-oreille dont il fit ensuite l’objet et le succès des ventes du film en DVD.

Il était une fois un lapin

Inclassable, Donnie Darko est à la fois un thriller psychologique, un film de science-fiction, un teen movie, une parabole sur l’adolescence ou encore une satire sociale. Il est très difficile à comprendre, car son auteur a souhaité à ce que chacun puisse se faire sa propre interprétation et que chaque vision le fasse découvrir sous un angle différent. Aussi l’analyse proposé ci-dessus n’est pas la seule possible.

L’histoire est celle du jeune Donnie Darko (Jake Gyllenhaal), un adolescent marginal et perturbé, qui va échapper à la mort lorsqu’un réacteur d’avion s’écrase sur sa chambre. Schyzophrène paranoïaque, il est totalement déconnecté de la réalité et a un ami imaginaire, baptisé Frank, qui à l’apparence d’un lapin géant au visage effroyable. Seul sa psychothérapeute est au courant de son existence. C’est lui qui va le réveiller et le sauver, lui faisant quitter sa chambre à temps. Désormais redevable envers ce dernier, Donnie va exécuter les ordres qu’il lui donnera, afin d’éviter la fin du monde, programmée dans 28 jours, 6 heures, 42 minutes et 12 secondes.

Voyages dans le temps

Tel un puzzle, Donnie Darko est un film singulier, qui aborde plusieurs thèmes différents tout au long de son intrigue : le premier est celui du voyage dans le temps, classique du récit de science-fiction.  Il se matérialise ici par le fait qu’un réacteur d’avion s’écrase dans la chambre de Donnie et ouvre un vortex (trou de verre) menant vers un monde identique, mais créant une distorsion entre les deux univers. Celle-ci se soldant, si Donnie ne fait rien, par la fin du monde. Donnie est ainsi choisi, par une puissance quasi divine pour réparer cela. Pour ce faire, il est guidé par Frank, qui tel un messager, lui demande de réaliser certaines choses pour que les conditions propices à créer un nouveau trou de verre se reproduise et que l’univers tel qu’il devrait être soit sauvé. Tel un psychopathe, Donnie va inonder son école, brûler la maison de Jim, un coach de vie pour aider les gens à trouver le bonheur, révélant la véritable nature pédophile de celui-ci au passage, …

Ce qu’il faut comprendre, c’est que deux univers existent : un où Donnie est un véritable psychopathe, brûle la maison de Jim, inonde son école, plante une hache dans une statue,…jusqu’au jour où il meurt à cause de la chute du réacteur ; et l’un où il fait tout cela car Frank le lui demande et qu’il se sent redevable envers celui-ci. Et ces deux univers coexistent : du 2 octobre au 31 octobre, à minuit.

Dans le film, Donnie découvre qu’il peut voir le temps de chacun, matérialisé par une sorte de fluide sortant de leur ventre (dont la texture évoque les gentils extra-terrestres, tentacules d’eau de Abyss) et lui indiquant la direction qu’ils prendront. Ce « canal de Dieu » lui servira à voir le chemin tout tracé de chacun et à « voyager dans le temps ». Frank est là pour le guider, lui annonçant le décompte avant l’apocalypse. Plus tard, on apprend qu’il existe aussi bel et bien dans la réalité, étant le petit ami de la grande sœur de Donnie (Maggie Gyllenhaal).

Donnie découvre ensuite l’existence d’un livre atypique « la philosophie du voyage dans le temps », qui a été écrit par une femme devenue complètement sénile. Baptisée Grand-mère-la-mort et âgée de 101 ans, elle ne fait que se rendre de sa maison à sa boîte aux lettres en quête d’un courrier qui n’arrivera probablement jamais. Donnie va tenter de l’approcher, croyant qu’il peut influer la destinée et contrôler le temps.

Découpés par de nombreux titres séquentiels, annonçant le temps restant avant la fin du monde, tel un compte à rebours, le film amène son héros au temps zéro, là où tout à commencé, par une tornade qui cause la chute d’un avion et celle de son réacteur dans la chambre de Donnie. Sauf que cette fois-ci, le jeune homme  fait le choix de rester dans son lit, rétablissant l’équilibre entre les mondes et annulant la réalité alternative.

Amour, sens du sacrifice et adolescence rebelle

La seconde thématique abordée est celle de l’amour. En effet, Donnie va entretenir une liaison avec la jeune Gretchen Ross (Jena Malone), qui fréquente le même lycée que lui. Ce sera une passion intense, entre deux écorché (la mère de Gretchen fuit un mari qui a tenté de la tuer à coup de couteaux) qui sont d’un tempéraments assez calme en apparence. Malheureusement, telle une tragédie, cette histoire se soldera par la mort de la jeune fille, de façon accidentelle. Pourtant, par amour, afin de réécrire l’histoire et de la sauver, Donnie acceptera de mourir en restant dans son lit. À moins que cette passion n’ait jamais existé et qu’il l’a imaginée, la laissant à tout jamais inaccessible. La seule cause qui vaille la peine dans un monde dans lequel on se sent à l’écart est l’amour.

Ce sens du sacrifice permet à Donnie de sauver quatre personnes : sa bien aimée Gretchen, mais aussi sa mère, sa petite soeur et Frank lui-même. Il sait que cet acte a un sens pour lui et cela le comble de joie. Pour la première fois, à la fin du film, cet ado apathique rit au éclats. Il donne un sens à son existence, et conscient de ce qu’il aurait pu vivre renonce, pour que ces personnes puissent vivre. Le parallèle avec Jésus, dont la mort était nécessaire pour libérer le monde de ses pêchés n’est pas loin. D’ailleurs, après sa mort, tout les personnages semblent transfigurés, purifiés : Jim cesse d’être un pédophile, la petite chinoise amoureuse de Donnie décide d’être heureuse, …

La troisième thématique abordée est celle de l’adolescence. Donnie en constitue l’allégorie parfaite : il est d’humeur changeante, tantôt grossier envers ses parents et rebelle contre l’autorité, tantôt charmant et attentionné avec sa petite amie. Il quitte l’enfance mais n’est pas encore tout à fait l’adulte qu’il se destine à venir. De cet état transitoire, il multiplie les comportements borderline et se construit. Il se sent étranger dans ce monde qui est le sien mais qu’il ne comprend pas. La chanson Mad World, réinterprétée par Gary Jules, est à ce titre assez évocatrice, et emplie de spleen. 

Satire sociale

Avec ce film, Kelly délivre également une belle critique de la société américaine, attachée à ses traditions et valeurs et manquant parfois d’ouverture d’esprit, et qui tolère les armes à feux et la violence. La petite ville de Middlesex semble jolie avec ses maison de banlieue où chacun connait tout le monde, et où le moindre secret finit toujours par se savoir. Le personnage qu’incarne Drew Barrymore (qui accepta de produire le film, par le biais de sa maison de production), la professeure d’anglais, est une figure émancipatrice, en quête de liberté et d’opinion. D’ailleurs, Donnie, garçon intelligent et réfléchi, est son meilleur élève, même si celle-ci a de la considération pour chacun, ne recherchant pas à tout prix l’élitisme. Jim Cunnigham ( le regretté Patrick Swaize, qui participa au tournage grâce à Barrymore) incarne une vision simpliste des valeurs, les séparant entre deux extrêmes : la peur et l’amour. Pour Donnie, cette façon de concevoir la réalité est impensable : il existe de multiples nuances ainsi que de facteurs à prendre en compte.

Tourné en à peine 28 jours, ce qui correspond de façon étonnante au compte à rebours lancé par Frank avant la fin du monde, Donnie Darko évoque aussi le fait de pouvoir être maître de ses choix dans un monde où toute attitude nous semble dictée. Cette forme d’existentialisme sera salutaire pour Donnie, qui ne sera réellement maître de son destin qu’à la toute fin du récit, lors de son sacrifice ultime. À moins qu’il n’ait tout imaginé pour donné un sens à son sacrifice. En effet, la dernière séquence montre le quartier en émoi suite à l’accident dont il a été victime, et tout ceux qui l’ont côtoyés ou non semblant triste de sa mort. Cette séquence onirique a de quoi déconcerté, car certains personnages semblent se connaître : Gretchen fait signe à la mère de Donnie, signe de réminiscence d’une vie qu’elle n’a jamais vécu dans cette réalité.

Tout ne sera pas cependant expliqué dans Donnie Darko. Par exemple, Frank est-il le fruit de l’imagination de Donnie ? Un dédoublement de personnalité ou encore une présence divine ? La réponse ne sera jamais donnée, pour que le spectateur se la fournisse lui-même. Des récurrences entre le vrai Frank et la vision de Donnie semblent cependant exister : La vision n’a qu’un oeil, l’autre ayant été crevé par Donnie ; or à la fin du film, Donnie tue Frank en l’abattant d’une balle qui lui explose la rétine. Frank porte un costume de lapin similaire à celui que la vision porte, et on peut voir qu’il réalise un prototype de masque de lapin à la toute fin du long métrage. En réalité, Donnie Darko interroge sur la réalité et les altérations que l’on rêve de lui faire subir. Il croit que l’idée de destin est inévitable, et qu’un deux ex machina est possible si cela doit arriver.

Utilisant la technique du steadicam, qui permet de faire des travellings tout en ayant une caméra stable, Kelly a fait un premier film complexe et abouti, digne des plus grands réalisateurs. Pourtant, rien ne l’annonçait, mais c’est un chef d’oeuvre (notre note : 10/10).


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