A crazy world


« | Accueil

1012.Babylon, pièce vertigineuse de Damien Chazelle

Image de prévisualisation YouTube

Hollywood, 1926. Le cinéma muet bat son pleins. Babylon suit le parcours de plusieurs personnages qui gravitent dans l’univers du cinéma : Manuel Torres (Diego Calva), immigré mexicain, travaille pour le Studio Kinoscope. Il n’est personne, juste là pour faire de petits boulots sans rapport avec le cinéma. Son rêve serait de pénétrer sur un plateau de cinéma. Nelly LaRoy (Margot Robbie) rêve de devenir actrice. Elle est convaincue être déjà une star et entreprend de se faire une place dans le show-business. Jack Conrad (Brad Pitt),  acteur et producteur de renom est la star de l’époque, celui avec qui tout le monde veut tourner. Sidney Palmer est trompettiste et afro-américain. Quand à Lady Fay Zhu, elle s’occupe des intertitres des films muets. Elinor St John (Jean Smart), critique de cinéma, est la personne que les acteurs et actrices souhaitent éviter, car elle peut autant glorifier que détruire.

La tour de Babel

Babylon, nouveau film du prodigieux Damien Chazelle (oscarisé pour Lalaland) est une fresque de plus de trois heure sur le cinéma et l’envers de son décor. Le cinéaste filme la grandeur de ses personnages (Manuel qui devient un homme d’affaire et réalisateur, Nelly une actrice adulée …) mais aussi leur décadence. On peut vite être au sommet et se retrouver deux ou trois ans plus tard sur le déclin.

L’intrigue évoque le passage difficile du cinéma muet au cinéma parlant, avec comme premier film Le chanteur de Jazz, sorti en 1927. Le cinéma muet jouait beaucoup sur les gestes, les émotions sur le faciès, avec les transitions sous forme d’intertitre pour faire comprendre les éléments non présentés de l’intrigue à l’écran. Le vocal n’avait aucune importance. La musique a déjà signifié une première révolution, pour ajouter de l’émotion dans le récit.

Le cinéma parlant fut une seconde révolution, plus puissante encore. Mais cela représentait un défi colossal pour les acteurs : il s’agissait d’apprendre son texte (comme au théâtre, ce que tout les acteurs muets ne savaient pas faire), mais aussi d’avoir une voix qui passent bien au micro. Dans le film, Nelly a une voix très aigue, qui dénote avec les scènes qu’elles jouent. Cette inadéquation est un élément de raillerie, qui est difficile à éliminé. On lui demande de jouer de façon monocorde mais son style ne passe pas.

Babylon montre quantités d’images sur la vie tapageuse d’Hollywood : qu’il s’agissent des fêtes bien arrosées la nuit et qui se transforment en orgies extrêmes, ou encore du train de vie des stars qui jouent et dépensent des sommes colossal jusqu’à se retrouver sans le sou, rien n’est éludé. Les scènes sont vertigineuses, Babylon est une succession de superlatifs. Le rythme de vie est effréné et nous, en spectateur, avons l’impression de ne pas pouvoir suivre la cadence. Le titre du film n’apparaît d’ailleurs qu’après une longue introduction d’environ 30 minutes. La scène finale est une succession de tableau de moment clé du film avec de la musique, comme pour rappeler les comédies musicales de l’âge d’Or d’Hollywood qui se concluaient de la sorte (Lalaland avait aussi fini comme cela).

Les décadents

Margot Robbie incarne à merveille cette star à outrance qui dérange (les moeurs, ses collègues …) et dénote. Son personnage est inspirée d’une actrice oubliée, Clara Bow, avec qui elle partage un passif commun : une enfance difficile, une envie de réussir,  des allures de femmes fatales. Margot Robbie s’amuse visiblement dans la peau de cette femme, capable de pleurer très facilement sur commande ou de rire aux éclats. Après avoir incarné une Sharon Tate inoubliable, dans le Once upon a time … in Hollywood de Tarantino (qui traitait du passage du vieil Hollywood au nouvel Holywood), elle brille à nouveau de mille feu mais dans un personnage nettement plus instable.  Ses danses sont hypnotiques. Elle veut tout contrôler de son image, même si elle n’y arrive pas, gênée par un père encombrant. La colère qu’elle pique dans la scène où elle veut s’en prendre à un serpent est l’un des climax du film.

Le personnage incarné par Brad Pitt s’inspire également d’une personnalité connue : John Gilbert, un acteur du cinéma muet dont la carrière n’a pas résisté avec le cinéma parlant. L’homme voit un destin dont l’issue est inéluctable. Hollywood élève des personnes au rang de star mais rien n’est définitivement acquis. Les nouveaux acteurs reprennent ce que les anciens faisaient et le recyclent (le personnage de Pitt qui inspirera Chantons sous la pluie, comédie musicale des années 1950).

L’ensemble du film est vu à travers les yeux de Manuel, alias Manny, qui va vivre son rêve américain du bout des doigts. C’est un inconnu qui n’est à priori pas destiné à grand chose. Le choix de l’acteur n’est pas anodin : Chazelle a offert le rôle à Diego Calva car il cherchait un visage inconnu et avec des yeux de rêveur. Manuel est en attente de pleins de rêve. Il veut créer des histoires. Il est fou amoureux de Nelly, leur romance est en attente durant tout le film, car elle ne s’intéresse pas vraiment à lui. Ils se rencontreront à leur balbutiement, et chacun verra son rêve devenir réalité. Lui seul l’aimera réellement et il sera son seul ami et confident. Il l’aidera dans les moments difficiles et voudra en faire sa muse une fois réalisateur. Elle le portera en estime mais pourra-elle un jour seulement réellement sortir de son égoïsme et l’aimer ?

Un plaisir de cinéphile

Comme à son habitude, Damien Chazelle fait appel au compositeur (désormais oscarisé) Justin Hurwitz pour nous offrir une partition riche en couleur, qui fait à nouveau la part belle au jazz. Le ton est plus agressif, plus mordant. D’ailleurs un thème est utilisé de façon récurrente lorsque les personnages sont en colère et réagissent au quart de tour.  Sauf surprise, Hurwitz devrait décrocher une nouvelle statuette.

Le film offre également une réflexion sur l’évolution du cinéma. La transition amorcée, celle du film muet au film parlant n’est qu’une première étape dans le cheminement cinématographique. Au travers d’un long plan similaire à l’ouverture de Soleil Vert, Chazelle résume toute l’histoire du cinéma et ses mutations au travers de nombreux films qui défilent.

Belle mise en abyme que celle d’un tournage dans le film ! Chazelle évoque les difficultés budgétaires dans les tournages, mais également le désordre qui règne sur un plateau (pertes des caméras dans les scènes de batailles, manque de sécurité qui entraîne la mort d’acteurs …).

On se prend également à s’interroger sur la place du spectateur, comme acteur à la réussite d’un film. Le succès vient du public, et l’échec également. Les critiques ne sont pas forcément ceux qui vont faire échouer le film. Le fait que des gens rigolent lorsqu’un acteur du muet s’essaie au parlant est bien entendu difficile à expliquer. Une tentative de justification proviendrait du fait qu’il n’est tout simplement pas prêt à le voir changer de registre.

Malgré toutes ses qualités, Babylon est un échec au box-office, la faute à un mauvais calendrier de sortie (le film est dans la ligne de mire de la suite de Avatar). À moins d’un triomphe aux Oscars (où part favori un Spielberg en grande forme) ? 


Laisser un commentaire

Jean-Michel, jour après jour. |
Emmawatsonning |
Videopassion07 |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | la vie est belle !
| Freddyvsjason
| Ilmiocinema