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931. Ennio Morricone, musique crépusculaire.

Décédé le 6 juillet dernier à l’âge de 91 ans, le compositeur italien Ennio Morricone a consacré la majeure partie de sa carrière au cinéma. Créant des mélodies tantôt épiques (Le bon, la brute et le truand), tantôt mélancoliques (Cinéma Paradisio), il a collaboré avec les plus grands, allant de Brian de Palma à John Carpenter. 

Ce trompettiste de formation débuta à la RAI (où il démissionnera après un jour !), composant pour de nombreux artistes. Acquérant une petite renommée, c’est en 1960 qu’il est engagé pour écrire la musique du film Il federale de  Luciano Salce. La suite est connue : plus de 500 films et séries télévisées lui doivent leur renommée.  Même si il ne collaborera jamais avec Fellini, qui lui préférera éternellement Nino Rota, Ennio Morricone écrira les grands succès de Sergio Leone, allant de Pour une poignée de dollars à Il était une fois en Amérique, soit 6 films. Pour la petite anecdote, les deux hommes se connaissaient depuis l’école primaire.

Récompensé par le Ruban d’argent de la meilleure musique de film à 9 reprises (un record), prix italien, Ennio Morricone sera injustement oublié des Oscars, jusqu’en 2016, avec Les Huits Salopards. Cette unique collaboration avec Tarantino sera l’un des autres moments fort de sa carrière, le réalisateur étant un très grand fan du compositeur, réutilisant certains de ses morceaux, même si ces longs-métrages recourent le plus souvent à des chansons non originales. La musique de Les Huits Salopards est un réarrangement de morceaux non utilisés par Morricone dans La Chose. Même si Tarantino n’était pas admirateur du résultat, il sera conservé dans le film. Morricone ne gardera pas un bon souvenir de ce travail et jugera le film trop violent.

Morricone marquera par sa méthode très expérimentales pour créer ses œuvres, utilisant à la fois des bruits, des sifflements ou des objets usuels. Qu’importe la manière, seul le résultat compte : et la perfection, il l’atteignait toujours.


930.Once Upon A Time… In Hollywood.

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Il était une fois…

Dans Once Upon A Time…in Hollywood, 9e film du génial Quentin Tarantino, c’est à un véritable hommage au 7e art, dont le cinéaste est un fan absolu auquel on assiste. À travers l’histoire de l’acteur déclinant Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), et de sa doublure Clif Booth (Brad Pitt), incarnant le vieil Hollywood, le réalisateur dépeint les débuts du Nouvel Hollywood, n’obéissant plus aux mêmes règles de bienséances qui régissaient le cinéma jusqu’alors et voyant l’arrivée d’une nouvelle génération de réalisateurs qui aborderont des thématiques jamais traitées auparavant dans leurs créations.

Il en profite pour convier les plus grandes stars de l’époque, qu’il ressuscite (Steve McQueen sous les traits d’un étonnant Damian Lewis, et Bruce Lee en tête) et se faire plaisir en insérant des clips et des bandes-annonces dans son long-métrage, revisitant des classiques (La Grande évasion) ou ses propres films.

En 1969…

Situant son récit en 1969, Tarantino choisit cette année charnière parce qu’elle est celle d’un basculement à cause d’un événement qui a plongé Hollywood dans une nouvelle ère : l’assassinat de l’actrice Sharon Tate, femme de Roman Polanski, à qui la belle Margot Robbie prête ses traits, par les membres de la secte du gourou Charles Manson. Survenu le 9 août, il marquera la fin d’une ère d’insouciance et de légèreté. Sharon, dans le film, est un personnage incarné avec beaucoup de légèreté, dont les mouvements inspirent toute sorte de chorégraphie à Tarantino, qui comme à son habitude a concocté une bande-originale issus de grands classiques de l’époque : Time for Livin’ de The AssociationThe Letter de Joe Cocker ou encore The House that Jack Built de Aretha Franklin. Tate est une star, une quasi-légende. Passée en coup de vent.

Une uchonie à Hollywood

Les faits racontés dans le film ne sont pas forcément ceux qui sont réellement survenus dans le monde réel : fin scénariste, Tarantino réécrit l’histoire, multipliant les intrigues et les personnages, un peu à la manière de cette uchronie qu’est son Inglorious Basterds. Il signe certainement ici son oeuvre la plus personnelle, ne cherchant pas toujours à raconter une histoire fixe mais bien à faire une synthèse de tout son cinéma et de ses multiples influences. À commencer par ce titre : Once Upon A Time… In Hollywood. Littéralement, Il était une fois à Hollywood. À la fois un hommage à Sergio Leone (et sa trilogie « il était une fois… » et aussi la signification que toute l’histoire est une création, une fiction.

L’homme convoque la plupart de ses habitués (Kurt RusselBruce DernMichael Madsen), et également des petits nouveaux offrant une affiche impressionnante : Al PacinoDakota FanningEmile HirschDamian Lewis ou encore Luke Perry Il exacerbe aussi ici son fétichisme pour les pieds, filmant cette partie du corps à de nombreux moments, en profitant pour mettre des sandales à la plupart de ses personnages ou faire d’eux des adeptes du barefoot.

Dans la peau de Rick Dalton, acteur décimé, ombre du succès qui fut le sien auparavant, DiCaprio est phénoménal. Il donne tout ce qu’il peut pour travailler, dévoilant une palette de jeu impressionnante dans les délires du cinéaste. Dalton, ex-star de Bounty Law, série western où il campait le rôle d’un méchant, mais qui ne parvint pas à rebondir après l’arrêt de la série. Dans l’ombre de Steve McQueen, dont la carrière à décollé grâce à un seul rôle que Dalton convoitait également, l’acteur peine à redorer son blason. Rien ne le comble totalemen, et il ressent un manque profond et important : Rick pense avoir échoué dans sa carrière.Il repense à autrefois, empreint d’une mélancolie constante, et continue de penser que « c’était mieux avant ». 

Cependant, l’autre grande star du film, c’est le personnage de Brad Pitt, désormais lauréat d’un oscar grâce à cela : la doublure de Dalton, Cliff Booth, qui ne lui ressemble absolument pas du tout. Booth c’est un peu l’homme à tout-faire de Dalton, chauffeur et confident. Leur destin sont liés de manière définitive. Sa fidélité est totale. L’homme se dévoue totalement à la star, exécutant le moindre de ses caprices, et incarne également une sorte de cool attitude, de par la nonchalance avec laquelle il vit les événements et son courage démentiel. Il verra également le danger que la Maison Manson incarne, en se rendant jusque dans leur repère. La fin du film, à la fois digne des meilleurs western de Leone lorgne même vers le film d’horreur, et le célèbre slasher, dans un jeu de massacre que n’aurait pas renié Wes Craven lui-même (note : 9,5/10).


929.La Trilogie Jurassic Park.

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Plus de 25 ans après la sortie du premier film, en 1993, focus sur la trilogie de films à succès Jurassic Park.

Jurassic Park : Un livre à l’origine

Michaël Crichton, auteur américain, publia Jurassic Park en 1990. Ce livre rencontra un immense succès à sa sortie, devenant un best-seller et provoquant un véritable engouement pour les dinosaures. Le romancier n’en était pas à son coup d’essai, puisqu’il s’agissait de son 17e ouvrage. Le processus d’écriture fut long, puisque l’auteur commença à travailler sur ce projet dès 1983, envisageant celui-ci d’abord comme un scénario de film où il était question d’une équipe de scientifiques recréant un dinosaure.

Crichton a véritablement popularisé un genre atypique en littérature : celui du techno-thriller. Il s’agit d’une branche présentant les caractéristiques du thriller (sentiment de peur, de crainte) mais avec ses propres spécificités :

  • -l’intrigue se situe à notre époque pour que le récit paraisse vraisemblable
  • -Un conflit politique survient (souvent une guerre, mais il peut s’agir aussi de terrorisme, de corruption,…)
  • -la présence de scientifiques dans le récit
  • -le recours aux technologies
  • -plusieurs intrigues : une principale et des parallèles
  • -le recours au suspense

Crichton était aussi réalisateur de Mondwest, qui inspirera l’excellente série télévisée Westworld, et le créateur de la série médicale Urgences. En dehors des deux Jurassic Park qu’il écrivit, il est célèbre aussi pour Prisonniers du tempsSphèreCongo et Next. Crichton disparut en 2008, emporté par un cancer, à l’âge de 66 ans.

Spielberg : Jurassic Parc

Le cinéaste Steven Spielberg manifesta un grand intérêt à l’idée de mettre en scène le roman Jurassic Park. Bien sûr, il prit quelques libertés par rapport à l’histoire originale, ce que Crichton lui concéda sans trop de problèmes.

Dans ce film, John Hammond (Richard Attenborough), milliardaire excentrique, a réussi à faire l’impossible : ouvrir un parc d’attraction où les visiteurs pourront admirer de véritables dinosaures ! Grâce à son équipe de scientifiques, il est parvenu à ressusciter les dinosaures grâce à l’ADN de moustiques fossilisés dans la sève des arbres. Afin de s’assurer que tout est parfaitement en ordre au niveau de la sécurité, il convoque une équipe de 3 scientifiques sur l’île de Isla Nublar, avant d’ouvrir son parc. L’équipe se compose des docteurs Alan Grant (Sam Neill), Ellie Satler (Laura Dern) et Ian Malcolm (Jeff Goldblum), tout trois étant des sommités dans leurs domaine. Si la magie opère dans un premier temps, devant l’immensité de ces créatures d’un autre temps, elle cède bientôt le pas à l’horreur lorsque le pire arrive, causé par l’un des employés du parc : le système de sécurité est désactivé…

Jurassic Parc, sorti en 1993, c’est à la fois le plus gros succès de Spielberg (le film rapporta plus de 1 milliard de dollars) et le moment d’une avancée majeure pour les effets-spéciaux : Jurassic Park combine à la fois animatronix, go motion (création de volumes) et dinosaures créés en images de synthèses. Le film récolta également 3 oscars.

Distillant de la tension et du suspense dans son long-métrage, Spielberg joue à faire peur aux spectateurs. La part belle est fait aux enfants, qui seront placés à l’avant plan, afin de rappeler que le cinéaste adresse son film à tous, et surtout au petit être qui sommeille en lui. Les films suivants reproduiront le procédé à chaque reprise. Les adultes ne sont pas exemptés de cette curiosité propre aux enfants, posant sans cesse des questions. Il n’y a également qu’à constater la tête béate d’admiration de Grant lorsqu’il voit pour la première fois un brontosaure.

Spielberg choisi également de changer volontairement la fin du film, afin de magnifier le T-Rex, et de faire de lui la star du film. La puissance de celui-ci, la violence de ses crocs et son combat avec les raptors contribuèrent à faire de lui la créature la plus effrayante du récit. La scène de la cuisine, où les petits enfants de Hammond tentent d’échapper aux effroyables raptors comprend aussi son lot de tensions. Spielberg fait également de Hammond homme gentil mais inconscient, arborant la tenue du docteur Moreau dans le film de 1977, loin du monstre imaginé par Crichton.

Le récit peut être vu comme une réflexion à la fois sur les dangers des manipulations génétiques, où à force de se prendre pour Dieu, l’homme se casse royalement les dents, et ne pas jamais être sûr de tout contrôler. C’est aussi un rappel du fait que la Nature reprend ces droits, lorsqu’elle est malmenée. Et aucune technologie ne peut la détruire.

Spielberg : Jurassic Park : le monde perdu

Crichton offrit une suite à son célèbre roman. Publié en 1995, Le monde perdu permettait de prolonger l’aventure Jurassic Parc. L’intrigue se déroulait sur une deuxième île, Isla Nublar, identique à la première, mais où les dinosaures vivaient en captivité, et où l’homme ne s’était jamais aventuré. En effet, John Hammond, avait élevé en secret d’autres dinosaures. Spielberg manifesta beaucoup d’intérêt pour ce second volet, qu’il mit en scène en 1997, opposant deux équipes de scientifiques : l’une, pacifiste, venu observer les dinosaures, et l’autre, dirigée par des bureaucrates, et souhaitant réouvrir un nouveau parc. Pete Postlethwaite, dans le rôle du chasseur de T-Rex, livre une prestation marquante.

Le scénario du film repris à la fois des éléments non utilisés du premier roman et la trame du second. La trame où le T-Rex s’échappe du cargo et sème le chaos dans San Diego est un ajout du film.

À nouveau, la magie opère : quelques instants suspendus en compagnie de Julianne Moore, dans le rôle d’une scientifique, éberluée devant la beauté d’un bébé stégosaure. Mais Spielberg questionne surtout sur les rapports entre l’homme et les espèces animales, parfois vue sous le prisme scientifique, parfois sous celui de la chasse, et parfois sous celui -et c’est évidemment le meilleur- d’un respect mutuel. La protection des animaux reste un combat indigeste face à l’absence de moral des hommes.

Joe Johnson : Jurassic Park 3

En 2001, Joe Johnson fut choisi pour mettre en scène le 3e volet de la saga cinématographique Jurassic Parc. Initialement, l’homme devait mettre en scène le deuxième film, mais Spielberg était tant désireux de le faire que Johnson lui agréa cela, mais obtint l’assurance de pouvoir réaliser le potentiel troisième film. Dans celui-ci, le docteur Alan Grant va se retrouver bien malgré lui sur Isla Nublar, en compagnie d’un couple brisé qui recherche leur fils disparu.

Dans ce film, un autre dinosaure vient voler la vedette au T-Rex : le mastodonte Spinosaure, créature de près de 5 mètres de haute, avec une crête sur le dos. Les scènes dantesques s’enchaînent à un rythme effréné, allant du crash d’avion causé par le Spinosaure, l’évasion dans la grande volière ou encore la traque par les vélociraptors. Sans être du niveau de ses prédécesseurs, le film continue néanmoins de remplir le cahier des charges. Johnson, faiseur d’images, s’oriente davantage vers un film d’action, édulcorant le côté scientifique très présent dans les précédents volets.

Sans adapter un nouveau roman -Crichton n’ayant pas écrit de suite-, le film utilise des éléments non-retenus dans les deux livres de départ et offre ainsi un divertissement plus familial.

John Williams à la baguette

Immense compositeur, ayant collaboré avec Spielberg dans la plupart de ses films, John Williams s’occupa également de celle de Jurassic Park. Travaillant vite, il lui fallut un mois pour composer et enregistrer tous les thèmes du long-métrage. Il réitérera pour le second volet, avant de céder sa place lors du 3e à Don Davis, trop occupé à travailler sur la bande-son de Harry Potter à l’école des sorciers.


928.Les Parfums.

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Dans Les Parfums, film de Grégory Magne, Guillaume, père de famille divorcé et sans le sou, est contraint de travailler comme chauffeur pour une femme célèbre. Il s’agit d’une créatrice de fragrances, qui a autrefois œuvrée pour des enseignes connues. Anne Valberg (Emmanuelle Devos) est ce que l’on peut appeler dans le jargon un « nez » : une personne qui a une mémoire des odeurs, dont elle peut en identifier jusqu’à 3000 différentes ! La dame est acariâtre, égoïste, vivant pour son travail, pour lequel elle a l’impression d’être un génie et  frustrée de ne plus pour créer de véritables parfums pour des marques, ne prend pas conscience des autres qui l’entourent. Et Guillaume va lui tenir tête à chaque fois qu’elle se montrera déraisonnable. Autrement dit, les rapports entre eux ne seront pas toujours évidents.

Cependant, l’employeur et l’employé vont se faire du bien mutuellement. Anne, prisonnière de sa tour d’ivoire depuis des lustres, va peu-à-peu se retrouver à manifester de l’intérêt pour les autres et Guillaume, va enfin renouer le lien avec sa fille. Chacun avec les conseils de l’autre. Les Parfums questionne sur les rapports que l’on peut entretenir avec autrui. Et si, pour une fois, au lieu de ne plus se sentir, on prenait la peine de s’écouter ? (notre note : 8/10).


927.The Vast of Night.

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Attention, chef-d’oeuvre ! Dans The Vast of Night, deux animateurs radios vont capter d’étranges signaux ne ressemblant à rien de connus et vont être embarqué dans une spectaculaire enquête à la recherche d’une probable vie extra-terrestre. D’autant que d’après d’autres auditeurs, d’étranges engins semblent surplomber la ville.

Nouveau-Mexique

Nous sommes en pleine guerre froide, à la fin des années 1950, au Nouveau-Mexique, aux USA. La jeune Fay (Sierra McCormick), 16 ans, grosses lunettes en formes d’oreilles de chat, cheveux roux, joue les opératrices pour la radio locale et met en liaison les auditeurs avec Everett (Jake Horowitz), l’animateur. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’un bug survient, et qu’elle capte une fréquence qui lui est inconnue. Férue de technologie et biberonnée à la science-fiction, Fayva immédiatement penser à la thèse extra-terrestre. De son côté, Everett, personnage hautain et grossier, va se montrer plus rationnel, même s’il souhaiterait voir les mystérieux visiteurs.

De nombreuses punch line (ou phrases chocs) vont alimenter leurs conversations, car si Fay est admirative devant Everett et doit certainement en pincer secrètement pour lui, ce dernier semble avant tout préoccupé par son émission de radio.

Multiples fréquences

The Vast of Night ressemble à des allures d’épisodes de La Quatrième dimension dans son traitement, tant dès le départ, on est happé par l’écran en noir et blanc et rentrons dans notre télévision. Est-ce une fiction, est-ce réelle ? On pense aussi à Contact de Robert Zemeckis par cette intrigue où un son venu de l’espace se fait entendre. Réalisé par Andrew Patterson, dont c’est ici le premier film, le long-métrage tient en haleine son spectateur par cette course à l’information, afin de découvrir une vérité cachée. Nul Men in Black ou Zone 51 ici, mais bien des témoignages de personnes qui souhaitent « dévoiler la vérité ». Il peut s’agir d’un auditeur qui souhaite rester anonyme ou d’une vieille grand-mère au crépuscule de sa vie. C’est eux qui vont nous permettre de dévoiler une sorte d’imaginaire patent : le langage est le meilleur moteur pour raconter des histoires, instituant de la tension et des rebondissements, là où des blockbusters dépensent des millions de dollars pour une scène d’action spectaculaire. Après tout, c’est comme cela que Orson Welles a fait croire, sur les ondes radios, que les USA étaient victime d’une invasion extra-terrestre.

Visiblement, Patterson l’a bien compris et recourt avant tout a des procédés sonores : magnétophones, enregistrements vocaux, disques vinyles, vieux écrans de télévisions…quelle n’est pas notre surprise lorsqu’à certains instants, le film ne montre plus d’images pour illustrer une conversation continue sur les ondes. À d’autres moments, notre téléviseur se met à grésiller. On n’avait jamais vu cela auparavant.

Les longs travellings s’enchaînent, nous entraînant d’un bout à l’autre de cette ville où la plupart des citoyens se sont réunis pour suivre le match de football, et où seulement quelques-uns sont réellement seuls. Patterson restitue parfaitement le climat de peur régnant à cette époque et le contexte sociétal majoritaire. La question du racisme est même palpée. Le final, flamboyant et spectaculaire, vous ravira. La nuit a pointé le bout de son nez et s’annonce passionnante (notre note : 9,5/10).


926.Robocop : policier 2.0.

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Avec Robocop, sorti en 1987, Paul Verhoeven réalisait un solide film de science-fiction dystopique : dans une société ou la criminalité règne en maître, les autorités investissent dans un programme destiné à endigué ce fléau. Il s’agit de la conception d’un robot policier, qui travaillera 24 heures sur 24, sera doté d’une grande puissance et de bons réflexes. Après cela, ils veulent bâtir une ville moderne, dotée de davantage de technologies, et de privatiser la police.  Cependant, pour mener à bien ce projet, un cobaye est nécessaire : le premier policier qui se fera liquider deviendra Robocop.

Alex Murphy (Peter Weller) sera cet homme : abattu à la suite d’un raid qui tourne mal, son humanité lui sera retirée. Même son bras, seul membre non touché lui sera amputé, afin qu’il épouse la figure de l’homme d’acier. Devenu cyborg, sans le moindre souvenir, Robocop arpentera les rues de Détroit afin de nettoyer la ville de vermine qui y sévit.

Ultraviolent dans son propos comme dans ses scènes chocs -Verhoeven ne faisant pas dans la dentelle-, Robocop démonte le système politique libéral corrompu dans lequel il est immergé. On peut le voir comme une critique des dirigeants qui nous gouverne et qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels. Ils veulent la sécurité et la stabilité, dans des lieux qu’ils ne parviennent plus à gérer car ils sont passés en dehors du système : Détroit était autrefois la ville qui a vu naître l’industrie automobile Ford dans les années 1920, et qui paradoxalement, s’est vue délaissée dans les années 1960, pour se retrouver dans une situation de précarité affolante.

Mais on peut également l’interpréter comme une quas- prophétie de ce que les robots tueurs pourraient être : indestructible et quasi immortel, personne ne peut leur échapper. Il est donc impératif qu’il face les choses de la manière la plus juste possible. D’autant que Robocop est employé pour servir de mauvaises personnes. Il n’est pas vraiment là pour mettre fin aux crimes, mais plutôt pour que les dirigeants aient une mainmise totale sur la ville. Froid, calculateur et cherchant à faire mal : Robocop est impitoyable. Pourtant, en écho à Asimov, il respecte des « lois » : servir le public, protéger les innocents et faire respecter la loi. Pourtant Murphy n’est pas totalement un robot, sa mémoire a été reprogrammée mais elle n’a pas totalement disparue. Son passé lui revient peu-à-peu lorsque l’un de ses anciens collègues le reconnait et l’appelle par son prénom. Le nom définit réellement la personne et son identité. Lorsqu’il choisit de se rebeller, rattrapé par des relents d’humanité, il participe à la destruction du système et s’émancipe par la même occasion de celui-ci. Il déroge à la 4e loi imaginée par ses géniteurs : leur porter atteinte. La seule partie de son corps qui est humaine, c’est sa tête : la froideur métallique a décidément un visage de poupon. Une conscience supplémentaire le distingue de la machine.

La poupée de chiffon, monstre de Frankenstein 2.0, est le seul vrai héros du film : il sonne le glas avec ses armes sophistiquées et sa justice expéditive est pourtant l’expression d’une purge destinée à se venger de ceux qui l’ont dépossédé de son humanité et transformé en robot.

De Robocop, on peut également retenir ce recours aux scènes de (faux) journaux télévisés à répétition, ponctués de pages publicitaires, comme pour insister à quel point sur le fait que les médias sont présents dans nos vies et critiquer le système américain de l’époque (mené par Ronald Reagan cherchant à tout prix à maintenir la sécurité) et la peur des relents du nucléaire. Les fausses informations sont nombreuses, contrôler la réalité est facile à réaliser et servir les hommes au pouvoir est facile à travers une technique proche de la propagande. Robocop apparaîtra d’ailleurs par les médias pour la première fois aux yeux de tous. Il sera immergé dès le début dans une fausse réalité, qu’il anéantira à la toute fin du film, après un retour à la vraie vie via des flashbacks filmé comme un JT, en détruisant un écran de télévision avec son poing (notre note : 9/10).


925.Les Parfums : bande-annonce.

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924.Un Prince à New York.

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Dans Un Prince à New York, comédie survolée de John Landis sortie en 1988, Eddie Murphy campe le prince Akeem de Zamunda, qui a l’âge de 21 ans doit épouser sa promise, une fille de haut rang qu’il n’a jamais vu. Mais le Prince souhaite pour une fois dans sa vie faire les choses lui-même, et décide d’aller à New York pour trouver l’amour. Le roi, sous le trait de l’immense James Earl Jones- voix de Dark Vador et du Roi Lion-, lui donne 40 jours pour profiter, avant de revenir épouser sa destinée. Avec son ami Semmi (Arsenio Hall), Akeem s’en va pour les USA : il va faire croire à tous qu’il est un homme pauvre afin d’être sûr que la femme qu’il rencontrera ne l’aimera pas uniquement pour son argent. Il travaillera ainsi dans un fast-food concurrent d’une enseigne célèbre…

Grand succès de l’année 1988, Un Prince à New York est un l’un des jalons de la carrière d’Eddie Murphy, alors star incontournable, qui campe le rôle d’un Prince qui n’a jamais rien fait par lui-même dans la vie, et qui ne marche que sur des pétales de roses que des serviteurs déposent devant lui. Le royaume de Zamunda est son fief mais il ne l’a jamais quitté. Aussi, lorsqu’on lui présente, au terme d’une cérémonie grandiose (avec une chorégraphie endiablée), une femme qui toute sa vie a été préparée à l’épouser et n’a aucun autre goût que les siens, c’est le drame : il décide de faire les choses par lui-même pour la première fois de sa vie.

Le New-York qu’il choisi de visiter est celui du quartier de Brooklyn, coin plus pauvre de la ville : Akeem et Semmi se font dépouiller leurs valises, ils décident d’habiter dans l’appartement le plus miteux possible… les scènes s’enchaînent et les situations cocasses également. Eddie Murphy, grimé comme jamais campe près de quatre rôles différents, allant du Prince au coiffeur de quartier, en passant par le client juif du salon de coiffure. Son éternel sourire est toujours au rendez-vous, même dans les difficultés qu’il rencontre. Arsenio Hall joue aussi quatre personnages différents, chacun étant fort truculents.

John Landis, farceur, parsème son film de quelques apparitions marquantes : Samuel L. Jackson en braqueur de McDowell, Cuba Gooding Jr en client du salon de coiffure ou encore Don Ameche et Ralph Bellamy qui reprennent leurs rôles de Un fauteuil pour deux, autre film de Landis avec Murphy dans le rôle-titre. Donna Summer a également droit à quelques secondes, lors du « speed-dating » dans la boîte de nuit.

Cerise sur le gâteau, plus de 30 ans après, une suite au film sortira en décembre 2020 :  Eddie Murphy retournera donc à New York, avec son complice Arsenio Hall (notre note : 9/10).


923.La dernière vie de Simon.

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Simon, 8 ans, est orphelin. Moqué pour sa timidité et sa petite taille, le garçon se sent bien seul. Alors le soir, il s’évade grâce à son don extraordinaire : en effet, Simon est capable de se métamorphoser en une autre personne. Il lui suffit pour cela de l’avoir touché au moins une fois auparavant dans sa vie. Au cours d’une journée de rencontre avec de potentielles familles d’accueil, il fait la connaissance de Thomas, et de sa sœur Madeleine. Il devient immédiatement ami avec eux et se retrouve régulièrement invité à passer le weekend dans leur grande maison. Mais un jour, un drame survient : Thomas disparaît suite à un banal accident, et Simon, ne sachant trop que faire, décide de prendre sa place, prétextant que c’est Simon qui est décédé. Les années passent et Simon, sous les traits de Thomas,  mène une vie prospère… jusqu’au jour où il décide de revivre en tant que Simon.

Avec La dernière vie de Simon, Léo Karmann réalise un film fantastique touchant de bout-en-bout : Simon (Benjamin Voisin) détient un pouvoir extraordinaire qu’il ne peut expliquer, mais qui aura un impact important sur son existence, puisqu’il va choisir de vivre la vie de quelqu’un d’autre. Pourquoi fait-il cela ? Pour ne pas perdre sa famille, lui qui a toujours voulu en avoir une. Et surtout pour ne perdre de vue Madeleine (Camille Claris), qu’il aime d’un amour profond et sincère…d’autant que celle-ci aimait Simon, et ne s’est jamais vraiment remise de sa mort brutale. Autrement dis, leur amour semble impossible. Ou les dés semblent pipés d’avance. On est pas loin du Cid, de Corneille.

Long-métrage français, on pouvait craindre que le résultat ne soit pas à la hauteur des enjeux : il n’en est rien. L’ombre de Spielberg semble même planer au-dessus du film, tant le thème de l’enfance est présent de bout-en-bout. La magie se mesure à ce tour de passe-passe par lequel Simon épouse le corps de tout ceux qui ont croisé sa route, partageant également leur souffrance en plus de leur aspirations. L’élément fantastique -marqué par des effets spéciaux réussis- transcende tout ceux qui l’observent : il n’y a qu’à voir la tête des policiers ou des parents de Simon lorsqu’il assiste à l’étrange phénomène. Il marque profondément les personnages, qui bien que pétrifiés, vont aller à sa rencontre, finissant même par pourchasser le mystérieux être.

Simon aura vécu plusieurs vie au cours du récit, bien souvent en choisissant des chemins qui ne lui était pas destiné. Et si au fond, la vie n’était rien d’autre qu’une grande gare avec plusieurs trains, menant à des choix différents en fonction de nos envies ? À la fois poétique, touchant et à grand spectacle, voici un film transcendant (notre note : 9/10).


922.Le facteur sonne toujours deux fois.

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Frank Chambers (Jack Nicholson), un pauvre vagabond a trouvé un emploi comme pompiste dans une station-service. Il travaille pour monsieur Nick Papadakis, un homme riche et propriétaire d’un restaurant situé à côté de la station d’essence, et dans lequel cuisine sa jeune femme, Cora (Jessica Lange). Lorsqu’il la voit pour la première fois, c’est le coup de foudre pour Frank : il va tenter de la séduire, et deviendra rapidement son amant. Ensuite, il tentera de se débarrasser du mari encombrant…

Mis en scène par Bob Rafelson, cette adaptation du roman de James M. Cain est en réalité également un remake du film Le facteur sonne toujours deux fois, sorti en 1946, et mettant en vedette Lana Turner et John Garfield. Il marque aussi les retrouvailles entre Nicholson et Rafelson, ami de longues dates, après Cinq pièces faciles, The King of Marvin Garden et avant Man Trouble  et Blood and Wine.

Film noir, Le facteur sonne toujours deux fois choque parfois par son propos : Frank tente de séduire Cora de façon maladroite, et celle-ci tente de résister à cet homme dans une scène osée qui fait penser qu’elle est violée, avant de consentir à la demande et de « succomber » au personnage. Les élans de sensualités exacerbés sont légions et surprennent quelque peu, bien que Cora semble être mariée avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle, qui la fait travailler à outrance, mais ne la bat pas et tient à elle, et que le jeune Nicholson arrive à un moment de sa vie où elle aimerait sans doute que les choses changent. Le meurtre du mari se révèle plus compliqué que prévu, et Frank se retrouve à devoir tabasser Cora et inversement, afin de pouvoir faire croire à de la légitime défense. L’intermède judiciaire sera complexe, mais la prestation convaincante de leur avocat fera mouche. Leur passion continuera ensuite de façon brève, mais fulgurante, jusqu’à un final brutal et tragique. Ils s’aimeront, se détesteront et se retrouveront.

Comme à son habitude, Nicholson est impérial, ici dans le rôle de Frank, un homme dont le maître mot est la combine. Jessica Lange, à la beauté fulgurante, est à la fois sensuelle et calme. Sans être aussi abouti que le film original de 1946, le long-métrage aborde l’aspect sexuel de l’histoire de façon plus exacerbée (notre note : 7,5/10).


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