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396.Les malheurs de Sophie-Chapitre 1 : la poupée de cire.

 « Ma bonne, ma bonne, dit un jour Sophie en accourant dans sa chambre, venez vite ouvrir une caisse que papa m’a envoyée de Paris ; je crois que c’est une poupée de cire, car il m’en a promis une.

La Bonne.

Où est la caisse ?

Sophie.

Dans l’antichambre : venez vite, ma bonne, je vous en supplie. »

La bonne posa son ouvrage et suivit Sophie à l’antichambre. Une caisse de bois blanc était posée sur une chaise ; la bonne l’ouvrit. Sophie aperçut la tête blonde et frisée d’une jolie poupée de cire ; elle poussa un cri de joie et voulut saisir la poupée, qui était encore couverte d’un papier d’emballage.

La Bonne.

Prenez garde ! ne tirez pas encore ; vous allez tout casser. La poupée tient par des cordons.

Sophie.

Cassez-les, arrachez-les ; vite, ma bonne, que j’aie ma poupée.

La bonne, au lieu de tirer et d’arracher, prit ses ciseaux, coupa les cordons, enleva les papiers, et Sophie put prendre la plus jolie poupée qu’elle eût jamais vue. Les joues étaient roses avec de petites fossettes ; les yeux bleus et brillants ; le cou, la poitrine, les bras en cire, charmants et potelés. La toilette était très simple : une robe de percale festonnée, une ceinture bleue, des bas de coton et des brodequins noirs en peau vernie.

Sophie l’embrassa plus de vingt fois, et, la tenant dans ses bras, elle se mit à sauter et à danser. Son cousin Paul, qui avait cinq ans, et qui était en visite chez Sophie, accourut aux cris de joie qu’elle poussait.

« Paul, regarde quelle jolie poupée m’a envoyée papa ! s’écria Sophie.

Paul.

Donne-la-moi, que je la voie mieux.

Sophie.

Non, tu la casserais.

Paul.

Je t’assure que j’y prendrai bien garde ; je te la rendrai tout de suite. »

Sophie donna la poupée à son cousin, en lui recommandant encore de prendre bien garde de la faire tomber. Paul la retourna, la regarda de tous les côtés, puis la remit à Sophie en secouant la tête.

Sophie.

Pourquoi secoues-tu la tête ?

Paul.

Parce que cette poupée n’est pas solide ; je crains que tu ne la casses.

Sophie.

Oh ! sois tranquille, je vais la soigner tant, tant que je ne la casserai jamais. Je vais demander à maman d’inviter Camille et Madeleine à déjeuner avec nous, pour leur faire voir ma jolie poupée.

Paul.

Elles te la casseront.

Sophie.

Non, elles sont trop bonnes pour me faire de la peine en cassant ma pauvre poupée.

Le lendemain, Sophie peigna et habilla sa poupée, parce que ses amies devaient venir. En l’habillant, elle la trouva pâle. « Peut-être, dit-elle, a-t-elle froid, ses pieds sont glacés. Je vais la mettre un peu au soleil pour que mes amies voient que j’en ai bien soin et que je la tiens bien chaudement. » Sophie alla porter la poupée au soleil sur la fenêtre du salon.

« Que fais-tu à la fenêtre, Sophie ? » lui demanda sa maman.

Sophie.

Je veux réchauffer ma poupée, maman ; elle a très froid.

La Maman.

Prends garde, tu vas la faire fondre.

Sophie.

Oh non ! maman, il n’y a pas de danger : elle est dure comme du bois.

La Maman.

Mais la chaleur la rendra molle ; il lui arrivera quelque malheur, je t’en préviens. »

Sophie ne voulut pas croire sa maman, elle mit la poupée étendue tout de son long au soleil, qui était brûlant.

Au même instant elle entendit le bruit d’une voiture : c’étaient ses amies qui arrivaient. Elle courut au-devant d’elles ; Paul les avait attendues sur le perron ; elles entrèrent au salon en courant et parlant toutes à la fois. Malgré leur impatience de voir la poupée, elles commencèrent par dire bonjour à Mme de Réan, maman de Sophie ; elles allèrent ensuite à Sophie, qui tenait sa poupée et la regardait d’un air consterné.

Madeleine, regardant la poupée.

La poupée est aveugle, elle n’a pas d’yeux.

Camille.

Quel dommage ! comme elle est jolie !

Madeleine.

Mais comment est-elle devenue aveugle ! Elle devait avoir des yeux.

Sophie ne disait rien ; elle regardait la poupée et pleurait.

Madame De Réan.

Je t’avais dit, Sophie, qu’il arriverait un malheur à ta poupée si tu t’obstinais à la mettre au soleil. Heureusement que la figure et les bras n’ont pas eu le temps de fondre. Voyons, ne pleure pas ; je suis très habile médecin, je pourrai peut-être lui rendre ses yeux.

Sophie, pleurant.

C’est impossible, maman, ils n’y sont plus.

Mme de Réan prit la poupée en souriant et la secoua un peu ; on entendit comme quelque chose qui roulait dans la tête. « Ce sont les yeux qui font le bruit que tu entends, dit Mme de Réan ; la cire a fondu autour des yeux, et ils sont tombés. Mais je tâcherai de les ravoir. Déshabillez la poupée, mes enfants, pendant que je préparerai mes instruments. »

Aussitôt Paul et les trois petites filles se précipitèrent sur la poupée pour la déshabiller. Sophie ne pleurait plus ; elle attendait avec impatience ce qui allait arriver.

La maman revint, prit ses ciseaux, détacha le corps cousu à la poitrine ; les yeux, qui étaient dans la tête, tombèrent sur ses genoux ; elle les prit avec des pinces, les replaça où ils devaient être, et, pour les empêcher de tomber encore, elle coula dans la tête, et sur la place où étaient les yeux, de la cire fondue qu’elle avait apportée dans une petite casserole ; elle attendit quelques instants que la cire fût refroidie, et puis elle recousit le corps à la tête.

Les petites n’avaient pas bougé. Sophie regardait avec crainte toutes ces opérations, elle avait peur que ce ne fût pas bien ; mais, quand elle vit sa poupée raccommodée et aussi jolie qu’auparavant, elle sauta au cou de sa maman et l’embrassa dix fois.

« Merci, ma chère maman, disait-elle, merci : une autre fois je vous écouterai, bien sûr. »

On rhabilla bien vite la poupée, on l’assit sur un petit fauteuil et on l’emmena promener en triomphe en chantant :

 

Vive maman !
De baisers je la mange.
Vive maman !
Elle est notre bon ange.

 

La poupée vécut très longtemps bien soignée, bien aimée ; mais petit à petit elle perdit ses charmes, voici comment.

Un jour, Sophie pensa qu’il était bon de laver les poupées, puisqu’on lavait les enfants ; elle prit de l’eau, une éponge, du savon, et se mit à débarbouiller sa poupée ; elle la débarbouilla si bien, qu’elle lui enleva toutes ses couleurs : les joues et les lèvres devinrent pâles comme si elle était malade, et restèrent toujours sans couleur. Sophie pleura, mais la poupée resta pâle.

Un autre jour, Sophie pensa qu’il fallait lui friser les cheveux ; elle lui mit donc des papillotes : elle les passa au fer chaud, pour que les cheveux fussent mieux frisés. Quand elle lui ôta ses papillotes, les cheveux restèrent dedans ; le fer était trop chaud, Sophie avait brûlé les cheveux de sa poupée, qui était chauve. Sophie pleura, mais la poupée resta chauve.

Un autre jour encore, Sophie, qui s’occupait beaucoup de l’éducation de sa poupée, voulut lui apprendre à faire des tours de force. Elle la suspendit par les bras à une ficelle ; la poupée, qui ne tenait pas bien, tomba et se cassa un bras. La maman essaya de la raccommoder ; mais, comme il manquait des morceaux, il fallut chauffer beaucoup la cire, et le bras resta plus court que l’autre. Sophie pleura, mais le bras resta plus court.

Une autre fois, Sophie songea qu’un bain de pieds serait très utile à sa poupée, puisque les grandes personnes en prenaient. Elle versa de l’eau bouillante dans un petit seau, y plongea les pieds de la poupée, et, quand elle la retira, les pieds s’étaient fondus, et étaient dans le seau. Sophie pleura, mais la poupée resta sans jambes.

Depuis tous ces malheurs, Sophie n’aimait plus sa poupée, qui était devenue affreuse, et dont ses amies se moquaient ; enfin, un dernier jour, Sophie voulut lui apprendre à grimper aux arbres ; elle la fit monter sur une branche, la fit asseoir ; mais la poupée, qui ne tenait pas bien, tomba : sa tête frappa contre des pierres et se cassa en cent morceaux. Sophie ne pleura pas, mais elle invita ses amies à venir enterrer sa poupée.


392.Un conte des milles et une nuit : Sinbad le marin : première partie.

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Sire, sous le règne de ce même calife Haroun Alraschid, dont je viens de parler, il y avoit à Bagdad un pauvre porteur qui se nommoit Hindbad. Un jour qu’il faisoit une chaleur excessive, il portoit une charge très-pesante d’une extrémité de la ville à une autre. Comme il étoit fort fatigué du chemin qu’il avoit déjà fait, et qu’il lui en restoit encore beaucoup à faire, il arriva dans une rue où régnoit un doux zéphir, et dont le pavé étoit arrosé d’eau de rose. Ne pouvant désirer un vent plus favorable pour se reposer et reprendre de nouvelles forces, il posa sa charge à terre et s’assit dessus auprès d’une grande maison.

Il se sut bientôt très-bon gré de s’être arrêté en cet endroit ; car son odorat fut agréablement frappé d’un parfum exquis de bois d’aloës et de pastilles, qui sortoit par les fenêtres de cet hôtel, et qui, se mêlant avec l’odeur de l’eau de rose, achevoit d’embaumer l’air. Outre cela, il ouït en dedans un concert de divers instrumens, accompagnés du ramage harmonieux d’un grand nombre de rossignols et d’autres oiseaux particuliers au climat de Bagdad. Cette gracieuse mélodie et la fumée de plusieurs sortes de viandes qui se faisoient sentir, lui firent juger qu’il y avoit là quelque festin, et qu’on s’y réjouissoit. Il voulut savoir qui demeuroit en cette maison qu’il ne connoissoit pas bien, parce qu’il n’avoit pas eu occasion de passer souvent par cette rue. Pour satisfaire sa curiosité, il s’approcha de quelques domestiques qu’il vit à la porte, magnifiquement habillés, et demanda à l’un d’entr’eux comment s’appeloit le maître de cet hôtel. « Hé quoi, lui répondit le domestique, vous demeurez à Bagdad, et vous ignorez que c’est ici la demeure du seigneur Sindbad le marin, de ce fameux voyageur qui a parcouru toutes les mers que le soleil éclaire ? » Le porteur, qui avoit ouï parler des richesses de Sindbad, ne put s’empêcher de porter envie à un homme dont la condition lui paroissoit aussi heureuse qu’il trouvoit la sienne déplorable. L’esprit aigri par ses réflexions, il leva les yeux au ciel, et dit assez haut pour être entendu : « Puissant créateur de toutes choses, considérez la différence qu’il y a entre Sindbad et moi ; je souffre tous les jours mille fatigues et mille maux ; et j’ai bien de la peine à me nourrir, moi et ma famille, de mauvais pain d’orge, pendant que l’heureux Sindbad dépense avec profusion d’immenses richesses, et mène une vie pleine de délices. Qu’a-t-il fait pour obtenir de vous une destinée si agréable ? Qu’ai-je fait pour en mériter une si rigoureuse ? » En achevant ces paroles, il frappa du pied contre terre, comme un homme entièrement possédé de sa douleur et de son désespoir.

Il étoit encore occupé de ses tristes pensées, lorsqu’il vit sortir de l’hôtel un valet qui vint à lui, et qui, le prenant par le bras, lui dit : « Venez, suivez-moi, le seigneur Sindbad, mon maître, veut vous parler. »

Le jour qui parut en cet endroit, empêcha Scheherazade de continuer cette histoire ; mais elle la reprit ainsi le lendemain :

 


LXXe NUIT. 


 

Sire, votre majesté peut aisément s’imaginer qu’Hindbad ne fut pas peu surpris du compliment qu’on lui faisoit. Après le discours qu’il venoit de tenir, il avoit sujet de craindre que Sindbad ne l’envoyât chercher pour lui faire quelque mauvais traitement ; c’est pourquoi il voulut s’excuser sur ce qu’il ne pouvoit abandonner sa charge au milieu de la rue ; mais le valet de Sindbad l’assura qu’on y prendroit garde, et le pressa tellement sur l’ordre dont il étoit chargé, que le porteur fut obligé de se rendre à ses instances.

Le valet l’introduisit dans une grande salle, où il y avoit un bon nombre de personnes autour d’une table couverte de toutes sortes de mets délicats. Ou voyoit à la place d’honneur un personnage grave, bien fait et vénérable par une longue barbe blanche ; et derrière lui, étoit debout une foule d’officiers et de domestiques fort empressés à le servir. Ce personnage étoit Sindbad. Le porteur, dont le trouble s’augmenta à la vue de tant de monde et d’un festin si superbe, salua la compagnie en tremblant. Sindbad lui dit de s’approcher ; et après l’avoir fait asseoir à sa droite, il lui servit à manger lui-même, et lui fit donner à boire d’un excellent vin, dont le buffet étoit abondamment garni.

Sur la fin du repas, Sindbad, remarquant que ses convives ne mangeoient plus, prit la parole ; et s’adressant à Hindbad, qu’il traita de frère, selon la coutume des Arabes lorsqu’ils se parlent familièrement, lui demanda comment il se nommoit, et quelle étoit sa profession. « Seigneur, lui répondit-il, je m’appelle Hindbad. » « Je suis bien aise de vous voir, reprit Sindbad, et je vous réponds que la compagnie vous voit aussi avec plaisir ; mais je souhaiterois d’apprendre de vous-même ce que vous disiez tantôt dans la rue. » Sindbad, avant que de se mettre à table, avoit entendu tout son discours par la fenêtre ; et c’étoit ce qui l’avoit engagé à le faire appeler.

À cette demande, Hindbad, plein de confusion, baissa la tête, et repartit : « Seigneur, je vous avoue que ma lassitude m’avoit mis en mauvaise humeur, et il m’est échappé quelques paroles indiscrètes que je vous supplie de me pardonner. » « Oh ne croyez pas, reprit Sindbad, que je sois assez injuste pour en conserver du ressentiment. J’entre dans votre situation ; au lieu de vous reprocher vos murmures, je vous plains ; mais il faut que je vous tire d’une erreur où vous me paroissez être à mon égard. Vous vous imaginez, sans doute, que j’ai acquis sans peine et sans travail toutes les commodités et le repos dont vous voyez que je jouis ; désabusez-vous. Je ne suis parvenu à un état si heureux, qu’après avoir souffert durant plusieurs années tous les travaux du corps et de l’esprit que l’imagination peut concevoir. Oui, seigneurs, ajouta-t-il en s’adressant à toute la compagnie, je puis vous assurer que ces travaux sont si extraordinaires, qu’ils sont capables d’ôter aux hommes les plus avides de richesses, l’envie fatale de traverser les mers pour en acquérir. Vous n’avez peut-être entendu parler que confusément de mes étranges aventures, et des dangers que j’ai courus sur mer dans les sept voyages que j’ai faits ; et puisque l’occasion s’en présente, je vais vous en faire un rapport fidèle : je crois que vous ne serez pas fâchés de l’entendre. »

Comme Sindbad vouloit raconter son histoire, particulièrement à cause du porteur, avant que de la commencer, il ordonna qu’on fît porter la charge qu’il avoit laissée dans la rue, au lieu où Hindbad marqua qu’il souhaitoit qu’elle fût portée. Après cela, il parla dans ces termes : 

PREMIER VOYAGE

DE SINDBAD LE MARIN. 


 

« J’avois hérité de ma famille des biens considérables, j’en dissipai la meilleure partie dans les débauches de ma jeunesse ; mais je revins de mon aveuglement, et rentrant en moi-même, je reconnus que les richesses étoient périssables, et qu’on en voyoit bientôt la fin quand on les ménageoit aussi mal que je faisois. Je pensai de plus que je consumois malheureusement dans une vie déréglée, le temps, qui est la chose du monde la plus précieuse. Je considérai encore que c’étoit la dernière et la plus déplorable de toutes les misères, que d’être pauvre dans la vieillesse. Je me souvins de ces paroles du grand Salomon, que j’avois autrefois ouï dire à mon père : « Il est moins fâcheux d’être dans le tombeau que dans la pauvreté. »

» Frappé de toutes ces réflexions, je ramassai les débris de mon patrimoine. Je vendis à l’encan en plein marché, tout ce que j’avois de meubles. Je me liai ensuite avec quelques marchands qui négocioient par mer. Je consultai ceux qui me parurent capables de me donner de bons conseils. Enfin, je résolus de faire profiter le peu d’argent qui me restoit ; et dès que j’eus pris cette résolution, je ne tardai guère à l’exécuter. Je me rendis à Balsora, où je m’embarquai avec plusieurs marchands sur un vaisseau que nous avions équipé à frais communs. 

» Nous mîmes à la voile, et prîmes la route des Indes orientales par le golfe Persique, qui est formé par les côtes de l’Arabie heureuse à la droite, et par celles de Perse à la gauche, et dont la plus grande largeur est de soixante et dix lieues, selon la commune opinion. Hors de ce golfe, la mer du Levant, la même que celle des Indes, est très-spacieuse : elle a d’un côté pour bornes les côtes d’Abyssinie, et quatre mille cinq cents lieues de longueur jusqu’aux isles de Vakvak. Je fus d’abord incommodé de ce qu’on appelle le mal de mer ; mais ma santé se rétablit bientôt, et depuis ce temps-là, je n’ai point été sujet à cette maladie.

» Dans le cours de notre navigation, nous abordâmes à plusieurs isles, et nous y vendîmes ou échangeâmes nos marchandises. Un jour que nous étions à la voile, le calme nous prit vis-à-vis une petite isle presque à fleur d’eau, qui ressembloit à une prairie par sa verdure. Le capitaine fit plier les voiles, et permit de prendre terre aux personnes de l’équipage qui voulurent y descendre. Je fus du nombre de ceux qui y débarquèrent. Mais dans le temps que nous nous divertissions à boire et à manger, et à nous délasser de la fatigue de la mer, l’isle trembla tout-à-coup, et nous donna une rude secousse…

À ces mots, Scheherazade s’arrêta, parce que le jour commençoit à paroître. Elle reprit ainsi son discours sur la fin de la nuit suivante :

 


 

  LXXIe NUIT.


 

Sire, Sindbad poursuivant son histoire: « On s’aperçut, dit-il, du tremblement de l’isle dans le vaisseau, d’où l’on nous cria de nous rembarquer promptement ; que nous allions tous périr ; que ce que nous prenions pour une isle, étoit le dos d’une baleine. Les plus diligens se sauvèrent dans la chaloupe, d’autres se jetèrent à la nage. Pour moi, j’étois encore sur l’isle, ou plutôt sur la baleine, lorsqu’elle se plongea dans la mer, et je n’eus que le temps de me prendre à une pièce de bois qu’on avoit apportée du vaisseau pour faire du feu. Cependant le capitaine, après avoir reçu sur son bord les gens qui étoient dans la chaloupe, et recueilli quelques-uns de ceux qui nageoient, voulut profiter d’un vent frais et favorable qui s’étoit élevé, il fit hisser les voiles, et m’ôta par-là l’espérance de gagner le vaisseau.

» Je demeurai donc à la merci des flots, poussé tantôt d’un côté, et tantôt d’un autre ; je disputai contr’eux ma vie tout le reste du jour et de la nuit suivante. Je n’avois plus de force le lendemain, et je désespérois d’éviter la mort, lorsqu’une vague me jeta heureusement contre une isle. Le rivage en étoit haut et escarpé, et j’aurois eu beaucoup de peine à y monter, si quelques racines d’arbres que la fortune sembloit avoir conservées en cet endroit pour mon salut, ne m’en eussent donné le moyen. Je m’étendis sur la terre, où je demeurai à demi mort, jusqu’à ce qu’il fût grand jour et que le soleil parût.

» Alors, quoique je fusse très-foible à cause du travail de la mer, et parce que je n’avois pris aucune nourriture depuis le jour précédent, je ne laissai pas de me traîner en cherchant des herbes bonnes à manger. J’en trouvai quelques-unes, et j’eus le bonheur de rencontrer une source d’eau excellente, qui ne contribua pas peu à me rétablir. Les forces m’étant revenues, je m’avançai dans l’île, marchant sans tenir de route assurée. J’entrai dans une belle plaine, où j’aperçus de loin un cheval qui paissoit. Je portai mes pas de ce côté-là, flottant entre la crainte et la joie ; car j’ignorois si je n’allois pas chercher ma perte plutôt qu’une occasion de mettre ma vie en sûreté. Je remarquai en approchant que c’étoit une cavale attachée à un piquet. Sa beauté attira mon attention ; mais pendant que je la regardois, j’entendis la voix d’un homme qui parloit sous terre. Un moment après, cet homme parut, vint à moi, et me demanda qui j’étois. Je lui racontai mon aventure ; après quoi me prenant par la main, il me fit entrer dans une grotte, où il y avoit d’autres personnes qui ne furent pas moins étonnées de me voir, que je l’étois de les trouver là.

» Je mangeai de quelques mets qu’ils me présentèrent ; puis leur ayant demandé ce qu’ils faisoient dans un lieu qui me paroissoit si désert, ils répondirent qu’ils étoient palefreniers du roi Mihrage, souverain de cette isle ; que chaque année, dans la même saison, ils avoient coutume d’y amener les cavales du roi, qu’ils attachoient de la manière que je l’avois vu, pour les faire couvrir par un cheval marin qui sortoit de la mer ; que le cheval marin, après les avoir couvertes, se mettoit en état de les dévorer ; mais qu’ils l’en empêchoient par leurs cris, et l’obligeoient à rentrer dans la mer ; que les cavales étant pleines, ils les ramenoient, et que les chevaux qui en naissoient, étoient destinés pour le roi, et appelés chevaux marins. Ils ajoutèrent qu’ils devoient partir le lendemain, et que si je fusse arrivé un jour plus tard, j’aurois péri infailliblement, parce que les habitations étoient éloignées, et qu’il m’eût été impossible d’y arriver sans guide,

» Tandis qu’ils m’entretenoient ainsi, le cheval marin sortit de la mer,comme ils me l’avoient dit, se jeta sur la cavale, la couvrit et voulut ensuite la dévorer ; mais au grand bruit que firent les palefreniers, il lâcha prise, et alla se replonger dans la mer.

» Le lendemain, ils reprirent le chemin de la capitale de l’isle avec les cavales, et je les accompagnai. À notre arrivée, le roi Mihrage à qui je fus présenté, me demanda qui j’étois, et par quelle aventure je me trouvois dans ses états. Dès que j’eus pleinement satisfait sa curiosité, il me témoigna qu’il prenoit beaucoup de part à mon malheur. En même temps, il ordonna qu’on eût soin de moi, et que l’on me fournît toutes les choses dont j’aurois besoin. Cela fut exécuté de manière que j’eus sujet de me louer de sa générosité et de l’exactitude de ses officiers.

» Comme j’étois marchand, je fréquentai les gens de ma profession. Je recherchois particulièrement ceux qui étoient étrangers, tant pour apprendre d’eux des nouvelles de Bagdad, que pour en trouver quelqu’un avec qui je pusse y retourner ; car la capitale du roi Mihrage est située sur le bord de la mer, et a un beau port où il aborde tous les jours des vaisseaux de différens endroits du monde. Je cherchois aussi la compagnie des savans des Indes, et je prenois plaisir à les entendre parler ; mais cela ne m’empêchoit pas de faire ma cour au roi très-régulièrement, ni de m’entretenir avec des gouverneurs et de petits rois, ses tributaires, qui étoient auprès de sa personne. Ils me faisoient mille questions sur mon pays ; et de mon côté, voulant m’instruire des mœurs et des lois de leurs états, je leur demandois tout ce qui me sembloit mériter ma curiosité.

Il y a sous la domination du roi Mihrage, une isle qui porte le nom de Cassel. On m’avoit assuré qu’on y entendoit toutes les nuits un son de tymbales ; ce qui a donné lieu à l’opinion qu’ont les matelots, que Degial y fait sa demeure. Il me prit envie d’être témoin de cette merveille, et je vis dans mon voyage des poissons longs de cent et de deux cents coudées, qui font plus de peur que de mal. Ils sont si timides, qu’on les fait fuir en frappant sur des ais. Je remarquai d’autres poissons qui n’étoient que d’une coudée, et qui ressembloient par la tête à des hiboux.

» À mon retour, comme j’étois un jour sur le port, un navire y vint aborder. Dès qu’il fut à l’ancre, on commença à décharger les marchandises ; et les marchands à qui elles appartenoient, les faisoient transporter dans des magasins. En jetant les yeux sur quelques ballots et sur l’écriture qui marquoit à qui ils étoient, je vis mon nom dessus. Après les avoir attentivement examinés, je ne doutai pas que ce ne fussent ceux que j’avois fait charger sur le vaisseau où je m’étois embarqué à Balsora. Je reconnus même le capitaine ; mais comme j’étois persuadé qu’il me croyoit mort, je l’abordai, et lui demandai à qui appartenoient les ballots que je voyois. « J’avois sur mon bord, me répondit-il, un marchand de Bagdad, qui se nommoit Sindbad. Un jour que nous étions près d’une isle, à ce qu’il nous paroissoit, il mit pied à terre avec plusieurs passagers dans cette isle prétendue, qui n’étoit autre chose qu’une baleine d’une grosseur énorme, qui s’étoit endormie à fleur d’eau. Elle ne se sentit pas plutôt échauffée par le feu qu’on avoit allumé sur son dos pour faire la cuisine, qu’elle commença à se mouvoir et à s’enfoncer dans la mer. La plupart des personnes qui étoient dessus, se noyèrent, et le malheureux Sindbad fut de ce nombre. Ces ballots étoient à lui, et j’ai résolu de les négocier jusqu’à ce que je rencontre quelqu’un de sa famille à qui je puisse rendre le profit que j’aurai fait avec le principal. » « Capitaine, lui dis-je alors, je suis ce Sindbad que vous croyez mort, et qui ne l’est pas : ces ballots sont mon bien et ma marchandise… »

Scheherazade n’en dit pas davantage cette nuit ; mais elle continua le lendemain de cette sorte :

 


 

LXXIIe NUIT. 


 

Sindbad, poursuivant son histoire, dit à la compagnie :

» Quand le capitaine du vaisseau m’entendit parler ainsi : « Grand Dieu, s’écria-t-il, à qui se fier aujourd’hui ? Il n’y a plus de bonne foi parmi les hommes. J’ai vu de mes propres jeux périr Sindbad ; les passagers qui étoient sur mon bord, l’ont vu comme moi ; et vous osez dire que vous êtes ce Sindbad ! Quelle audace ! À vous voir, il semble que vous soyez un homme de probité ; cependant vous dites une horrible fausseté pour vous emparer d’un bien qui ne vous appartient pas. » « Donnez-vous patience, repartis-je au capitaine, et me faites la grace d’écouter ce que j’ai à vous dire. » « Hé bien, reprit-il, que direz-vous ? Parlez, je vous écoute. » Je lui racontai alors de quelle manière je m’étois sauvé, et par quelle aventure j’avais rencontré les palefreniers du roi Mihrage, qui m’avoient amené à sa cour.

» Il se sentit ébranlé de mon discours ; mais il fut bientôt persuadé que je n’étois pas un imposteur ; car arriva des gens de son navire qui me reconnurent et me firent de grands complimens, en me témoignant la joie qu’ils avoient de me revoir. Enfin, il me reconnut aussi lui-même ; et se jetant à mon cou : « Dieu soit loué, me dit-il, de ce que vous êtes heureusement échappé d’un si grand danger ; je ne puis assez vous marquer le plaisir que j’en ressens. Voilà votre bien, prenez-le, il est à vous : faites-en ce qu’il vous plaira. » Je le remerciai, je louai sa probité ; et pour la reconnoître, je le priai d’accepter quelques marchandises que je lui présentai ; mais il les refusa.

» Je choisis ce qu’il y avoit de plus précieux dans mes ballots, et j’en fis présent au roi Mihrage. Comme ce prince savoit la disgrace qui m’étoit arrivée, il me demanda où j’avois pris des choses si rares. Je lui contai par quel hasard je venois de les recouvrer ; il eut la bonté de m’en témoigner de la joie ; il accepta mon présent et m’en fit de beaucoup plus considérables. Après cela, je pris congé de lui, et me rembarquai sur le même vaisseau. Mais avant mon embarquement, j’échangeai les marchandises qui me restaient contre d’autres du pays. J’emportai avec moi du bois d’aloës, de sandal, du camphre, de la muscade, du clou de girofle, du poivre, et du gingembre. Nous passâmes par plusieurs isles, et nous abordâmes enfin à Balsora, d’où j’arrivai en cette ville avec la valeur d’environ cent mille sequins. Ma famille me reçut, et je la revis avec tous les transports que peut causer une amitié vive et sincère. J’achetai des esclaves de l’un et de l’autre sexe, de belles terres, et je fis une grosse maison. Ce fut ainsi que je m’établis, résolu d’oublier les maux que j’avois soufferts, et de jouir des plaisirs de la vie. »

Sindbad s’étant arrêté en cet endroit, ordonna aux joueurs d’instrumens de recommencer leurs concerts, qu’il avoit interrompus par le récit de son histoire. On continua jusqu’au soir de boire et de manger ; et lorsqu’il fut temps de se retirer, Sindbad se fit apporter une bourse de cent sequins, et la donnant au porteur : « Prenez, Hindbad, lui dit-il, retournez chez vous, et revenez demain entendre la suite de mes aventures. » Le porteur se retira fort confus de l’honneur et du présent qu’il venoit de recevoir. Le récit qu’il en fit à son logis, fut très-agréable à sa femme et à ses enfans, qui ne manquèrent pas de remercier Dieu du bien que la Providence leur faisoit par l’entremise de Sindbad.

Hindbad s’habilla le lendemain plus proprement que le jour précédent, et retourna chez le voyageur libéral, qui le reçut d’un air riant, et lui fit mille caresses. D’abord que les conviés furent tous arrivés, on servit et l’on tint table fort long-temps. Le repas fini, Sindbad prit la parole, et s’adressant à la compagnie : « Seigneurs, dit-il, je vous prie de me donner audience, et de vouloir bien écouter les aventures de mon second voyage ; elles sont plus dignes de votre attention que celles du premier. » Tout le monde garda le silence, et Sindbad parla en ces termes :


 

 

374.Shining : autopsie d’un roman de Stephen King.

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En 1977, Stephen King est déjà un écrivain connu.Il compte déjà à son palmarès « Carrie » (1974) et Salem (1975). »Carrie » a déjà fait l’objet d’un film au cinéma lui permettant d’augmenter sa popularité.Aussi son nouveau roman est attendu.Il s’intitulera « Shining-l’enfant lumière ».King aurait eu l’idée de cette histoire alors que sa famille et lui passait la nuit dans un hôtel et que ce dernier fit pendant la nuit un effroyable cauchemar qui lui inspirera les grandes lignes de ce « Shining ».En 1980, le cinéaste Stanley Kubrick s’empara de cette histoire et en fit un film à succès avec Jack Nicholson.Mais il prit quelques liberté avec le scénario livrant son interprétation du livre qui mécontenta Stephen King, qui aurait voulu que Kubrick soit plus fidèle à l’intrigue (bien qu’il ne détesta pas pour autant le film).En 1997, Mick Garris (connu pour son adaptation du « Fléau » de King) en fit un téléfilm en 3 parties pour la télévision qui se voulu plus proche de l’esprit du roman.King écrivit lui-même le scénario.En 2013, il écrivit la suite du roman : « Docteur Sleep » suivant cette fois-ci le fils du personnage principal de Shining.

La Mort rouge avait pendant longtemps dépeuplé la contrée. Jamais peste ne fut si fatale, si horrible. Son avatar, c’était le sang, — la rougeur et la hideur du sang. C’étaient des douleurs aiguës, un vertige soudain, et puis un suintement abondant par les pores, et la dissolution de l’être. Des taches pourpres sur le corps, et spécialement sur le visage de la victime, la mettaient au ban de l’humanité, et lui fermaient tout secours et toute sympathie. L’invasion, le progrès, le résultat de la maladie, tout cela était l’affaire d’une demi-heure.-EDGAR POE (le masque de la mort rouge).

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Mais parlons un peu plus en détail de l’intrigue de ce roman. On y suit Jack Torrance, écrivain raté à cause d’un fléau, d’un énorme défaut : il est alcoolique, ce qui lui a fait perdre son métier d’enseignant et à fait battre de l’aile son couple.Marié à Wendy et papa d’un petit garçon du nom de Danny, l’homme est désormais sobre.Il ne lève plus la main sur son fils (à qui il avait cassé accidentellement le bras) et s’est remis à écrire.En acceptant le poste de gardien d’un hôtel (l’Overlook) pendant l’hiver, Jack espère renouer avec le succès.C’est l’espoir d’une vie meilleure qui s’annonce.Malheureusement ce ne sera pas le cas.Car l’hôtel est hanté par des forces démoniaques et on ne compte plus les nombreux fantômes qui en hantent les murs.Le précédant gardien, Grady, s’est d’ailleurs suicidé après avoir tué sa femme et ses deux petites filles.Il y a également une force surnaturelle qui habite l’une des chambre…la 217.Dick Halloran, le cuisinier de l’hôtel met en garde le fils de Torrance, Danny et lui demande de l’appeler au moindre pépin.Car lui et le gamin ont un don : le shining.Ils perçoivent le danger et peuvent communiquer à distance par la pensée.Au début de leur emménagement, les choses se passent plutôt bien.Mais bientôt, d’étranges phénomènes se produisent et Jack commence peut à peut à perdre la raison et à sombrer dans la folie…une folie meurtrière.

Dans ce livre, King explore le thème de la famille à travers le triangle  Wendy/Jack/Danny  mais aussi la destruction de celle-ci.Il y a déjà une tension dans leur rapport dès le début du roman : un conflit à propos de l’affection que Danny porte à son père, qui est de loin supérieure à celle de sa mère.Pourtant, il a peur de Jack, surtout quand celui-ci joue à faire « le vilain » (quand il lui casse le bras ou qu’il le pourchasse dans la maison une fois devenu fois avec un  maillet de roque) et aime les calins que Wendy lui procure.Wendy, qui marquée par une mère très dure a sans cesse la crainte de lui ressembler et à qui Jack ne manque pas de faire cette comparaison.

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À leur arrivée dans l’hôtel, Jack le trouve plutôt sympathique et n’a pas peur de celui-ci malgré sa taille imposante.C’est lorsqu’il découvre un carnet avec des articles de journaux relatant les différents événements, plus tragiques les uns les autres qu’il commence à en être fasciné et décide d’écrire un livre sur le sujet.Mais la fascination va peu à peu laisser la place à la folie au point que l’hôtel, telle une entité finisse par se nourrir de Jack et en faire l’instrument de ses intentions démoniaques.Et l’homme ne s’en rend pas compte…il vit des événements étranges, voit des buis bouger, rencontre l’étrange occupante de la chambre 217 (qui terrorrisera également son fils).Jack aura vu des choses similaires à celle de son fils, mais n’appuyera pas les propos de ce denrier devant sa mère.

Stephen King compare le destin de Jack Torrance a un nid de guêpe, pour qui les malheurs lui étaient tombés dessus comme un essaim.Il exprime l’histoire de cet homme comme si il n’était pas le sujet des événements vécus mais bien une victime de la fatalité du destin.Un personnage complexe, somme toute.

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Il y a énormément de parallèle avec l’oeuvre de l’auteur américain Edgar Poe, que King appréciait beaucoup et dont il a reprit quelque points de la nouvelle : « le masque de la mort rouge » .La mort rouge, qui représente une fête où tout les invités sont masqués et qui font tomber leur  déguisement, révélant le vraie nature (dans le livre à travers l’épisode la fête costumée).Mort rouge détenant quiconque en son pouvoir.Mort rouge représentant une maladie…la folie, détruisant l’humain et le réduisant en un monstre.Mais elle est aussi plus que ça…puisque tout les êtres humains la partagent et s’y retrouvent confrontés (en témoignera Dick Hallorann à la fin du roman).

Shining est construit comme une pièce de théâtre, non pas une comédie mais bien une tragédie.En 5 actes, correspondant au 5 parties du roman, elle campe bien les caractéristiques de ce genre : l’acte 1, où les personnages nous sont présentés, la tension montant au cours de l’acte 2, l’acte 3 où le conflit atteint son paroxysme (le nid de guêpe du livre où on comprend que Jack est une victime et qu’il ne pourra de ce fait échappé à un destin écrit d’avance et d’or et déjà tragique), l’acte 4 où le conflit diminue son importance et l’acte 5 où l’on retourne au calme après un dénouement plus que déchirant.

King nous livre ici l’un de ses meilleurs roman, ayant a tout jamais marqué l’imaginaire collectif et qui l’aura amené au panthéon des écrivains indispensables de toute l’histoire de la littérature.

C’était aussi dans cette salle que s’élevait, contre le mur de l’ouest, une gigantesque horloge d’ébène. Son pendule se balançait avec un tic-tac sourd, lourd, monotone ; et, quand l’aiguille des minutes avait fait le circuit du cadran et que l’heure allait sonner, il s’élevait des poumons d’airain de la machine un son clair, éclatant, profond et excessivement musical, mais d’une note si particulière et d’une énergie telle, que, d’heure en heure, les musiciens de l’orchestre étaient contraints d’interrompre un instant leurs accords pour écouter la musique de l’heure ; les valseurs alors cessaient forcément leurs évolutions ; un trouble momentané courait dans toute la joyeuse compagnie ; et, tant que vibrait le carillon, on remarquait que les plus fous devenaient pâles, et que les plus âgés et les plus rassis passaient leurs mains sur leurs fronts, comme dans une méditation ou une rêverie délirante. Mais, quand l’écho s’était tout à fait évanoui, une légère hilarité circulait par toute l’assemblée ; les musiciens s’entre-regardaient et souriaient de leurs nerfs et de leur folie, et se juraient tout bas, les uns aux autres, que la prochaine sonnerie ne produirait pas en eux la même émotion ; et puis, après la fuite des soixante minutes qui comprennent les trois mille six cents secondes de l’heure disparue, arrivait une nouvelle sonnerie de la fatale horloge, et c’étaient le même trouble, le même frisson, les mêmes rêveries.-Edgar Poe (le masque de la mort rouge).


350.Écrire un plaidoyer (à la Zola)…ça en jette !

Un peu à la manière du grand Émile Zola dans sa lettre « J’accuse », nous vous proposons de jouer au jeu du grand orateur dénonciateur qui expose la vérité, cinglante et cristalline.

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(photo issue de : http://lasdelaplaidoirie.blogspot.be/)

CONSTRUCTION :

1.Exorde :

-Captatio benevolentiae : je capte votre attention en étant gentil avec vous afin que vous m’écoutiez jusqu’au bout.

-définir le problème (évoque).

2.Narratio :

-Expose les faits et présente le texte.

3.Confirmatio : thèse qui éclate et on réfute les « mauvais choix »

4.Péroraison.

-Résume l’argumentation

-Conclusion sur une finale visant à émouvoir, à faire appel à un sentiment d’attendrissement.Un truc qui doit sonner dans les oreilles.

 -Il faut que celui qui écrive soit fort impliqué.

-Il écrit en « je » (ou « nous ») afin de convaincre quelqu’un (ici peut être le prof et de façon plus globale l’humanité).Il défend une personne, des valeurs considérés comme victimes.

-On est dans le registre pathétique donc on doit faire appel au sentiments.On vise à être persuasif.

-Faire de longues phrases rythmées.

-On défend un point de vue tenant compte des points de vue contraires.

-Petit effet de theatralisation ( Le choix des temps : Nous sommes il y a 3000 ans/Il y a 3000 ans ; les démonstratifs : cet après-midi, sur cette chaise ; pronom personnels : je et nous/je et vous ).

-Il faut une thèse (idée centrale du texte) qui doit être posée mais devant apparaître progressivement.Elle doit être illustrée par des arguments, s’accompagnant si possible d’exemple.La thèse tient compte des objections.

-Utiliser témoignages, argument d’autorité (exemple : Aristote à dit, tout le monde sait bien que…), argument ad hominem (montrer qu’un argument est faux var il est contradictoire avec l’attitude de son auteur : ex. : « Ce n’est pas à vous de donner des leçons pour baisser les impôts, car vous les avez augmentés ! ») argumenta fortiori (rapprocher deux choses en disant que ce qui est vrai pour l’une l’est encore plus pour l’autre), exemples, références à des personnes ou des valeurs faisant autorité.

-Avoir recours à des descriptions, énumérations, gradations, vocabulaire émotionnel, associations, dissociation (ex. :il y a drogue et drogue), amplification, ironie, antiphrase (ex. : dire « Beau travail ! » à une situation qu’on désapprouve), antithèse (oppose 2 idées), comparaison, métaphores (ex. : le cri de mon âme), litote, hyperbole ( exagère la réalité), paradoxe, images (ex. : vérité = lumière) gradation (ex. : « je parle, je crie, je hurle ! »), anaphore (répéter une phrase, un mot au début d’un paragraphe, d’une phrase), personnification (donner traits humains à quelque chose de non vivant : ex. : « ma riche pauvreté »), exclamation (!)

-Utiliser des questions oratoires : questions dont la réponse est connue de tous.

-Enchaîner les différentes parties du textes:paragraphes, mots ou phrases-liens ou jeu de questions-réponses.

-Répéter dans le texte (ni trop peu ni trop) les idées essentielles pour que le lecteur les comprennent.

-Conclusion résumant le texte et dynamique avec une finale pathétique visant à émouvoir (en forme d’étincelle).

-écrire à l’indicatif présent : on agis ici et maintenant (sauf pour les exemples d’avant).

-être romanesque, donner une impression de mouvement (Zola a dit « La vérité est en marche »), dramatiser (ex. : « 4 minutes pleines d’angoisse »), utiliser l’évocation (faire naître des choses dans notre cerveau), les sensations (plongent dans le sujet).

-être lyrique : laisser aller ses sentiments, partager ses états d’âmes.

-être épique, tel un héros menant son combat (bien vs mal) , donner une dimension symbolique au texte (« l’homme parlant au nom de l’humanité »)

-utiliser un vocabulaire : appréciatif (bonheur, lumière, passion, vérité,…) et/ou dépréciatif (illégalité, diabolique, néfaste,…).


348.L’albatros-Charles Baudelaire.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.
À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.


347.Sensation- Arthur Rimbaud.

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, heureux comme avec une femme.


343.Le masque de la mort rouge-lecture audio d’une nouvelle fantastique d’Edgar Poe.

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335.Petites réflexions sur la religion.

   La religion, quelle étrange phénomène…on peut dire qu’elle existe depuis la nuit des temps et lui attribuer bien des maux, au vus des nombreux conflits engendrés par ses membres mais en aucun cas on ne pourrait la blâmer : c’est un véritable moteur, faisant avancer l’humanité, la conduisant vers sa plénitude.Elle tend à actualiser l’humain dans ce qu’il a de meilleur, à l’accomplir (pour reprendre quelques idées d’Aristote).

   La religion permet de trouver des réponses aux grandes questions existentielles, auxquelles les scientifiques sont, et seront toujours impuissants pour répondre.Elle est une source d’espoir pour beaucoup, de part sa dimension mystique et sa promesse d’une seconde vie après la mort.Elle ne peut qu’apporter du bien et amoriser la terre, la transformer en un Eden.

   Pourtant, elle ne répare pas les injustices.Comment pourrait-il en être autrement ? Si dieu il y a, il ne se mêle pas de la condition humaine et tel un architecte, il contemple sa création.Mais la religion a d’autres atouts : elle rassemble les gens, les forçant à partager leur misère et à souffrir, ensemble.Elle permet de faire face à la douleur dans les moments les plus noirs (décès,…) et est porteuse d’un message d’espoir.

   Ce phénomène humain est parfois délaissé par certains, qui rechignent à croire à « l’impossible ».Pourtant, ce n’est pas un mal.Si on croit que l’humanité tout entière est apparue suite à un tout petit incident et que si il y avait eu quelques micro-différences les choses auraient étés différentes, et bien alors…on remet son existence au hasard.Mieux vaut ne pas penser ainsi et considérer la vie comme étant un cadeau, qui nous à été offert part un transcendant, un être supérieur, qui bien que discret veille sur nous.


333.La tirade du nez-Cyrano de Bergerac ( du français Edmond Rostand).

Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…

En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! »
Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! »
Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »
Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »
Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? »
Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »
Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »
Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! »
Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »
Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! »
Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! »
Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »
Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? »
Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! »
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! »
Militaire : « Pointez contre cavalerie ! »
Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :

« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! »
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.


329.Misery : chef-d’oeuvre de Stephen King.

 

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Roman écrit par Stephen King ( Salem, Danse macabre, Brume, La ligne verte,…) et publié pour la première fois en 1987, Misery est sans aucun doute un des plus grands livres de l’auteur si pas le meilleur. Il a reçu le prix Bram Stoker à sa parution. Retour sur un livre complexe mais exceptionnel…

Le livre est divisé en 4 parties :
I : Annie (chapitres 1-36).
II : Misery (chapitre 1-23).
III : Paul (chapitre 1-48).
IV : Déesse ( chapitres 1-11).

A. Les personnages.
1.Paul Sheldon : Personnage central de l’histoire (qu’il nous raconte d’ailleurs de son point de vue ).Il a 42 ans au début du récit et est un écrivain connu surtout pour la saga littéraire à succès ’’Misery’’.Dans le dernier volume, ‘’L’enfant de Misery’’, il tue son héroïne. Suite à un accident de voiture à bord de sa Camaro, sur une route enneigée, il est sauvé in extremis par une dame du nom de Annie Wilkes qui le soigne et le nourris.
2.Annie Wilkes : Ancienne infirmière, elle se dit être l’admiratrice n°1 de Paul. Elle est fascinée par Misery. À la lecture de ‘’L’enfant de Misery’’, elle en veut à Paul d’avoir tué son idole et l’oblige à brûler le manuscrit de son nouveau livre, Fast Cars (qu’il a écrit en 2 ans) et dont elle sait pertinemment que c’est le seul exemplaire et à écrire ‘’Le retour de Misery’’ pour elle, en son honneur.
B.L’histoire : complexité de l’oeuvre.

1.Annie.

Quand tu regardes en l’abîme, l’abîme aussi regarde en toi- Friedrich Nietzsche.

Annie Wilkes raconte à Paul comment elle l’a sauvé et lui raconte tout le bien que les « Misery » lui ont apportés. Tout ce bonheur. Mais Paul se rend bien vite compte que quelque chose ne tourne pas rond chez cette femme puisque celle-ci n’a même pas prévenu des secours extérieurs et que avant son accident, elle le suivait (ce qui explique qu’il ait été sauvé si vite).Il lui laisse lire le manuscrit de Fast Cars, son nouveau livre qu’elle trouve grossier et manquant de noblesse. Elle attaque alors la lecture de ‘’L’enfant de Misery’’.Lorsqu’il lui réclame ses gélules, Annie les lui fait boire après ses supplicions avec un peu d’eau sortie d’un seau contenant une solution savonneuse, sableuse et plâtreuse. À la fin du livre de Paul, elle s’énerve sur lui l’accusant d’avoir tué Misery et part durant quelques jours, le laissant seul, sans nourritures et sans gélules dans son « refuge ».51 heures plus tard, elle revient et a un projet pour lui : écrire un nouveau roman « Le retour de Misery » et qui sera son plus grand chef-d’oeuvre. Mais avant, il devra brûler ‘’Fast Cars’’…

2.Misery.


Écrire n’engendre pas la misère, écrire naît de la misère.

Annie lit les premiers chapitres du nouveau roman de Paul et se veut une critique exigeante trouvant que la manière de ressusciter Misery (une transfusion sanguine expérimentale) n’est pas correcte (crédible).Après une idée ( une allergie aux abeille provoquant une catalepsie) il lui fait lire le compte rendu et elle rempli les ’’n’’ manquants (car Paul tape à la machine à écrire et il manque la lettre n).Mais rapidement quelque chose ne va pas. Annie rentre dans une profonde dépression et s’éclipse dans son refuge. Paul fouille la maison et découvre la bible familiale de Wilkes (voir rubrique : le passé d’Annie).Mais peu de temps après qu’il soit remonté dans son lit, Annie se rend compte de ses petites sorties et lui tranche le pied avec une hache pour que Paul ne puisse plus s’enfuir.

ZOOM SUR :Annie et le reste du monde :
La femme entretient de très mauvais rapports avec les autres : elle croit que tout le monde est contre elle et se montre agressive avec n’importe qui. Annie sait que beaucoup sont au courant de ce qu’elle a fait et sait qu’on la considère comme une folle. Ce qui est vrai. Car Wilkes a des comportements défiant l’imagination et souvent dénué d’humanité. Et les gens qui en font les frais en souffrent généralement beaucoup ou finissent par mourir. Même son mari l’a quitté.

3.Paul.

C’est inutile. J’ai essayé de dormir depuis une demi-heure, et je n’y arrive pas. Écrire, ici est une sorte de drogue. C’est la seule chose que j’espère et attends. Cet après-midi, j’ai lu ce que j’ai écrit…et ça m’a paru plein de vivacité. Je sais que cela tient à mon imagination, qui remplit tous les vides qu’une autre personne ne comprendrait pas. C’est de la vanité, au fond..Mais c’est comme une sorte de magie…et je ne peux tout simplement pas vivre dans ce présent là. Sinon, je deviendrai fou.-John Fowles, l’Obsédé.

L’écriture du roman se poursuit. Annie veut en finir et demande à Paul de lui raconter la fin en lui offrant de la glace à la vanille. Mais ce dernier refuse en jetant la faute sur ses médiocres qualités de conteur ( alors qu’en fait c’était parce que si il lui révélait tout il se ferait ensuite tuée par elle, la déesse). Les lettres T et E disparaissent de la machine à écrire et Paul s’en plaint et Annie, de colère, lui coupe le pouce gauche. Un policier arrive alors et Paul le prévient de sa présence. Mais Annie le tue. Et tandis que le roman touche à sa fin, Annie prévient Paul de se dépêcher. Car les prochains policiers auront un mandat. Et elle n’aura pas d’autres choix que de les tuer, se tuer et tuer Paul. Les dernières pages du livre bouclées, Sheldon brûle son manuscrit en entier sous les yeux d’Annie qui devient hystérique. Après un combat titanesque, la déesse s’écroule et Paul essaye de sortir. Heureusement, des policiers arrivent et le sorte de là. Mais seul bémol, Annie a disparue.

4.Déesse.

Les mois ont passés. Paul a une prothèse et se remet péniblement de cette épreuve. Les cauchemars avec Annie hantent ses nuits. Mais la déesse est bien morte puisque peu de temps après, les policiers retrouvent son corps dans la grange.

Description d’Annie.
La déesse-abeille des Bourkas comme Paul la surnomme fait son entrée en matière en ranimant Paul en lui faisant du bouche-à-bouche (ce qu’il qualifie « d’horrible puanteur faite d’un mélange de chocolat, de jus de poulet et de ces pâtisseries spongieuses à base de beurre et de cacahuètes » ).Il se rend vite compte qu’elle est cinglée et la compare à ces idoles de pierres tout droit sortie d’un roman de H.Rider Haggard. Elle est grande, très grande et en dépit de ses attributs féminins (ses seins) ne présente aucune courbe féminine. C’est un corps monumental mais sans générosité et entouré de jupes ou de jeans. Paul la décrit (et ce alors qu’il ne la connaît pas vraiment) comme un bloc de marbre qui n’aurait pas de vaisseaux sanguins ni organes : elle imprègne le malaise et fait ressentir de la terreur. Néanmoins, et ce à cause du fait que tout le monde sait qui est vraiment « Annie », elle se doit de sauver les apparences et nettoie de ce fait sa maison le mieux possible. Paul se rend alors compte que si Annie n’est pas réellement une idole, elle risquait de détruire ce qu’il y avait en lui. Lorsque quelque chose perturbe la dame, elle entre dans une sorte de colère noire, une transe, ou chaque acte est détaché de toute raison. Paradoxalement, Annie est
une grande chrétienne et prie énormément et cherche à remettre Paul dans le « droit chemin ». Mais ces sautes d’humeurs lui font du mal. Lorsqu’il lui demande si elle peut changer le papier acheté pour la rédaction de son nouveau livre, Annie lui tape sur le genoux alors que ses jambes sont en miettes.

Les traitements d’Annie : les punitions de Paul.

Lorsque Annie se rend compte que Sheldon est allé dans les autres pièces de la maison (en déverrouillant la porte de la chambre à l’aide d’une épingle à cheveux) elle devient furieuse et lui fait subir ‘’l’estropiage’’ qui consiste à couper le pied de la personne afin qu’elle ne puisse plus s’enfuir tout en continuant à écrire. Wilkes lui fait une piqure, lui induit le pied de Bétadine et lui tranche le pied à la hache. Mais après l’acte, elle dit à Paul qu’il est le seul responsable de ce qui c’est produit. Elle en fera de même avec son pouce.
Le travail de Paul.
Au début, Paul qualifie son travail de la manière suivante : il écrit 2 sortes de livres : ceux qui sont bons et ceux qui se vendent bien. Le fait qu’il ne fasse qu’un manuscrit lors de la conception d’un roman se révèle être de la bonne vieille et pure superstition.

La machine : une vieille Royal à laquelle il manque la lettre n.

Les gélules : Le Novril, les médicaments antidouleurs à base de codéine et auxquels Paul deviendra rapidement dépendant. Lorsque Annie part, il essaye de s’en procurer un maximum pour s’en constituer une réserve et se voit doter d’une force herculéenne afin d’explorer la maison à la recherche des précieuses gélules.

Le jargon d’Annie : Wilkes emploie souvent le mot « biscornouilles » quand elle juge que quelque chose ou quelque n’est pas bien. « Oiseau » est également un terme sortant de sa bouche lorsqu’elle veut jurer car après tout, Annie est ’’bien élevée’’.‘’Sale branleur ‘’ est également cité lorsque Paul brûle le roman.

Le passé d’Annie :

Au début on ne sait pas grand-chose de sa vie si ce n’est que sa mère, à laquelle Wilkes tient plus que tout est morte vingt ans plus tôt et qu’elle a du comparaitre au tribunal de Denver. Suite à la découverte de la bible familiale d’Annie (le chemin du souvenirs), Paul apprend qu’elle est née le 1er avril 1943 et que rapidement, des choses terribles sont arrivées là où Wilkes est passée. D’abord, dans l’immeuble de son enfance, où cinq personnes on trouvées la mort, ensuite, son père, décédé d’une chute accidentelle. Enfin, une centaine de personnes ont trouvés la mort quand elle était infirmière à l’hôpital ou à la maternité. C’est dans ce dernier lieu que Annie avait tuée beaucoup de nouveau né et qu’on l’avait accusée, à juste titre, mais relâchée manque de preuves. Le fait qu’elle garde toute ses informations sous formes de coupures de presses dans un livre renforce le caractère macabre de la chose. Car à la dernière page, se trouve un article sur Paul.

Shéhérazade : Comme la célèbre héroïne des milles et une nuits, Paul écrit petit bout par petit bout l’histoire de Misery pour Annie qui attend avec impatience la fin du roman avant de tuer son auteur.

Annie, un monstre ?

Lorsque Annie est dépressive, elle n’a plus rien d’humain. La peau inerte, des marques d’autodestructions sur elle-même (rougeurs, saignements,…), les vêtements mis à l’envers et pleins de traces de nourritures. Wilkes est réellement déstabilisée et dérangée. Un peu comme avec l’épisode du rat, piégé et qui se meurt, et auquel elle boit son sang en l’écrasant de sa main de bûcheronne. Annie pense au suicide. Constamment. Elle est névrosée et se sent incomprise.

À voir également : → le film ’’Misery’’ de Rob Reiner (1990), adaptation du roman avec Kathy Bates.
À lire aussi : →les autres romans de Stephen King mais plus particulièrement Shining, Cujo et aussi la nouvelle Brume (extraite du recueil de nouvelles du même nom).


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