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839.Shining : zoom sur le film de Kubrick.

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Presque 40 ans après sa sortie en salle, focus sur Shining, le légendaire film du cinéaste Stanley Kubrick. Touche-à-tout, le réalisateur signait là son premier et unique film d’horreur. Il choisi d’adapter le manuscrit de Stephen KingShining, l’enfant lumière, car il souhaitait mettre en scène une histoire d’horreur qui s’éloignerait de la grande mode de l’époque : le satanisme (vu dans L’exorciste notamment).

Cependant, Kubrick va se réapproprier l’histoire originale, non encore sortie à l’époque : réécrivant le scénario de fond en comble jusque durant le tournage, l’homme verra cependant son film désavoué par Stephen King. En effet, celui-ci trouvera le film réussi mais le considérera comme étant une mauvaise adaptation de son oeuvre. L’idée de King était de montrer comment un homme brave et aimant peut devenir un monstre suite à l’alcool. Le film prit le parti de rendre le personnage principal dangereux et psychotique dès le début.

L’histoire est celle de Jack Torrance (Jack Nicholson), un écrivain raté -il n’a écrit qu’un roman et échoue à en faire un second- et alcoolique qui a été choisi pour être le gardien de l’hôtel de luxe Overlook durant tout l’hiver où ce dernier est fermé. Emmenant avec lui sa femme Wendy (Shelley Duvall) et son fils Danny, le couple ne va pas très bien. Le petit garçon détient un étrange pouvoir : le shining, un pouvoir de communiquer avec autrui sans ouvrir la bouche et de médium. La neige et le blizzard arrivant, les Torrance sont désormais prisonnier de l’Overlook, les routes étant rendues impraticables. Les forces surnaturelles étant très présente dans l’Overlook, Danny sent qu’un danger menace sa famille. En effet, peu-à-peu, Jack, d’abord fasciné par l’hôtel, va sombrer dans une étrange folie qui va faire resurgir ses pulsions meurtrières. En effet, ce dernier va exacerber ses peurs et angoisses les plus profondes et le contrôler. S’armant d’un hache, Jack va tenter de tuer sa femme et son fils. Loin de là, Dick Halloran (Scatman Crothers), cuisinier de l’Overlook, entend les cris de détresse de Danny. Il se décide à aller lui porter secours…

D’une durée de 2h24, le film ne rencontrera malheureusement pas le succès escompté au USA en 1980, et Kubrick le remontera -supprimant de nombreuses scènes-, arrivant à 1h53 pour sa sortie en Europe. La version américaine semble néanmoins fort différente, car plus accentuée sur l’alcoolisme de son personnage principal.

Si Jack Nicholson est incontestablement la star du film et fut traité avec le plus grand respect par Kubrick, Sheilley Duvall n’eut pas droit à tout ces honneurs. L’actrice, pour arriver à un résultat satisfaisant pour Kubrick (une femme excentrique et faible), dut recommencer les mêmes scènes entre 40 et 50 fois. Nicholson, lui, était habité par le rôle : qu’il s’agisse de ses mimiques, de sa voix ou de sa posture, il a tout du psychopathe. Kubrick le considérait comme le plus grand acteur qu’il avait jamais vu, et le fait de le choisir pour ce personnage était une évidence.

Comme à son habitude, Kubrick tourna le film à Londres, dans ses propres studios (non loin de son manoir), construisant tout les décors intérieurs. Ces derniers étaient cependant inspirés de véritables lieux, mais qu’il reproduisait à l’identique.

Complexité du film

Shining est un film complexe, et Kubrick l’a volontairement conçu comme ceci, afin de laisser une grande place d’interprétation au spectateur. Kubrick joue avec nous, brouillant les pistes : Jack voit à de nombreuses reprises des fantômes dans l’Overlook. Est-ce réel ou n’est-ce qu’un produit de son imagination ? La femme horrible de la chambre 237 existe-t-elle réellement ou n’est-elle qu’un fantasme pour Jack ?

Le fait que le Shining, ce don étrange, soit présent dans le film sème davantage la confusion, grâce au personnage de Danny, qui possède des dons de médium, et voit constamment des images du passé.

En 2012, un documentaire intitulé « Room 237 » tente de fournir des tentatives d’interprétations du long-métrage, certaines étant très farfelues.

L’hôtel

Élément clé de l’intrigue, l’hôtel Overlook (« qui voit tout » en français) est un lieu qui a vécu. Vestige du passé, il a sa propre histoire et son lot de tragédie. La symétrie est parfaite dans ce lieu d’une incroyable beauté et de luxure, les mêmes motifs se répétant à l’infini (des lustres aux mosaïques dans le parquet sur le sol). Il n’a rien d’effroyable, c’est un palace de luxe.

C’est un lieu étrange cependant, où semble se se manifester des forces surnaturelles et maléfiques. Il est ainsi le témoin d’apparitions inquiétantes (des fillettes assassinées, du sang se déversant dans le hall lors de l’ouverture de l’ascenseur) pour le petit Danny, très sensible à ce genre de phénomènes. Le passé resurgit dans le présent, sous la forme de flashs, pétrifiant le jeune garçon. Et tout se confond, le réel et le surnaturel ne semblant plus faire qu’un.

Dehors, un labyrinthe en buis se dresse près de l’hôtel. Kubrick va faire de l’hôtel un véritable labyrinthe, filmant de vaste travelling (le steadicam), et rendant la symétrie parfaite avec le jardin de haies. Les couloirs paraissent interminables et se perdre parait d’une facilité déconcertante.

La folie

Jack est alcoolique, et même si il a promis à sa femme d’arrêter après avoir blessé accidentellement Danny, une replonge n’est jamais à exclure. Dans l’Overlook, où il est sensé retrouver la paix, Jack va ressentir le poids de la solitude et ne trouvera jamais l’inspiration pour écrire son livre. Pire, il va se retrouver rattraper par son passé d’alcoolique et finir complètement saoul. À ce moment il bascule, et sous l’emprise de la boisson, veut tuer sa famille.

Jack va se sentir important dans ses visions de fantômes de l’hôtel. Il va se sentir exister. Sa famille va le gêner dans cet environnement, tant son fils étrange que sa pauvre femme. Investi d’une mission, il va tenter de garder le contrôle : personne n’a le droit de fuir cet endroit, qu’importe ce qu’il s’y passe.

La folie meurtrière de Jack l’entraîne dans une course-poursuite effroyable à travers l’Overlook, où la pauvre Wendy va être terrorisée par cet homme qu’elle ne reconnaît plus. Le rythme du film s’accélère alors dans ce qui sera la dernière partie du film. La scène où Jack tente d’entrer dans la salle de bain en défonçant la porte à coup de haches, et rejoue le loup du conte des 3 petits cochons est assez évocatrice et offre un climax  de terreur assez puissant.

Présent abondamment dans le long-métrage, les miroirs vont concrétiser la folie de Jack et ce qui se passe dans sa tête. Le mot REDRUM voit son véritable sens dévoilé lorsque Wendy regarde dans un miroir, constatant qu’il s’agit de MURDER (meurtre en français) écrit à l’envers.

Théorie farfelue mais plausible, Jack cherche à tout prit à créer une oeuvre littéraire, mais échoue. Le travail répétitif ne lui convient guère. Seul, il a des problèmes de couple et fait peur à son fils (depuis qu’il lui a disloqué accidentellement le bras). Dès lors, il tente de trouver du réconfort ailleurs.Dans l’Overlook, il cherche à tout pris à faire partie des lieux et doit prouver sa valeur…en tuant sa famille. C’est pour cela qu’on le voit sur les photos d’époque à la fin du film. Il est devenu un fantôme, et aussi une star reconnue (la signature de Jack est en effet apposée sur la photographie). La postérité a un prix, et les efforts a fournir peuvent être dantesques. 

Autre théorie possible, le fait que le labyrinthe présent dans le long-métrage ne soit en fait qu’une cartographie mentale immense de ce qui se passe dans la tête de Jack : complètement perdu, il se laisse aller et ne semble jamais trouver la sortie. C’est d’ailleurs comme cela qu’étrangement le personnage meurt, à la toute fin du film, où après avoir échoué à poursuivre son fils, il gèle dans le labyrinthe de buis. Et si Jack était déjà condamné depuis le début ?

La folie est aussi présente chez le petit Danny, qui a un ami imaginaire prénommé Tony. Celui-ci s’exprime régulièrement à travers le gamin et lui fait voir les visions d’événements passés ou d’événements futurs (il sait ainsi que son père a été choisi comme gardien avant qu’il ne le lui dise). Tony permet à Dany de ne pas se sentir seul, ce qui est souvent le cas pour les enfants uniques.

Wendy finit aussi par avoir des visions cauchemardesques, en tentant d’échapper à son mari. Simple hallucination résultant de la peur ? Est-elle aussi dotée du Shining mais ne le sais pas ? La réponse n’est jamais donnée, et laisse le champ d’interprétation libre. Peut-être s’agit-il également d’un moyen de montrer que le spectateur se perde aussi, possédé par l’attraction de l’hôtel…

De manière humoristique, Kubrick dira de son film qu’il s’agit d’une histoire de fantôme, et que d’une certaine manière, il est optimiste, car répondant à la sempiternelle question : « qu’y a-t-il après la mort ? » . Revoyez de toute urgence ce film d’horreur tout en lumière et en froideur (notre note : 10/10).

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