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Liste des articles dans la catégorie Littérature.

732.Petit hommage à Stan Lee et Katherine McGregor.

Ils nous ont quittés tout deux en novembre dernier : lui, le 12, et elle le lendemain. Stan Lee (né Stanley Lieber) provenait d’un milieu très modeste, et a du se travailler très jeune, afin de venir en aide à sa famille. En 1940, à 17 ans, il décroche un boulot d’assistant chez Timely Comics (dirigé par son cousin), un éditeur de bande-dessinées. Là-bas, il croise la route de deux dessinateurs : Jack Kirby et Joe Simon. Très vite, il abandonne les tâches ingrates (comme servir les sandwichs,…) pour devenir scénariste. En 1942,  alors que Kirby et Simon claque la porte à cause d’un désaccord au sujet de leur salaire, Stan Lee est promeut rédacteur en chef !

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Par la suite, Timely Comics, tout comme les autres comics, voit ses ventes chuter : on l’accuse d’encourager la délinquance chez les jeunes. La crise les guette, mais Stan Lee reste à son poste. Timely Comics fait appel à son distributeur Atlas, et appose son logo sur leurs magazines, afin de booster les ventes. Un nouvel éditeur succède alors à Timely Comics :  Marvel Comics.  Faisant appel à Jack Kirby, Stan Lee crée avec lui les Quatre fantastiques, quatuor de super-héros aux histoires plus adultes, et qui connaîtront un succès immédiat. Ensemble, ils concevront aussi les personnages de Hulk (qui était gris à l’origine !), ThorLa panthère noire, des X-men et des Avengers (à l’exception de Captain America, créé en 1940 par Jack Kirby et Joe Simons). 

Après, Stan Lee s’allie avec d’autres dessinateurs, tel que Steve Ditko, pour créer les personnages de Spider-manDardevilDocteur Strange et Iron man. Les héros de Lee (plus de 200 !) sont des personnages plus réalistes, avec leurs lots de faiblesses et de doutes. Ils avaient plus de profondeurs.  Cela tranchait avec l’autre firme de magazine de super-héros de l’époque, et principal concurrent de Marvel, DC Comics (qui mettait en scène des héros tel que Superman, sans faille et dont les contours étaient très lisses).Même les antagonistes, c’est-à-dire les ennemis des héros étaient plus complexes, animé par autre chose que l’appât du gain ou la folie (à la différence du Joker, opposant du Batman, Magnéto à connu la Shoah). Les thèmes abordés sont également plus en raccord avec la réalité de la vie : X-men traite de la question du racisme et de la normalité, Spider-man celle de la vie d’un étudiant et de ses déboires amoureux, Iron-man de l’alcoolisme de son héros et du stress post-traumatique dont il souffre, les Quatre fantastiques de la peur du nucléaire, Hulk de la part sombre qu’il y a en chacun de nous et de la dualité entre le bien et le mal, nous forçant à trouver un équilibre …

En 1972, Lee cesse d’être rédacteur en chef de Marvel, mais continue d’entretenir des liens très étroits avec celle-ci, écrivant parfois l’un ou l’autre scénarios. Il se met à faire connaître Marvel autour de lui, promouvant l’univers qu’il a contribué à créé. Ses principales séries sont confiées à des équipes de dessinateurs/scénaristes dont il a assuré la formation. Lee supervise les premières adaptations de ses franchises à la télévisions, avec notamment L’Incroyable Hulk, qui connaîtra 5 saisons et 82 épisodes.

Ses activités se raréfient ensuite, son contrat avec Marvel est renégocié, mais pas de façon favorable pour lui. Il continue néanmoins à créer des comics. Dans les années 2000, Stan Lee se met à apparaître dans chacun des films Marvel adaptant son oeuvre. Sa première apparition, dans X-men, en 2000 (celle du film Blade, en 1998, a été coupée au montage), en vendeur de hot-dogs sur la plage est la première d’une longue série. On le voit dans Spider-manIron Man, et même dans Venom ! Son interprétation dans The Amazing Spider-man, en 2012, en tant que bibliothécaire est désopilante, où assourdi par la musique émanant de son casque, il ne se rend pas compte du combat qui se joue derrière lui entre Spider-man et le Lézard. C’est avec le deuxième volet de Spider-man : Homecoming, attendu pour l’an prochain, qu’il bouclera la boucle.

La mort de sa femme, avec qui il était marié depuis 70 ans, en 2017, l’a profondément affecté. Ils ont eu deux filles ensemble. L’une d’elle est morte peut après sa naissance… 

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Katherine MacGregor, même si son nom ne vous dit rien, a marqué plusieurs générations de téléspectateurs : elle fut la terrible Harriet Oleson, dans La petite maison dans la prairie.  Actrice de renom au théâtre, cette américaine, née en 1925, elle vit sa carrière décollée en jouant le rôle de cette femme abominable, prétentieuse, arrogante, cupide, mais qui faisait beaucoup rire pendant les 9 saisons que durèrent la célèbre série télévisée. Ensuite, sa carrière s’est stoppée net : fatiguée (et alcoolique), elle a préférée se retirer des écrans, et vivre une vie paisible, tout en s’occupant d’une troupe de théâtre. Cette hindouïste avait 93 ans.


699.Mr Mercedes : Le King est toujours au top.

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Stephen King n’est pas qu’un auteur abonné au fantastique et aux romans d’horreur. Il peut aussi raconter des histoires plus psychologique (la petite fille qui aimait Tom Gordon), des thrillers oppressants (Misery) et même tenter l’exercice d’écrire un polar. Pour le dernier exemple, il a sorti, en 2014, un roman intitulé Mr Mercedes.

Le pitch est plutôt classique, mais tient la longueur : Bill Hodges, ancien policier à la retraite depuis peu s’ennuie. Il passe ses journées à manger et à regarder la télévision. Il repense aux affaires qu’il a résolue, ainsi qu’à celles dont il n’a pas réussi à venir à bout. L’une d’entre elle concernait le tueur à la Mercedes, où un déséquilibré avait foncé, à bord d’une Mercedes, dans une foule, lors d’une foire à l’emploi, faisant 8 morts et un certains nombre de blessé. Il s’était ensuite enfuit, sans que personne ne puisse jamais l’identifier. Le coup parfait, le coup unique. Sauf que la Mercedes appartenait à une femme, Olivia Trelawney, qui ne comprenait pas comment sa voiture avait pu être subtilisée, et niait toute implication dans cette histoire…peu de temps après, la dame se suicidait. Hodges reçoit une lettre du tueur à la Mercedes, le mettant au défi de le retrouver, lui proposant de « converser » avec lui sur Internet. Le policier décide alors de sortir de sa retraite, en secret, et de mener l’enquête. D’autant que la sœur d’Olivia, Janey, prend contact avec lui…

Stephen King, 70 ans bien sonné, demeure l’un des plus incroyables écrivains de sa génération. Avec Mr Mercedes, il coupe court à toute spéculation dès le début : le lecteur connaît l’assassin, c’est Brady Hartsfield, un jeune homme soigné qui vit encore chez sa mère, entretenant avec elle une relation quasi-incestueuse. Un type banal, que personne ne remarque, qui jongle avec deux boulots : glacier (ce qui lui permet de passer dans le quartier et d’observer les faits et gestes de Hodges) et réparateur dans une boutique informatique. C’est donc une histoire à la Columbo que nous propose l’auteur, en nous proposant de savoir comment son héros va tenter de débusquer le criminel. Et on se prend au jeu, tant la tension monte crescendo, à mesure que l’étau se resserre…Un très bon King (notre note : 8,3/10).

à voir aussi :

Mr Mercedes, série télévisée tirée du livre.

Carnets noirs et Fin de ronde, suites de Mr Mercedes.


613.Haiku…art japonais méconnu.

La poésie…genre mal aimé de la littérature, il ne compte qu’un groupe restreint d’aficionado. Certes, il est vrai que l’on connait tous quelques poèmes par cœur, ayant du les mémoriser à l’école, mais peu d’entre nous lisent des recueils de poésies. Pourtant, il y a de véritables trésors qui n’attendent qu’à être découvert, permettant de se laisser bercer par la prose de leur auteur, interprétant le sens des mots, ressentant les émotions et sentiments que le poète a voulu exprimer.

Mais la poésie se décline en de nombreux sous-genre : parmi eux, il y a le Haiku, originaire du Japon. Cet art se fait dans la spontanéité, s’écrivant très rapidement (en un instant disent certains) : il se veut très court, composé de 3 vers et 17 syllabes dans la plupart des cas (5-7-5). L’idée est de faire un lien entre des images, de manière succincte sans les briser, dans la fluidité et la continuité. Il n’y a généralement pas de rime. Le but est d’exprimer une émotion, souvent de façon métaphorique en utilisant des images qu’on met en comparaison/ qu’on oppose/ qu’on relie…

Quelques exemples :

 » Rien ne dit

   Dans le chant de la Cigale

   Qu’elle est près de sa fin »

(Bashõ, poète japonais du 17e siècle)

 

« Le papillon bat des ailes

  Comme s’il désespérait

  De ce monde »

(Kobayashi Issa, poète japonais du 18e siècle)

 

« Tout a brûlé

 Heureusement, les fleurs

 Avaient achevé de fleurir »

(Ozaki Hosai, poète japonais du 20e siècle)


463.Interview fictive : le conte philosophique à travers « le vieux qui lisait des romans d’amour ».

 Personnages

: -La journaliste : Aïcha O.

- Les interviewés :- Rémy El Désiré : chroniqueur littéraire.

                                 - Georges Kram Dovchenko : chroniqueur littéraire.

Ouverture (orale) par Aïcha :

Aïcha : Bonjour et bienvenu à tous, ici Aïcha Oubostar en direct de Radio Géohistoire, en présence de deux invités, chacun étant chroniqueur littéraire. À mes côtés, monsieur Rémy El Désiré, venu tout droit d’Amazonie et le professeur Kram Dovchenko, prix Nobel de la paix en 1952.Tout deux sont venu aujourd’hui nous parler du roman de Luis Sepúlveda : ‘’Le Vieux qui lisait des romans d’amour’’, publié en 1992 et dont nous fêtons aujourd’hui le 23ème anniversaire de publication.

Questionnement :

Aïcha : -Pour ceux qui n’aurait pas lu le livre, comment nous raconteriez-vous le contenu de celui-ci ?

Georges : -Par mes extraordinaires talents de conteurs. ‘’Le vieux qui lisait des romans d’amours’’ suit les aventures de Antonio José Bolivar, vieil homme sur le déclin vivant dans le village d’El Idilio sur les berges d’un affluent du fleuve Amazone qui n’a pourtant rien d’idyllique. Un jour, un homme blanc est retrouvé mort et les Shuars, peuple d’indigènes sont accusés de son meurtre. Mais pour José Bolivar, qui a vécu longtemps avec eux, il n’y a aucun doute, il s’agit là de l’œuvre d’un félin.

Rémy : -Il part alors dans les profondeurs de la jungle avec une équipe mais c’est pourtant seul qu’il traquera la bête. Ce sera une véritable chasse à l’homme, devenant même une affaire personnelle. Un peu comme le capitaine Achab dans le roman ’’Moby Dick’’.

Aïcha : – Et donc, j’en viens à la question suivante : qu’avez-vous pensé du livre ? (elle désigne Rémy du doigt).Hum,…Rémy ?

Rémy : -Je l’ai trouvé très intéressant, vraiment culturel. Le cadre de l’histoire dans la forêt amazonienne est un thème très audacieux qui nous prend au vif.

Aïcha : -Mais tout à fait. D’ailleurs, ici, l’auteur, monsieur Sepúlveda s’est montré plus écologique.

Georges : – Il décrit ce monde vert dans lequel ses habitants, les Shuars vivent en symbiose avec la forêt. Un univers qui ne sera hélas plus ce monde.

Aïcha : -Parlons en justement du problème, qui est d’ailleurs toujours d’actualité.

Rémy : -C’est à cause de la mondialisation, cet être horrible et monstrueux qu’est l’homme continue toujours de laisser sa trace, ici en détruisant l’Amazonie et ses peuples locaux.

Georges : – Je suis tout à fait d’accord avec mon collègue. C’est l’homme qui démolit à coup de bulldozer l’Amazonie.

Aïcha : – Évidemment, c’est un problème dont l’ampleur nous dépasse tellement et devant lequel nous sommes totalement impuissants. Mais revenons à notre roman : certains évoque l’aspect philosophique de l’histoire tout en l’associant au conte. Alors, peut-on parler de conte philosophique ?

Rémy :-Bien sûr. D’abord il n’y a rien de plus poétique que le titre lui-même. ’’Le vieux qui lisait des romans d’amour’’.Ensuite, le héros que l’on nomme « le vieux » un peu comme Charles Perrault dans « le petit chaperon rouge » en référence à une caractéristique physique. Et enfin, Bolivar, personnage central du livre accomplit un exploit extraordinaire : il tue un fauve, une bête terrifiante, pleines de noblesses. C’est clairement un conte.

Georges : – Exactement ! Et je dirais même plus : un conte philosophique. Cela n’a l’air de rien mais ce livre donne matière à réfléchir. Le vieux Bolivar, sur le déclin, traque le fauve mais se traque lui-même en fait : lui qui lisait des romans d’amours sort de ses bouquins pour se replonger dans sa propre vie. Il déteste l’Amazonie à cause de ce qu’elle lui a fait à lui et à sa femme, et pourtant ne peut s’empêcher de l’aimer. C’est assez paradoxal.

Rémy : -Il y a aussi le fait qu’il lit des romans d’amours. Pas l’amour ‘’olé, olé’’ mais l’autre amour. Celui qui fait souffrir. Et que dans ces romans il découvre un monde qu’il ne connaît pas : notre monde, le civilisé. Lui qui a passé tellement de temps chez les Shuars en a presque oublié sa culture.

Aïcha : -En effet. Il y quand même quelque chose d’étonnant. Un moment, je cite un passage du livre, on dit qu’ « il était comme eux mais qu’il n’était pas des leurs » en parlant des Shuars et du vieux.

Georges : – Bolivar est un personnage à part : il n’est ni totalement civilisé ni totalement primitif. Il est indécis, conserve les traditions mais cède à la modernité. Je dirais qu’il évolue, qu’il apprend la vie.

Aïcha : -En plus, et c’est là une caractéristique essentielle du conte philosophique : c’est un prétexte à une critique de notre monde contemporain.

Georges :-C’est vrai. Ici l’auteur défend la lutte contre la déforestation. D’ailleurs ce n’est pas pour rien qu’il est dédié à Chico Mendes, figure du mouvement écologique universel

Rémy : – Vous savez ce que signifie le mot : philosophie ? Cela veut dire « amour de la connaissance » et lorsque le héros lit, où plutôt s’évade de notre monde triste et cruel, il se cultive, apprend des choses. C’est pareil pour nous lorsque nous découvrons ce petit chef-d’œuvre qu’est ’’le vieux qui lisait des romans d’amour ‘’.

Aïcha : -Lorsque vous comparez ce conte à la situation d’aujourd’hui en Amazonie, ce livre vous apparaît-t-il pertinent ?

Rémy : -Bien entendu ! Nous pouvons voir dans le récit que l’auteur s’est bien informé notamment par ses descriptions précises de cet univers troublé par l’homme.

Georges : – Et d’ailleurs, il est indiqué clairement à la fin que des chercheurs d’ors, braconniers et autres chasseurs souillent la virginité de l’Amazonie.

Aïcha : -Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Remercions chaleureusement nos deux invités qui nous ont honoré par leur présence dans nos studios. On n’espère les revoir très bientôt. À demain où nous intervieweront le politicien Bart De Wever.


426.Parlons un peu de Shakespeare…

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(image issue de : http://bloggingshakespeare.com/doing-something-about-hamlet)

    Quand on demande aux anglais de citer ce qui illustre pour eux le mieux le fleuron de leur littérature, ils citent spontanément 2 noms : Charles Dickens et William Shakespeare.Les deux sont mondialement connus mais se sont illustrés dans des genres totalement différents…le premier pour ses romans d’éducation (où l’on suit un protagoniste écarté de sa famille, devant faire face aux aléas de la vie, face à l’ordre, évoluant et devenant un être mature et qui réintègre la société avec un socle solide ) et le second pour ses pièces de théâtres.1e différence.Ensuite, ils ont vécu  à 3 siècle d’écarts : Shakespeare au 16e siècle et Dickens au 19e et on côtoyé deux reines d’Angleterre :  Elisabeth Ie pour le premier et Victoria pour le second.2e différence.Enfin, et c’est là un point important : on n’est pas sur, contrairement à Dickens, que Shakespeare a vraiment existé…c’est un nain historique.On a plus de preuves de l’existence du Christ que de la sienne.Certains pensent que c’est peut être Francis Bacon qui aurait utilisé ce nom d’emprunt. 3e différence.

   Plantons donc le décor pour raconter ce que l’on sait de Shakespeare : il est né en 1564 et serait mort en 1616.Son père était gantier et dans un premier temps, il semblerait que le garçon ait choisi également de suivre cette voie même si cette profession lui rapporte peu.Il se marie en 1582, avec Anne Hathaway et dès 1585, on ne trouve plus la moindre trace du bonhomme…sauf en 1592, où dans un pamphlet, Robert Greene, qui deviendra son rival,  fait une critique négative de l’un de ses écrits.Il y a vraisemblablement eu un Shakespeare, mais quand à savoir si c’est à lui qu’il faut attribuer la paternité des pièces de théâtre qu’il aurait écrit, ça c’est une autre histoire.

   De son vivant, celui qu’on appela William Shakespeare n’aura presque rien publié : il écrit pour les gens, les spectateurs mais jamais pour des « lecteurs ».L’homme puise chez d’autres auteurs et est fort influencé par Christopher Marlowe, dont il adore le roman « Faust ».De Shakespeare, on peut retenir cet particularité de vouloir raconter à chaque fois la même histoire mais dans des façons différentes et en changeant le registre et le ton.L’homme aime la nature, qui sera l’un de ses thèmes familier (les animaux, les saisons illustrant le passage du temps) et la mythologie celtique (lutins, fées,…).Il joue beaucoup sur les contrastes (jour/nuit,…).Son oeuvre est pleine de lyrisme.

   Le théâtre fut son fief, son trône, son dada.Il a construit un empire, devant parfois affronter les foudres de la censure.Pour lui, grâce à cet art, il va pouvoir montrer le monde tel qu’il est, comme si on le voyait à travers un miroir.Il peut néanmoins le retoucher, l’ajuster à sa guise et dénoncer des choses.L’homme y aborde le combat, les dangers de la passion, la mélancolie ( le deuil d’Hamlet), l’exotisme (avec l’Amérique, le nouveau monde dans « la tempête » où il plante une guerre de culture entre Prospéro (mage) et Caliban (Indien) ) et bien entendu les retrouvailles après la séparation,…le tout avec des scènes incroyables et des héros complexes, à plusieurs personnalité (on pense à Hamlet).Ses personnages sont souvent des hommes, parce que à l’époque, les rôles féminins étaient joués par des hommes.On y croise des fantômes, des fées, des princes, des rois, des sorcières (symbole du mal et de la tentation) et des bouffons.

   Dans ce reflet de l’humanité, on retrouve des drames historiques (2 tétralogies : Henry IV, V, VI, Richard II et III et le roi Jean où il aborde à chaque fois le destin tragique des grands rois, entourés d’ennemis dans leur entourage), des comédies (« La Mégère apprivoisée », « La Nuit des Rois », « Beaucoup de bruit pour rien », « Les joyeuses commères de Windsor » où encore « Le songe d’une nuit d’été »),  des comédies plus sombres, plus acides où l’on retrouve beaucoup d’ironie et le mauvais côté de l’humanité ( « Antoine et Cléopâtre », « Mesure pour mesure »)des drames romanesques (« La tempête » et « Périclès ») et bien sur des tragédies (« Titus Andronicus », « Roméo et Juliette », inspirée du mythe de Pyrame et Thisbé,   »Macbeth » où il illustre la lutte du bien contre le mal, « Hamlet » et le thème de la vengeance, « Othello » et celui de la jalousie et bien sur « le roi Lear »).

   Shakespeare devint très riche et fut anobli et enfila même le costume parfois pour se retrouver sur le devant de la scène.Il mourut le jour de son anniversaire

 

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(image issue de : http://redilion.deviantart.com/art/Oberon-and-Titania-341046531)


425.The Ancient of days -William Blake.

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   Nous  avions déjà cité le nom de William Blake, grand peintre et poète britannique du 18e siècle lorsque l’on vous avait montré l’un de ces plus célèbre tableau,  « le grand dragon rouge et la femme aux habits de soleil » .Ici, c’est d’une autre de ses oeuvres dont il est question.Dans « The Ancient of days » , l’homme montre sa conception du transcendant, de Dieu.Celle d’un architecte de l’univers qu’il baptise « Urizen » et qui à l’apparence d’un vieillard barbu et sage.Dans ce tableau, on le voit brandissant un compas, illustrant son aptitude quasi-monopolistique à organiser notre univers.Ce symbole a été  reprit par la franc-maçonnerie. 

   William Blake a échafaudé une véritable mythologie (se basant sur Milton et son « paradis perdu ») et Urizen a évolué au cours du développement de l’histoire de celle-ci.Symbolisant d’abord la raison et opposé à Los (l’imagination). puis l’une des quatres parties de Dieu (l’un des Zoas), l’une des divisions de Albion (la figure divine originelle).Urizen devient ensuite la figure du Mal, le Satan, le Diable.

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 L’oeuvre de Blake témoigne surtout de son attrait pour la Bible et de son romantisme.Il a fait des oeuvres au caractère quasi-prophétique, 

 


418.L’intrépide soldat de plomb-Hans Christian Andersen.

Il y avait une fois vingt-cinq soldats de plomb, tous frères, car ils étaient nés d’une vieille cuiller de plomb. L’arme au bras, l’œil fixe, l’uniforme rouge et bleu, quelle fière mine ils avaient tous ! La première chose qu’ils entendirent en ce monde, quand fut enlevé le couvercle de la boîte qui les renfermait, ce fut ce cri : “ Des soldats de plomb ! ” que poussait un petit garçon en battant des mains. On les lui avait donnés en cadeau pour sa fête, et il s’amusait à les ranger sur la table. Tous les soldats se ressemblaient parfaitement, à l’exception d’un seul, qui n’avait qu’une jambe : on l’avait jeté dans le moule le dernier, et il ne restait pas assez de plomb. Cependant il se tenait aussi ferme sur cette jambe que les autres sur deux, et c’est lui précisément qu’il nous importe de connaître.

Sur la table où étaient rangés nos soldats, il se trouvait beaucoup d’autres joujoux ; mais ce qu’il y avait de plus curieux, c’était un charmant château de papier. À travers les petites fenêtres, on pouvait voir jusque dans les salons. Au dehors se dressaient de petits arbres autour d’un petit miroir imitant un petit lac ; des cygnes en cire y nageaient et s’y réflétaient. Tout cela était bien gentil ; mais ce qu’il y avait de bien plus gentil encore, c’était une petite demoiselle debout à la porte ouverte du château. Elle aussi était de papier ; mais elle portait un jupon de linon transparent et très-léger, et au-dessus de l’épaule, en guise d’écharpe, un petit ruban bleu, étroit, au milieu duquel étincelait une paillette aussi grande que sa figure. La petite demoiselle tenait ses deux bras étendus, car c’était une danseuse, et elle levait une jambe si haut dans l’air, que le petit soldat de plomb ne put la découvrir, et s’imagina que la demoiselle n’avait comme lui qu’une jambe.

« Voilà une femme qui me conviendrait, pensa-t-il, mais elle est trop grande dame. Elle habite un château, moi une boîte, en compagnie de vingt-quatre camarades, et je n’y trouverais pas même une place pour elle. Cependant il faut que je fasse sa connaissance. »

Et, ce disant, il s’étendit derrière une tabatière. Là, il pouvait à son aise regarder l’élégante petite dame, qui toujours se tenait sur une jambe, sans perdre l’équilibre.

Le soir, tous les autres soldats furent remis dans leur boîte, et les gens de la maison allèrent se coucher. Aussitôt les joujoux commencèrent à s’amuser tout seuls : d’abord ils jouèrent à colin-maillard, puis ils se firent la guerre, enfin ils donnèrent un bal. Les soldats de plomb s’agitaient dans leur boîte, car ils auraient bien voulu en être ; mais comment soulever le couvercle ? Le casse-noisette fit des culbutes, et le crayon traça mille folies sur son ardoise. Le bruit devint si fort que le serin se réveilla et se mit à chanter. Les seuls qui ne bougeassent pas étaient le soldat de plomb et la petite danseuse. Elle se tenait toujours sur la pointe du pied, les bras étendus ; lui intrépidement sur son unique jambe, et sans cesser de l’épier.

Minuit sonna, et crac ! voilà le couvercle de la tabatière qui saute ; mais, au lieu de tabac, il y avait un petit sorcier noir. C’était un jouet à surprise.

« Soldat de plomb, dit le sorcier, tâche de porter ailleurs tes regards ! »

Mais le soldat fit semblant de ne pas entendre.

« Attends jusqu’à demain, et tu verras ! » reprit le sorcier.

Le lendemain, lorsque les enfants furent levés, ils placèrent le soldat de plomb sur la fenêtre ; mais tout à coup, enlevé par le sorcier ou par le vent, il s’envola du troisième étage, et tomba la tête la première sur le pavé. Quelle terrible chute ! Il se trouva la jambe en l’air, tout son corps portant son shako, et la baïonnette enfoncée entre deux pavés.

La servante et le petit garçon descendirent pour le chercher, mais ils faillirent l’écraser sans le voir. Si le soldat eût crié : « Prenez garde ! » ils l’auraient bien trouvé ; mais il jugea que ce serait déshonorer l’uniforme.

La pluie commença à tomber, les gouttes se suivirent bientôt sans intervalle ; ce fut alors un vrai déluge. Après l’orage, deux gamins vinrent à passer :

« Ohé ! dit l’un, par ici ! Voilà un soldat de plomb, faisons-le naviguer. »

Ils construisirent un bateau avec un vieux journal, mirent dedans le soldat de plomb, et lui firent descendre le ruisseau. Les deux gamins couraient à côté et battaient des mains. Quels flots, grand Dieu ! dans ce ruisseau ! Que le courant y était fort ! Mais aussi il avait plu à verse. Le bateau de papier était étrangement balloté, mais, malgré tout ce fracas, le soldat de plomb restait impassible, le regard fixe et l’arme au bras.

Tout à coup le bateau fut poussé dans un petit canal où il faisait aussi noir que dans la boîte aux soldats.

« Où vais-je maintenant ? pensa-t-il. Oui, oui, c’est le sorcier qui me fait tout ce mal. Cependant si la petite demoiselle était dans le bateau avec moi, l’obscurité fût-elle deux fois plus profonde, cela ne me ferait rien. »

Vignette de Bertall

Bientôt un gros rat d’eau se présenta ; c’était un habitant du canal :

« Voyons ton passe-port, ton passe-port ! »

Mais le soldat de plomb garda le silence et serra son fusil. La barque continua sa route, et le rat la poursuivit. Ouf ! il grinçait des dents, et criait aux pailles et aux petits bâtons : « Arrêtez-le, arrêtez-le ! il n’a pas payé son droit de passage, il n’a pas montré son passe-port. »

Mais le courant devenait plus fort, toujours plus fort ; déjà le soldat apercevait le jour, mais il entendait en même temps un murmure capable d’effrayer l’homme le plus intrépide. Il y avait au bout du canal une chute d’eau, aussi dangereuse pour lui que l’est pour nous une cataracte. Il en était déjà si près qu’il ne pouvait plus s’arrêter. La barque s’y lança : le pauvre soldat s’y tenait aussi roide que possible, et personne n’eût osé dire qu’il clignait seulement des yeux. La barque, après avoir tournoyé plusieurs fois sur elle-même, s’était remplie d’eau ; elle allait s’engloutir. L’eau montait jusqu’au cou du soldat, la barque s’enfonçait de plus en plus. Le papier se déplia, et l’eau se referma tout à coup sur la tête de notre homme. Alors il pensa à la gentille petite danseuse qu’il ne reverrait jamais, et crut entendre une voix qui chantait :

Soldat, le péril est grand ;
Voici la mort qui t’attend !

Le papier se déchira, et le soldat passa au travers. Au même instant il fut dévoré par un grand poisson.

C’est alors qu’il faisait noir pour le malheureux ! C’était pis encore que dans le canal. Et puis comme il y était serré ! Mais toujours intrépide, le soldat de plomb s’étendit de tout son long, l’arme au bras.

Le poisson s’agitait en tous sens et faisait d’affreux mouvements ; enfin il s’arrêta, et un éclair parut le transpercer. Le jour se laissa voir, et quelqu’un s’écria : « Un soldat de plomb ! » Le poisson avait été pris, exposé au marché, vendu, porté dans la cuisine, et la cuisinière l’avait ouvert avec un grand couteau. Elle prit avec deux

Vignette de Bertall

doigts le soldat de plomb par le milieu du corps, et l’apporta dans la chambre, où tout le monde voulut contempler cet homme remarquable qui avait voyagé dans le ventre d’un poisson. Cependant le soldat n’en était pas fier. On le plaça sur la table, et là — comme il arrive parfois des choses bizarres dans le monde ! — il se trouva dans la même chambre d’où il était tombé par la fenêtre. Il reconnut les enfants et les jouets qui étaient sur la table, le charmant château avec la gentille petite danseuse ; elle tenait toujours une jambe en l’air, elle aussi était intrépide. Le soldat de plomb fut tellement touché qu’il aurait voulu pleurer du plomb, mais cela n’était pas convenable. Il la regarda, elle le regarda aussi, mais ils ne se dirent pas un mot.

Tout à coup un petit garçon le prit, et le jeta au feu sans la moindre raison ; c’était sans doute le sorcier de la tabatière qui en était la cause.

Le soldat de plomb était là debout, éclairé d’une vive lumière, éprouvant une chaleur horrible. Toutes ses couleurs avaient disparu ; personne ne pouvait dire si c’étaient les suites du voyage ou le chagrin. Il regardait toujours la petite demoiselle, et elle aussi le regardait. Il se sentait fondre ; mais, toujours intrépide, il tenait l’arme au bras. Soudain s’ouvrit une porte, le vent enleva la danseuse, et, pareille à une sylphide, elle vola sur le feu près du soldat, et disparut en flammes. Le soldat de plomb était devenu une petite masse.

Le lendemain, lorsque la servante vint enlever les cendres, elle trouva un objet qui avait la forme d’un petit cœur de plomb ; tout ce qui était resté de la danseuse, c’était une paillette, que le feu avait rendue toute noire.


417.Le coffre volant-Hans Christian Andersen.

Il était une fois un marchand si riche, qu’il aurait pu paver toute une grande rue et encore une petite de pièces d’argent ; mais il avait bien garde de le faire ; il savait mieux employer sa richesse. Il ne dépensait un sou qu’avec la certitude de gagner un écu. C’était un marchand bien habile et tel il mourut.

Son fils hérita de tout cet argent ; il mena joyeuse vie, alla tous les soirs au bal masqué, fit des cerfs-volants avec des billets de banque, et s’amusa à faire des ronds dans l’eau en y jetant des pièces d’or, comme un autre des cailloux. De cette manière, il ne faut pas s’étonner s’il vint à bout de ses trésors, et s’il finit par n’avoir pour toute fortune que quatre sous ; pour garde-robe qu’une paire de pantoufles et une vieille robe de chambre. Tous ses amis, ne pouvant plus se montrer dans la rue avec lui, l’abandonnèrent à la fois ; un d’eux néanmoins eut la bonté de lui envoyer un vieux coffre avec ces mots : « Fais ton paquet. » Certes le conseil était bon ; mais, comme le pauvre garçon n’avait rien à emballer, il se mit lui-même dans le coffre.

Ce coffre était bien bizarre : en pressant la serrure, il s’enlevait dans les airs comme un oiseau.

Le fils du marchand, dès qu’il eut connaissance de cette propriété merveilleuse, s’envola par la cheminée vers les nuages, et alla toujours devant lui. Le coffre craquait ; il eut peur qu’il ne se brisât en deux et ne lui fît faire un saut terrible. Cependant il arriva sain et sauf dans le pays des Turcs.

Après avoir caché son équipage dans la forêt, sous les feuilles sèches, il se rendit à la ville, où son arrivée n’étonna personne, vu que tous les Turcs marchaient comme lui, en robe de chambre et en pantoufles. En parcourant les rues, il rencontra une nourrice et un petit enfant.

« Nourrice turque, demanda-t-il, quel est ce grand château, près de la ville, dont les fenêtres sont si hautes ?

— C’est la demeure de la fille du roi, répondit la nourrice. On lui a prédit que son fiancé la rendra bien malheureuse ; c’est pourquoi personne ne peut l’approcher qu’en présence du roi et de la reine.

— Merci ! » dit le fils du marchand. Puis il retourna dans la forêt, se plaça dans le coffre et prit son vol. Bientôt il arriva sur le toit du château, et se glissa par la fenêtre dans la chambre de la princesse.

La princesse sommeillait sur un sofa ; sa beauté était si grande que notre homme ne put s’empêcher de l’embrasser. Elle se réveilla tout effrayée, mais il lui affirma qu’il était le dieu des Turcs, descendu du ciel en sa faveur. Cette déclaration la rassura aussitôt.

Assis près d’elle, il commença à lui raconter des histoires merveilleuses : celle du petit Rossignol, de la petite Sirène, de la Reine de la neige et de la mère Gigogne.

La princesse était enchantée de tous ces beaux contes, et elle lui promit de ne pas prendre d’autre mari que lui.

« Revenez samedi prochain, dit-elle. J’ai invité le roi et la reine à un thé ; ils seront fiers de me faire épouser le dieu des Turcs. Mais ayez soin surtout de leur raconter quelques belles aventures. Ma mère aime le genre moral et sérieux ; mon père, lui, préfère ce qui est joyeux et plaisant.

— Soyez tranquille ! ma corbeille de noces ne sera remplie que d’aventures. »

Ils se séparèrent ; et la princesse lui fit cadeau d’un sabre incrusté de pièces d’or, qui certes lui arrivaient à propos.

Il courut s’acheter une nouvelle robe de chambre, puis il s’assit dans la forêt pour inventer quelque histoire. D’abord, il éprouva beaucoup de difficultés, car ce n’est pas chose facile que de faire des contes ; mais enfin il réussit, et le samedi suivant il était prêt.

Le roi, la reine et toute la cour étaient venus prendre le thé chez la princesse ; le fils du marchand y fut reçu avec la plus grande amabilité.

« Veuillez nous raconter quelque aventure, dit la reine ; quelque chose de sensé et d’instructif.

— Ou quelque chose qui fasse rire, ajouta le roi.

— Avec plaisir, » répondit le jeune homme.

Et il raconta ce que vous allez entendre.

« Il y avait un jour un paquet d’allumettes extrêmement fières de leur haute naissance. Leur souche, c’est-à-dire le grand sapin dont chacune d’elles représentait un fragment, avait été jadis un des arbres les plus considérables de la forêt. Les allumettes étaient placées dans la cuisine, entre un briquet et un vieux pot de fer, à qui elles racontaient l’histoire de leur enfance. « Oui, disaient-elles, lorsque nous étions une branche verte, nous étions heureuses comme au paradis. Tous les matins et tous les soirs, on nous servait du thé de diamant ; c’était la rosée. Toute la journée nous avions le soleil, lorsque le soleil brillait, et les petits oiseaux nous chantaient des histoires. Aussi nous étions bien riches, car les autres arbres ne portaient de vêtements que dans l’été ; mais notre famille avait les moyens de nous donner des habits verts, en hiver comme en été. Vint une grande révolution, et notre famille fut dispersée par les bûcherons. Notre souche obtint une place de grand mât sur un magnifique vaisseau capable de faire le tour du monde ; d’autres branches obtinrent d’autres emplois, et notre partage fut celui d’éclairer la multitude. C’est ainsi que, malgré notre origine distinguée, nous nous trouvons dans la cuisine.

— Quant à moi, dit le pot de fer, mon sort est tout différent. Dès que je suis venu au monde, on n’a fait que m’écurer, me mettre sur le feu et m’en ôter. Je suis de la plus haute importance dans la maison, et je ne donne que dans le solide. Mon seul plaisir consiste, après le dîner, à reprendre, propre et luisant, ma place sur la planche, et à causer sérieusement avec mes camarades. Malheureusement, nous sommes toujours claquemurés ici, à l’exception du seau d’eau, qui quelquefois descend dans la cour. Il est vrai que le panier du marché nous apporte les nouvelles du dehors, mais il parle avec trop d’exaltation du gouvernement et du peuple. Aussi avant-hier un vieux pot en a été tellement bouleversé, qu’il est tombé par terre et s’est brisé. Si je ne me trompe, le panier, avec ses idées trop avancées, appartient à l’opposition.

— Tu parles trop ! » répliqua le briquet ; et l’acier, se heurtant contre le caillou, en fit jaillir des étincelles. « Tâchons de nous amuser un peu, ce soir.

— Oui, reprirent les allumettes, causons, et décidons quel est le plus noble de nous tous.

— Je n’aime pas à m’entretenir de moi-même, observa le pot de terre. Il nous reste d’autres sujets de conversation. Je commencerai par raconter l’histoire de ma vie, puis chacun en fera autant. Rien n’est plus divertissant. Or donc, sur les bords de la Baltique, non loin des superbes forêts de hêtres qui couvrent le sol de notre chère patrie, le vieux Danemark….

— À la bonne heure ! voilà un beau commencement, s’écrièrent les assiettes ; voilà une histoire qui promet !

— Là, continua le pot de terre, j’ai passé ma jeunesse dans une famille paisible. Les meubles y étaient frottés tous les quinze jours, le plancher lavé, et les rideaux nettoyés.

— Que vous avez une manière intéressante de raconter ! dit le balai ; on dirait une bonne femme de ménage qui parle, tellement tout cela respire la propreté.

— Certainement, » appuya le seau ; et, transporté de joie, il fit un petit bond ; une partie de son eau tomba bruyamment à terre.

Et le pot continua son récit, dont la fin était aussi belle que le commencement.

Toutes les assiettes s’agitèrent joyeusement, et le balai prit quelques brins de persil pour couronner le pot. Certes, cette distinction dut vexer les autres, mais ils pensèrent : « Si je le couronne aujourd’hui, il me couronnera demain. »

« Dansons ! » dirent les pincettes ; et elles se mirent à danser. C’était curieux à voir, comme elles savaient lever une jambe en l’air ! La vieille couverture de la chaise creva de rire en les regardant.

« Nous demandons à être aussi couronnées, dirent les pincettes ; et on les couronna.

« Quel genre ! » pensaient les allumettes.

« Ensuite la théière fut priée de chanter, mais elle prétexta un refroidissement. C’était pur orgueil, car elle se faisait toujours entendre quand il y avait du monde au salon.

« Sur la fenêtre était une vieille plume d’oie dont la domestique se servait pour écrire. Cette plume n’avait rien de remarquable, si ce n’est qu’on l’avait trop enfoncée dans l’encrier. Du reste, elle en était fière.

« Si la théière ne veut pas chanter, dit-elle, nous nous en passerons. Dehors, dans la cage, il y a le rossignol qui chantera sans se faire prier, quoiqu’il n’ait rien appris. Nous serons indulgents ce soir.

— Cette proposition me paraît assez inconvenante, » répondit la bouilloire, sœur de la théière, et chanteuse ordinaire de la cuisine ; « pourquoi admettre parmi nous un oiseau étranger ? Ce n’est guère patriotique. J’en fais juge le panier du marché.

— Franchement parlant, répliqua le panier, je suis profondément vexé de passer ma soirée de la sorte. Il vaudrait bien mieux, ce me semble mettre l’ordre partout ; chacun resterait à sa place, et je dirigerais les divertissements. Vous verriez bien autre chose.

— Non, laissez-nous faire du tapage ! » dirent tous les ustensiles.

« Mais en ce moment la porte s’ouvrit. C’était la servante ; personne ne bougea plus, personne ne souffla mot. Cependant il n’y avait pas parmi eux de pot si mince qu’il ne se crût très-capable, et d’une origine très-distinguée.

« Oui, pensait chacun d’eux, si on avait voulu me laisser faire, nous nous serions autrement amusés ce soir. »

« La bonne prit les allumettes pour allumer son feu. Ciel ! comme elles craquèrent et s’enflammèrent avec fracas !

« Maintenant, se disaient-elles, tout le monde est obligé de reconnaître notre splendeur ! Quelle lumière ! quelle… » Et ce n’était plus qu’un peu de cendre.

— Voilà une aventure charmante ! dit la reine ; tout à l’heure je me croyais transportée au milieu de la cuisine, près des allumettes. Aussi vous épouserez notre fille.

— Oui, certes ! ajouta le roi, tu auras notre fille pour femme, et à lundi la noce. »

En le tutoyant, on regardait déjà le fils du marchand comme membre de la famille.

La veille de la noce, toute la ville fut illuminée. On jeta dans toutes les rues des brioches et des macarons ; les gamins grimpaient sur les arbres criaient : hourra ! et sifflaient entre leurs doigts C’était vraiment un spectacle magnifique.

« Maintenant, se dit le fils du marchand, il faut que moi aussi de mon côté je fasse quelque chose. »

Vignette de Bertall

Il acheta une quantité de fusées volantes, de pétards, toutes les pièces d’un beau feu d’artifice, puis il les mit dans son coffre, et s’éleva dans les airs.

Routch ! ritch ! routch ! quelle détonation ! quel éclat ! et combien de couleurs !

À cette vue, tous les Turcs se mirent à sauter de joie, si bien que leurs pantoufles volaient jusqu’à leurs oreilles. Jamais ils n’avaient vu un pareil phénomène. Maintenant ils étaient bien convaincus que c’était leur dieu en personne qui allait épouser la princesse.

Revenu dans la forêt, le fils du marchand se dit : « Il faut que j’aille dans la ville, pour apprendre l’effet qu’a produit mon feu d’artifice. » Ce désir était bien naturel.

Que de choses singulières on lui en raconta ! chacun l’avait vu d’une manière différente, mais tous en étaient enchantés.

« J’ai vu le dieu des Turcs, disait l’un ; il avait les yeux brillants comme des étoiles, et une barbe semblable à l’écume des vagues.

— Il s’est envolé sur un manteau de feu, disait l’autre ; et dans les plis du manteau de jolis petits anges voltigeaient. »

Le jeune homme entendit encore plus d’une belle chose ce soir-là, la veille de sa noce. Enfin il retourna dans la forêt pour se placer dans son coffre ; mais nulle part il ne l’aperçut. Le coffre avait été brûlé, brûlé par une étincelle de feu d’ artifice. Il n’en restait qu’un peu de cendre. Le pauvre garçon ne pouvait plus s’envoler ni revoir sa fiancée.

Elle l’attendit sur le toit toute la journée ; elle l’attend encore. Lui cependant parcourt le monde en racontant des aventures ; mais aucune d’elles n’est aussi joyeuse que celle des allumettes.


416.Le coeur révélateur-Edgar Poe.

Vrai ! — je suis très nerveux, épouvantablement nerveux, je l’ai toujours été ; mais pourquoi prétendez-vous que je suis fou ? La maladie a aiguisé mes sens, — elle ne les a pas détruits, — elle ne les a pas émoussés. Plus que tous les autres, j’avais le sens de l’ouïe très fin. J’ai entendu toutes choses du ciel et de la terre. J’ai entendu bien des choses de l’enfer. Comment donc suis-je fou ? Attention ! Et observez avec quelle santé, — avec quel calme je puis vous raconter toute l’histoire.

Il est impossible de dire comment l’idée entra primitivement dans ma cervelle ; mais, une fois conçue, elle me hanta nuit et jour. D’objet, il n’y en avait pas. La passion n’y était pour rien. J’aimais le vieux bonhomme. Il ne m’avait jamais fait de mal. Il ne m’avait jamais insulté. De son or je n’avais aucune envie. Je crois que c’était son œil ! Oui, c’était cela ! Un de ses yeux ressemblait à celui d’un vautour, — un œil bleu pâle, avec une taie dessus. Chaque fois que cet œil tombait sur moi, mon sang se glaçait ; et ainsi, lentement, — par degrés, — je me mis en tête d’arracher la vie du vieillard, et par ce moyen de me délivrer de l’œil à tout jamais. 

Maintenant, voici le hic ! Vous me croyez fou. Les fous ne savent rien de rien. Mais si vous m’aviez vu ! Si vous aviez vu avec quelle sagesse je procédai ! — avec quelle précaution, — avec quelle prévoyance, — avec quelle dissimulation je me mis à l’œuvre ! Je ne fus jamais plus aimable pour le vieux que pendant la semaine entière qui précéda le meurtre. Et, chaque nuit, vers minuit, je tournais le loquet de sa porte, et je l’ouvrais, — oh ! si doucement ! Et alors, quand je l’avais suffisamment entrebâillée pour ma tête, j’introduisais une lanterne sourde, bien fermée, bien fermée, ne laissant filtrer aucune lumière ; puis je passais la tête. Oh ! vous auriez ri de voir avec quelle adresse je passais ma tête ! Je la mouvais lentement, — très, très lentement, — de manière à ne pas troubler le sommeil du vieillard. Il me fallait bien une heure pour introduire toute ma tête à travers l’ouverture, assez avant pour le voir couché sur son lit. Ah ! un fou aurait-il été aussi prudent ? — Et alors, quand ma tête était bien dans la chambre, j’ouvrais la lanterne avec précaution, — oh ! avec quelle précaution, avec quelle précaution ! — car la charnière criait. — Je l’ouvrais juste assez pour qu’un filet imperceptible de lumière tombât sur l’œil de vautour. Et cela, je l’ai fait pendant sept longues nuits, — chaque nuit juste à minuit : — mais je trouvai toujours l’œil fermé ; et ainsi il me fut impossible d’accomplir l’œuvre ; car ce n’était pas le vieux homme qui me vexait, mais son mauvais œil. Et, chaque matin, quand le jour paraissait, j’entrais hardiment dans sa chambre, je lui parlais courageusement, l’appelant par son nom d’un ton cordial et m’informant comment il avait passé la nuit. Ainsi, vous voyez qu’il eût été un vieillard bien profond, en vérité, s’il avait soupçonné que, chaque nuit, juste à minuit, je l’examinais pendant son sommeil.

La huitième nuit, je mis encore plus de précaution à ouvrir la porte. La petite aiguille d’une montre se meut plus vite que ne faisait ma main. Jamais, avant cette nuit, je n’avais senti toute l’étendue de mes facultés, — de ma sagacité. Je pouvais à peine contenir mes sensations de triomphe. Penser que j’étais là, ouvrant la porte, petit à petit, et qu’il ne rêvait même pas de mes actions ou de mes pensées secrètes ! À cette idée, je lâchai un petit rire ; et peut-être m’entendit-il ; car il remua soudainement sur son lit, comme s’il se réveillait. Maintenant, vous croyez peut-être que je me retirai, — mais non. Sa chambre était aussi noire que de la poix, tant les ténèbres étaient épaisses, — car les volets étaient soigneusement fermés, de crainte des voleurs, — et, sachant qu’il ne pouvait pas voir l’entre-bâillement de la porte, je continuai à la pousser davantage, toujours davantage.

J’avais passé ma tête, et j’étais au moment d’ouvrir la lanterne, quand mon pouce glissa sur la fermeture de fer-blanc, et le vieux homme se dressa sur son lit, criant : « Qui est là ? »

Je restai complètement immobile et ne dis rien. Pendant une heure entière, je ne remuai pas un muscle, et pendant tout ce temps je ne l’entendis pas se recoucher. Il était toujours sur son séant, aux écoutes ; — juste comme j’avais fait pendant des nuits entières, écoutant les horloges-de-mort dans le mur.

Mais voilà que j’entendis un faible gémissement, et je reconnus que c’était le gémissement d’une terreur mortelle. Ce n’était pas un gémissement de douleur ou de chagrin ; — oh ! non, — c’était le bruit sourd et étouffé qui s’élève du fond d’une âme surchargée d’effroi. Je connaissais bien ce bruit. Bien des nuits, à minuit juste, pendant que le monde entier dormait, il avait jailli de mon propre sein, creusant avec son terrible écho les terreurs qui me travaillaient. Je dis que je le connaissais bien. Je savais ce qu’éprouvait le vieux homme, et j’avais pitié de lui, quoique j’eusse le rire dans le cœur. Je savais qu’il était resté éveillé, depuis le premier petit bruit, quand il s’était retourné dans son lit. Ses craintes avaient toujours été grossissant. Il avait tâché de se persuader qu’elles étaient sans cause, mais il n’avait pas pu. Il s’était dit à lui-même : « Ce n’est rien, que le vent dans la cheminée ; — ce n’est qu’une souris qui traverse le parquet ; » ou : « C’est simplement un grillon qui a poussé son cri. » Oui, il s’est efforcé de se fortifier avec ces hypothèses ; mais tout cela a été vain. Tout a été vain, parce que la Mort qui s’approchait avait passé devant lui avec sa grande ombre noire, et qu’elle avait ainsi enveloppé sa victime. Et c’était l’influence funèbre de l’ombre inaperçue qui lui faisait sentir, — quoiqu’il ne vît et n’entendît rien, — qui lui faisait sentir la présence de ma tête dans la chambre.

Quand j’eus attendu un long temps, très patiemment, sans l’entendre se recoucher, je me résolus à entr’ouvrir un peu la lanterne, mais si peu, si peu que rien. Je l’ouvris donc, — si furtivement, si furtivement, que vous ne sauriez l’imaginer, — jusqu’à ce qu’enfin un seul rayon pâle, comme un fil d’araignée, s’élançât de la fente et s’abattît sur l’œil de vautour.

Il était ouvert, — tout grand ouvert, et j’entrai en fureur aussitôt que je l’eus regardé. Je le vis avec une parfaite netteté, — tout entier d’un bleu terne et recouvert d’un voile hideux qui glaçait la moelle dans mes os ; mais je ne pouvais voir que cela de la face ou de la personne du vieillard ; car j’avais dirigé le rayon, comme par instinct, précisément sur la place maudite.

Et maintenant, ne vous ai-je pas dit que ce que vous preniez pour de la folie n’est qu’une hyperacuité des sens ? — Maintenant, je vous le dis, un bruit sourd, étouffé, fréquent, vint à mes oreilles, semblable à celui que fait une montre enveloppée dans du coton. Ce son-là, je le reconnus bien aussi. — C’était le battement du cœur du vieux. Il accrut ma fureur, comme le battement du tambour exaspère le courage du soldat.

Mais je me contins encore, et je restai sans bouger. Je respirais à peine. Je tenais la lanterne immobile. Je m’appliquais à maintenir le rayon droit sur l’œil. En même temps, la charge infernale du cœur battait plus fort ; elle devenait de plus en plus précipitée, et à chaque instant de plus en plus haute. La terreur du vieillard devait être extrême ! Ce battement, dis-je, devenait de plus en plus fort à chaque minute ! — Me suivez-vous bien ? Je vous ai dit que j’étais nerveux ; je le suis, en effet. Et maintenant, au plein cœur de la nuit, parmi le silence redoutable de cette vieille maison, un si étrange bruit jeta en moi une terreur irrésistible. Pendant quelques minutes encore, je me contins et restai calme. Mais le battement devenait toujours plus fort, toujours plus fort ! Je croyais que le cœur allait crever. Et voilà qu’une nouvelle angoisse s’empara de moi : — le bruit pouvait être entendu par un voisin ! L’heure du vieillard était venue ! Avec un grand hurlement, j’ouvris brusquement la lanterne et m’élançai dans la chambre. Il ne poussa qu’un cri, — un seul. En un instant je le précipitai sur le parquet, et je renversai sur lui tout le poids écrasant du lit. Alors, je souris avec bonheur, voyant ma besogne fort avancée. Mais, pendant quelques minutes, le cœur battit avec un son voilé. Cela toutefois ne me tourmenta pas ; on ne pouvait l’entendre à travers le mur. À la longue, il cessa. Le vieux était mort. Je relevai le lit, et j’examinai le corps. Oui, il était roide, roide mort. Je plaçai ma main sur le cœur, et l’y maintins plusieurs minutes. Aucune pulsation. Il était roide mort. Son œil désormais ne me tourmenterait plus.

Si vous persistez à me croire fou, cette croyance s’évanouira quand je vous décrirai les sages précautions que j’employai pour dissimuler le cadavre. La nuit avançait, et je travaillai vivement, mais en silence. Je coupai la tête, puis les bras, puis les jambes.

Puis j’arrachai trois planches du parquet de la chambre, et je déposai le tout entre les voliges. Puis je replaçai les feuilles si habilement, si adroitement, qu’aucun œil humain — pas même le sien ! — n’aurait pu y découvrir quelque chose de louche. Il n’y avait rien à laver, — pas une souillure, — pas une tache de sang. J’avais été trop bien avisé pour cela. Un baquet avait tout absorbé, ah ! ah !

Quand j’eus fini tous ces travaux, il était quatre heures, — il faisait toujours aussi noir qu’à minuit. Pendant que le timbre sonnait l’heure, on frappa à la porte de la rue. Je descendis pour ouvrir avec un cœur léger, — car qu’avais-je à craindre maintenant ? Trois hommes entrèrent qui se présentèrent, avec une parfaite suavité, comme officiers de police. Un cri avait été entendu par un voisin pendant la nuit ; cela avait éveillé le soupçon de quelque mauvais coup : une dénonciation avait été transmise au bureau de police, et ces messieurs (les officiers) avaient été envoyés pour visiter les lieux.

Je souris, — car qu’avais-je à craindre ? Je souhaitai la bienvenue à ces gentlemen. — Le cri, dis-je, c’était moi qui l’avais poussé dans un rêve. Le vieux bonhomme, ajoutai-je, était en voyage dans le pays. Je promenai mes visiteurs par toute la maison. Je les invitai à chercher, et à bien chercher. À la fin, je les conduisis dans sa chambre. Je leur montrai ses trésors, en parfaite sûreté, parfaitement en ordre. Dans l’enthousiasme de ma confiance, j’apportai des sièges dans la chambre, et les priai de s’y reposer de leur fatigue, tandis que moi-même, avec la folle audace d’un triomphe parfait, j’installai ma propre chaise sur l’endroit même qui recouvrait le corps de la victime.

Les officiers étaient satisfaits. Mes manières les avaient convaincus. Je me sentais singulièrement à l’aise. Ils s’assirent, et ils causèrent de choses familières auxquelles je répondis gaiement. Mais, au bout de peu de temps, je sentis que je devenais pâle, et je souhaitai leur départ. Ma tête me faisait mal, et il me semblait que les oreilles me tintaient ; mais ils restaient toujours assis, et toujours ils causaient. Le tintement devint plus distinct ; — il persista et devint encore plus distinct ; je bavardai plus abondamment pour me débarrasser de cette sensation ; mais elle tint bon, et prit un caractère tout à fait décidé, tant qu’à la fin je découvris que le bruit n’était pas dans mes oreilles.

Sans doute je devins alors très pâle ; — mais je bavardais encore plus couramment et en haussant la voix. Le son augmentait toujours, — et que pouvais-je faire ? C’était un bruit sourd, étouffé, fréquent, ressemblant beaucoup à celui que ferait une montre enveloppée dans du coton. Je respirai laborieusement. — Les officiers n’entendaient pas encore. Je causai plus vite, avec plus de véhémence ; mais le bruit croissait incessamment. — Je me levai, et je disputai sur des niaiseries, dans un diapason très élevé et avec une violente gesticulation ; mais le bruit montait, montait toujours. — Pourquoi nevoulaient-ils pas s’en aller ? — J’arpentai çà et là le plancher lourdement et à grands pas, comme exaspéré par les observations de mes contradicteurs ; — mais le bruit croissait régulièrement. Ô Dieu ! que pouvais-je faire ? J’écumais, — je battais la campagne, — je jurais ! j’agitais la chaise sur laquelle j’étais assis, et je la faisais crier sur le parquet ; mais le bruit dominait toujours, et croissait indéfiniment. Il devenait plus fort, — plus fort ! — toujours plus fort ! Et toujours les hommes causaient, plaisantaient et souriaient. Était-il possible qu’ils n’entendissent pas ? Dieu tout-puissant ! — Non, non ! Ils entendaient ! — ils soupçonnaient ! — ils savaient, — ils se faisaient un amusement de mon effroi ! — je le crus, et je le crois encore. Mais n’importe quoi était plus tolérable que cette dérision ! Je ne pouvais pas supporter plus longtemps ces hypocrites sourires ! Je sentis qu’il fallait crier ou mourir ! — et maintenant encore, l’entendez-vous ? — écoutez ! plus haut ! — plus haut ! — toujours plus haut ! — toujours plus haut !

« Misérables ! — m’écriai-je, — ne dissimulez pas plus longtemps ! J’avoue la chose ! — arrachez ces planches ! c’est là ! c’est là ! — c’est le battement de son affreux cœur ! »


396.Les malheurs de Sophie-Chapitre 1 : la poupée de cire.

 « Ma bonne, ma bonne, dit un jour Sophie en accourant dans sa chambre, venez vite ouvrir une caisse que papa m’a envoyée de Paris ; je crois que c’est une poupée de cire, car il m’en a promis une.

La Bonne.

Où est la caisse ?

Sophie.

Dans l’antichambre : venez vite, ma bonne, je vous en supplie. »

La bonne posa son ouvrage et suivit Sophie à l’antichambre. Une caisse de bois blanc était posée sur une chaise ; la bonne l’ouvrit. Sophie aperçut la tête blonde et frisée d’une jolie poupée de cire ; elle poussa un cri de joie et voulut saisir la poupée, qui était encore couverte d’un papier d’emballage.

La Bonne.

Prenez garde ! ne tirez pas encore ; vous allez tout casser. La poupée tient par des cordons.

Sophie.

Cassez-les, arrachez-les ; vite, ma bonne, que j’aie ma poupée.

La bonne, au lieu de tirer et d’arracher, prit ses ciseaux, coupa les cordons, enleva les papiers, et Sophie put prendre la plus jolie poupée qu’elle eût jamais vue. Les joues étaient roses avec de petites fossettes ; les yeux bleus et brillants ; le cou, la poitrine, les bras en cire, charmants et potelés. La toilette était très simple : une robe de percale festonnée, une ceinture bleue, des bas de coton et des brodequins noirs en peau vernie.

Sophie l’embrassa plus de vingt fois, et, la tenant dans ses bras, elle se mit à sauter et à danser. Son cousin Paul, qui avait cinq ans, et qui était en visite chez Sophie, accourut aux cris de joie qu’elle poussait.

« Paul, regarde quelle jolie poupée m’a envoyée papa ! s’écria Sophie.

Paul.

Donne-la-moi, que je la voie mieux.

Sophie.

Non, tu la casserais.

Paul.

Je t’assure que j’y prendrai bien garde ; je te la rendrai tout de suite. »

Sophie donna la poupée à son cousin, en lui recommandant encore de prendre bien garde de la faire tomber. Paul la retourna, la regarda de tous les côtés, puis la remit à Sophie en secouant la tête.

Sophie.

Pourquoi secoues-tu la tête ?

Paul.

Parce que cette poupée n’est pas solide ; je crains que tu ne la casses.

Sophie.

Oh ! sois tranquille, je vais la soigner tant, tant que je ne la casserai jamais. Je vais demander à maman d’inviter Camille et Madeleine à déjeuner avec nous, pour leur faire voir ma jolie poupée.

Paul.

Elles te la casseront.

Sophie.

Non, elles sont trop bonnes pour me faire de la peine en cassant ma pauvre poupée.

Le lendemain, Sophie peigna et habilla sa poupée, parce que ses amies devaient venir. En l’habillant, elle la trouva pâle. « Peut-être, dit-elle, a-t-elle froid, ses pieds sont glacés. Je vais la mettre un peu au soleil pour que mes amies voient que j’en ai bien soin et que je la tiens bien chaudement. » Sophie alla porter la poupée au soleil sur la fenêtre du salon.

« Que fais-tu à la fenêtre, Sophie ? » lui demanda sa maman.

Sophie.

Je veux réchauffer ma poupée, maman ; elle a très froid.

La Maman.

Prends garde, tu vas la faire fondre.

Sophie.

Oh non ! maman, il n’y a pas de danger : elle est dure comme du bois.

La Maman.

Mais la chaleur la rendra molle ; il lui arrivera quelque malheur, je t’en préviens. »

Sophie ne voulut pas croire sa maman, elle mit la poupée étendue tout de son long au soleil, qui était brûlant.

Au même instant elle entendit le bruit d’une voiture : c’étaient ses amies qui arrivaient. Elle courut au-devant d’elles ; Paul les avait attendues sur le perron ; elles entrèrent au salon en courant et parlant toutes à la fois. Malgré leur impatience de voir la poupée, elles commencèrent par dire bonjour à Mme de Réan, maman de Sophie ; elles allèrent ensuite à Sophie, qui tenait sa poupée et la regardait d’un air consterné.

Madeleine, regardant la poupée.

La poupée est aveugle, elle n’a pas d’yeux.

Camille.

Quel dommage ! comme elle est jolie !

Madeleine.

Mais comment est-elle devenue aveugle ! Elle devait avoir des yeux.

Sophie ne disait rien ; elle regardait la poupée et pleurait.

Madame De Réan.

Je t’avais dit, Sophie, qu’il arriverait un malheur à ta poupée si tu t’obstinais à la mettre au soleil. Heureusement que la figure et les bras n’ont pas eu le temps de fondre. Voyons, ne pleure pas ; je suis très habile médecin, je pourrai peut-être lui rendre ses yeux.

Sophie, pleurant.

C’est impossible, maman, ils n’y sont plus.

Mme de Réan prit la poupée en souriant et la secoua un peu ; on entendit comme quelque chose qui roulait dans la tête. « Ce sont les yeux qui font le bruit que tu entends, dit Mme de Réan ; la cire a fondu autour des yeux, et ils sont tombés. Mais je tâcherai de les ravoir. Déshabillez la poupée, mes enfants, pendant que je préparerai mes instruments. »

Aussitôt Paul et les trois petites filles se précipitèrent sur la poupée pour la déshabiller. Sophie ne pleurait plus ; elle attendait avec impatience ce qui allait arriver.

La maman revint, prit ses ciseaux, détacha le corps cousu à la poitrine ; les yeux, qui étaient dans la tête, tombèrent sur ses genoux ; elle les prit avec des pinces, les replaça où ils devaient être, et, pour les empêcher de tomber encore, elle coula dans la tête, et sur la place où étaient les yeux, de la cire fondue qu’elle avait apportée dans une petite casserole ; elle attendit quelques instants que la cire fût refroidie, et puis elle recousit le corps à la tête.

Les petites n’avaient pas bougé. Sophie regardait avec crainte toutes ces opérations, elle avait peur que ce ne fût pas bien ; mais, quand elle vit sa poupée raccommodée et aussi jolie qu’auparavant, elle sauta au cou de sa maman et l’embrassa dix fois.

« Merci, ma chère maman, disait-elle, merci : une autre fois je vous écouterai, bien sûr. »

On rhabilla bien vite la poupée, on l’assit sur un petit fauteuil et on l’emmena promener en triomphe en chantant :

 

Vive maman !
De baisers je la mange.
Vive maman !
Elle est notre bon ange.

 

La poupée vécut très longtemps bien soignée, bien aimée ; mais petit à petit elle perdit ses charmes, voici comment.

Un jour, Sophie pensa qu’il était bon de laver les poupées, puisqu’on lavait les enfants ; elle prit de l’eau, une éponge, du savon, et se mit à débarbouiller sa poupée ; elle la débarbouilla si bien, qu’elle lui enleva toutes ses couleurs : les joues et les lèvres devinrent pâles comme si elle était malade, et restèrent toujours sans couleur. Sophie pleura, mais la poupée resta pâle.

Un autre jour, Sophie pensa qu’il fallait lui friser les cheveux ; elle lui mit donc des papillotes : elle les passa au fer chaud, pour que les cheveux fussent mieux frisés. Quand elle lui ôta ses papillotes, les cheveux restèrent dedans ; le fer était trop chaud, Sophie avait brûlé les cheveux de sa poupée, qui était chauve. Sophie pleura, mais la poupée resta chauve.

Un autre jour encore, Sophie, qui s’occupait beaucoup de l’éducation de sa poupée, voulut lui apprendre à faire des tours de force. Elle la suspendit par les bras à une ficelle ; la poupée, qui ne tenait pas bien, tomba et se cassa un bras. La maman essaya de la raccommoder ; mais, comme il manquait des morceaux, il fallut chauffer beaucoup la cire, et le bras resta plus court que l’autre. Sophie pleura, mais le bras resta plus court.

Une autre fois, Sophie songea qu’un bain de pieds serait très utile à sa poupée, puisque les grandes personnes en prenaient. Elle versa de l’eau bouillante dans un petit seau, y plongea les pieds de la poupée, et, quand elle la retira, les pieds s’étaient fondus, et étaient dans le seau. Sophie pleura, mais la poupée resta sans jambes.

Depuis tous ces malheurs, Sophie n’aimait plus sa poupée, qui était devenue affreuse, et dont ses amies se moquaient ; enfin, un dernier jour, Sophie voulut lui apprendre à grimper aux arbres ; elle la fit monter sur une branche, la fit asseoir ; mais la poupée, qui ne tenait pas bien, tomba : sa tête frappa contre des pierres et se cassa en cent morceaux. Sophie ne pleura pas, mais elle invita ses amies à venir enterrer sa poupée.


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