A crazy world



1011.Everything, Everywhere, All at Once

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Difficile de retranscrire de façon ordonnée ce qui se passe dans ce film. Nous tenterons de le faire, mais ce sera un article compliqué avec des idées qui vont dans différentes directions. Mais qu’importe. Dans Everything, Everywhere, All at Once (littéralement « Tout, Partout, Tout à la fois »), il est question de mondes parallèles.

Evelyn (Michelle Yeoh) tient une blanchisserie avec son mari Waymond (Ke Huy Quan). Ils ont une fille, Joy, qui est homosexuelle ce qui ne plaît pas réellement à Evelyn. Le grand-père, Gong Gong (James Hong) arrive de Hong Kong pour passer du temps chez eux et Evelyn ne veut pas que Joy lui présente sa copine Becky. De plus, Evelyn a des soucis avec sa contrôleuse fiscale Deirdre (Jamie Lee Curtis), qui l’accuse de déduire des frais qui ne sont pas déductibles. Pour couronner le tout, son mari veut divorcer avec elle. Elle est épuisée et n’en peut plus. C’est alors que se produit l’événement le plus imprévisible qui soit: son mari lui annonce venir d’un univers parallèle et qu’elle va devoir sauver l’humanité d’une menace appelé le Jobu Tupaki …

D’une identité à l’autre

Sans trop dévoiler le contenu de l’intrigue, EEA (choix d’abréviation) va confronter -via des avancées technologiques issues d’un autre monde- ses héros au monde multiples et leur permettre de se connecter à leur double dans chaque univers. Ainsi, la connexion permet de ressentir les émotions des autres, mais aussi de reprendre leur facultés. Imaginez un instant : dans un autre monde, vous êtes capable de réaliser des acrobaties. Il vous suffit de vous connectez à ce monde et à reprendre la faculté souhaitée. Imaginez les multiples embranchements de possibilités qui se pose à chaque fois avant que vous posiez un choix : elles sont infinies !

Mis-en-scène par un duo de réalisateurs, Daniel Kwan et Daniel Scheinert surnommé les Daniels, EEA est un fourre-tout immense autour de thématique très universelle : Il y est question des conventions sociales qui vous empêchent de vous accomplir, de devenir celui que vous souhaitez être. Chacun devrait être libre de faire ce qui lui plaît, mais cela se révèle généralement difficile en raison de la pression sociale. Evelyn regrette d’avoir épouser Waymond, qu’elle prend pour un homme mou et faible. Elle va voyager entre les multiples avatar de son être et découvrir, dans sa conscience, toutes les vies qu’elle aurait eu sans lui.

Chaque être humain pose des choix et cela lui offre certaines possibilités. Nous éprouvons tous, à des degrés divers, de la frustration à cause des actes manqués, des possibilités échappées. Car choisir limite les possibilités. Et ne pas choisir reste poser un choix. Evelyn n’a aucun respect pour son mari, qu’elle prend pour la cause de tout ses échecs passés. Waymond est un homme aimant qui est gentil avec elle, mais elle ne peut plus le voir. Il souffre de voir le visage qu’elle tire en sa compagnie, et pense que divorcer leur sera bénéfique, même si ce n’est pas ce que lui souhaite.

Becky souffre énormément de la pression que lui met sa mère, et est choquée de voir que sa mère ment à son grand-père sur l’identité de Becky. Evelyn a elle-même beaucoup souffert lorsqu’elle avait dit à son père vouloir épouser Waymond, choix qu’il n’a jamais approuvé. Le Jobu Tupaki est lui-même un être en proie à une grande souffrance qui a atteint un point de nihilisme sans retour (symboliser par un bagel !). Il tue et détruit sans plaisir, contraint à avoir un accès permanent via sa conscience à tout les univers et soupirant de l’absurdité de l’existence. À la fin, tout le monde meurt et rien n’a de sens.

Acceptation de soi et des autres, rapports familiaux, conflit générationnels, sens de la vie … Les Daniels nous confrontent à toute nos conceptions de l’existence, comme pour nous rappeler à quel point nous sommes toujours insatisfait de ce que l’on a une fois adulte. Nous nous compliquons la vie et pourrissons celles des autres. Ils truffent leur récit d’allusions continue au Ying et au Yang, versant lumineux et sombre de chacun, qui sont présents et se neutralisent pour trouver un équilibre et ne pas sombrer dans le chaos. Les univers multiples sont tentants mais on ne peut pas devenir « un autre avatar ». Nous sommes qui nous sommes et nous devons composer avec cela. Autant être heureux et voir la vie du bon côté. Jouer le jeu de l’existence (la scène de l’univers où Evelyn et Deirdre ont une liaison est très équivoque sur l’acceptation de soi).

Plaisir de cinéphile

Complètement hallucinant, EEA est un trip visuel improbable, une succession d’images déchaînée et psychédélique. C’est totalement barré et pourtant la mesure est de mesure dans ce voyage initiatique nécessaire à chacun. Les Daniels sont fans de cinéma et cela se voit ! Ils revisitent de grands films dans des parodies hallucinantes : que ce soit dans cette version de Ratatouille avec un raton-laveur (« Ratontouille ») métaphore sur la créativité de chacun ou encore dans la scène des primates de 2001, l’odyssée de l’espace, mais avec des doigts devenu des saucisses ! La filmographie de Michelle Yeoh est également évoquée dans une séquence avec ses plus grands succès (Tigre et DragonCrazy Rich Asians …). Le vétéran James Hong (93 ans) devient un avatar du professeur X  de X-Men, et rejoue son Chew de Blade Runner. La version d’Evelyn qui fait du kung-fu s’entraine dans une séquence similaire à celle de la formation de Black Mamba dans Kill Bill. De même que la version autoritaire d’Evelyn semble tout droit issue du personnage détestable que Michelle Yeoh campe dans Crazy Rich Asians. Key Huy Quan, qui excelle aussi dans ce long-métrage, rappelle aussi son enfance en tant qu’acteur (il fut le Demi-Lune de Indiana Jones et le temple maudit et le Data de Les Goonies) dans une scène de combat avec des objets étranges, comme Data et ses nombreux gadgets.

Les images s’enchaînent dans un récit en trois temps (correspondant au mots séparé par des virgules dans le titre) où tout fait sens. Les séquences alternent scènes en live action, scène animée et même texte écrits à l’image (dans un univers surréaliste peuplé de cailloux doté de vie !). Les moments sérieux sont tranchés par des scènes potaches, des combats au ralenti façon Matrix et des envolées lyriques dramatiques. EEA est autant un exercice de style qu’un très très grand film. Les comédiens sont excellents et le film est une sorte de meuble avec de multiples tiroirs avec pleins d’objets désordonnés. C’est très dense et vous allez sans doute être écrasé par toutes les interprétations possibles, mais vous y arriverez. C’est essentiel.


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