A crazy world



860.Les Banlieusards.

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Dans Les Banlieusards, le cinéaste américain Joe Dante offrait une critique acerbe des banlieues américaines en s’intéressant à la figure du voisin. Au fond, que savons-nous réellement de celui qui habite à côté de chez nous ? La curiosité de chacun, exacerbée jusqu’à outrance, peut être un moteur qui nous donnera envie de creuser la question davantage.

Paranoïa ?

A Mayfield Place, l’inquiétante bâtisse du n°669 a des allures de maison hanté. Depuis plusieurs semaines, celle-ci a d’ailleurs trouvé de nouveaux acquéreurs, mais qu’aucun des habitants du quartier n’a encore rencontré. Cependant, tous les voisins discutent entre eux, affirmant avoir vu des choses très étranges se produire : les habitants du n°669 ne sortiraient que la nuit, allant dans le jardin pour creuser des trous très profonds ; ils se livreraient à d’obscures expériences dans leur caves, toute illuminée le soir venu. D’ailleurs, leur voisin le plus proche, Ray (Tom Hanks) ne ferme plus l’œil de la nuit et est persuadé qu’il s’agit d’une famille de psychopathes. Alors qu’il est sensé prendre des vacances avec sa femme Carol (Carrie Fisher), l’homme va profiter de sa semaine de congé pour mener l’enquête sur la famille qui habite dans la maison d’à côté. D’autant plus qu’un autre voisin, le vieux Walter, a disparu mystérieusement… Avec l’aide de Art (Ray Ducommun), un voisin encore plus paranoïaque que lui et de Mark (Bruce Dern), un ancien vétéran de la guerre du Viet Nam, ils vont tenter de percer le mystère…

Sorti directement en cassette en France, Les Banlieusards a connu un succès modeste, et est rapidement tombé dans l’oubli. À l’origine du scénario, Dana Olsen s’est directement inspirée de son enfance pour écrire cette histoire : en effet, petite, elle était persuadée que son quartier recelait de marginaux et que son propre voisin était Jack l’Éventreur. De ce postulat de base, elle s’est mise en tête de concevoir une comédie.

La banlieue des dégénérés

Joe Dante a été immédiatement séduit par cette idée, et a accepté de mettre en image le récit. Réalisateur atypique et auréolé, il était cependant à ce stade-là de sa carrière sur la pente descendante à Hollywood, qui allait faire de lui un vieux recalé has-been rejeté par ses pairs. Son cinéma recèle pourtant de trouvailles visuelles loufoques, de passion cinéphile (ici notamment pour Hitchcock et son Fenêtre sur cour ou ses Oiseaux), et de thématiques également plus profondes. Ici, par exemple, il s’agit d’une satire sociale, qui montre à quel point l’être humain est curieux et tente le tout pour le tout de pénétrer dans le jardin secret d’autrui. La métaphore étant à prendre littéralement ici, puisque Ray, le personnage principal, pénètre par effraction avec ses amis, dans la maison de ses voisins, et se met à creuser dans le sous-sol afin de voir s’il n’y a pas de cadavres. Mais indirectement, le long-métrage se moque de la vie des banlieues américaines, aux maisons identiques en tout point, imposant une sorte de conformisme poussant chacun à rentrer dans le moule.

Les Banlieusards dépeint des personnages sympathiques mais qui ont l’air d’être de simples d’esprits. Et pour cause, leurs comportements sont dignes de ceux de petits enfants qui s’emportent par leur curiosité, et n’ont pas appris qu’il s’agit là d’un effroyable défaut. Par exemple, Art parie avec Ray qu’il n’est pas capable d’aller frapper à la porte de leurs nouveaux voisins. Il y a une sorte de folie chez ceux qui nous pousse à nous interroger si finalement ils n’imaginent pas des histoires saugrenues et qu’en réalité ce sont eux les psychopathes. D’ailleurs, la femme de Ray, Carol, le pousse à redevenir rationnel et décide d’aller faire le premier pas en allant à la rencontre des voisins. Parce que son mari, qui a bien décidé de passer ses vacances à la maison, ne fait que postuler sur des « on dit » et passe son temps sur sa pelouse à discuter avec ses amis de commérages. Le message de Dante ne consiste pas à savoir si nos voisins sont dangereux, mais bien à montrer à quel point l’on peut s’en convaincre : autrement dit, on perd rapidement nos esprits à la moindre curiosité, ici à travers les Klopek, voisins dont la bizarrerie comportementale mériterait une étude sociologique. Les fous ne sont donc pas uniquement ceux qui semblent l’être…

Mise en abyme

En ajoutant le personnage de Ricky (Corey Feldman, qui avait déjà croisé la route de Dante dans Gremlins), le jeune voisin cool, le réalisateur créé une mise en abyme dans son film : en effet, il s’agit d’un personnage qui regarde l’action à travers ses jumelles, contemplant la propre folie de ses voisins. Il est le jeune Dante qui se délecte de tout ce qui se produit, et qui tire les ficelles, contribuant à faire grandir la paranoïa dans l’esprit de Ray. Fasciné par la vie en banlieue, il est persuadé que la vie sociale est le meilleur film qui soit. Un immense terrain de jeu grandeur nature, dont on peut se délecter chaque jour avec beaucoup de joie.

Oscillant entre comédie pour adolescent, film horrifique à la Roger Corman et paranoïa profonde (accentuée ici par les zooms avants et arrières sur certains plans très équivoques), Les Banlieusards se révèle être un long-métrage intriguant. Joe Dante a l’art de concevoir des films sympathiques où il se permet de passer d’un registre à l’autre. Il reste toujours dans l’esprit des films des années 80, caractérisés par une sorte de bon-vivre, loin des problématiques plus actuelles, qui n’avaient encore pointées leur nez au grand jour. Le cinéma de Dante semble aujourd’hui appartenir au passé, tant l’on ne voit vraiment plus ce genre de chose sur un écran. Le cinéaste offre à nouveau à son grand ami Dick Miller une apparition, leitmotiv répété dans tous ses films. Même cadenassé par les Studios, il prend ses libertés et s’amuse à filmer des scènes surréalistes (par exemple ici, la séquence où Ray, persuadé que ses voisins vouent un culte au Diable, rêve qu’il fait l’objet d’un rituel satanique digne de La sentinelle des maudits). Pourtant, c’est un bien dommage, car les films gagneraient en qualité (notre note : 8/10).


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