A crazy world


53.Le chien, meilleur ami de l’homme ?

En France, ce dimanche 28 octobre, une vieille dame a été mordue par deux bergers allemands appartenant à son voisin, alors que cette dernière était dans son propre jardin.Les blessures étant très graves, la femme est décédée.Le débat est donc une nouvelle fois relancé : le chien est-il dangereux ?

53.Le chien, meilleur ami de l'homme ? dans société berger-allemand-chien-mechant2

 

   Selon les scientifiques  la réponse est non.Aucune race n’est dangereuse à la base.Mais ce sont les conditions de vie, l’éducation, la privation qui peuvent en modifier le comportement.Certains chiens sont d’ailleurs dressés à l’attaque par leur maître.Ils développent alors de l’agressivité qu’ils peuvent manifester à l’égard de leur maître, d’étrangers ou d’autres animaux.Les délinquants canins (chien n’ayant pas reçu d’éducation du tout) sont donc plus enclin à devenir dominant et agressif.

   Pourtant,il ne faut pas oublier que le chien est avant tout un prédateur et qu’en Belgique  et que l’ on en dénombre plus de un million.Qu’il possède 42 dents puissantes et tranchantes, que ses dents sont capables de déchirer, couper et broyer, que grâce à ses puissants muscles maxillaires, son museau peut être une arme dangereuse et une sorte de «meule» avec laquelle il déchiquette et même broie les os. Que plus les chiens sont grands, plus ils possèdent de grandes dents. Ainsi, lorsqu’un gros chien mord, il fait plus mal qu’un petit chien et la personne qui se fait attaquer aura alors une blessure plus profonde que si elle s’était fait mordre par de plus petites dents.  

   Mais alors, que faire ? La grande solution serait la socialisation du chien, c’est-à-dire apprendre à l’animal l’ensemble des comportements nécessaires à la vie en meute.Le confronter à toute les situations peut aussi être important, lui faire voir des enfants, des personnes âgées afin qu’il apprenne à se « conformer », car le chien est avant tout un animal sauvage et si il a peur, les morsures infligées à ses victimes sont généralement les plus graves.Une morsure sur deux est d’ailleurs causée par la crainte de l’animal.Son éducation est donc capitale.Car le chiot s’identifie à l’espèce dont il reçoit l’apprentissage et en  ressort « imprégné ».Cet état est bien évidemment irréversible.

   Néanmoins, tout ne dépend pas du chien.Combien de maîtres se baladent avec lui sans aucune laisse dans les lieux publics grouillant d’enfants qui peuvent donc être des proies faciles pour l’animal ? On ne sait jamais comment réagi une bête et la première erreur que l’on puisse faire est de dire que le chien est le meilleur ami de l’homme.

   Donc, un chien dangereux doit-il être euthanasié ? La réponse est oui.Et cela coule de source.Car l’animal aura tendance à recommencer.C’est avant tout un animal et ses instincts primitifs peuvent ressortir malgré « une socialisation bien enracinée ». Et puis, c’est un moyen de dédommager ses familles dont les membres ont étés défigurés ou blessés grièvement  et qui seront marqués à vie par cet événement.


52.Laurent Gerra (imite Johnny Hallyday).

Image de prévisualisation YouTube

51.Le château des Carpathes-Jules Verne (1892) : chapitre I.

51.Le château des Carpathes-Jules Verne (1892) : chapitre I. dans Littérature 1124523_4527037

Cette histoire n’est pas fantastique, elle n’est que romanesque. Faut-il en conclure qu’elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d’un temps où tout arrive, — on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n’est point vraisemblable aujourd’hui, il peut l’être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le  by Giant Savings » href= »http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Ch%C3%A2teau_des_Carpathes/1# »>lot de l’avenir, et personne ne s’aviserait de le mettre au rang des légendes. D’ailleurs, il ne se crée plus de légendes au déclin de ce pratique et positif dix-neuvième siècle, ni en Bretagne, la contrée des farouches korrigans, ni en Écosse, la terre des brownies et des gnomes, ni en Norvège, la patrie des ases, des elfes, des sylphes et des valkyries, ni même en Transylvanie, où le cadre des Carpathes se prête si naturellement à toutes les évocations psychagogiques. Cependant il convient de noter que le pays transylvain est encore très attaché aux superstitions des premiers âges.

Ces provinces de l’extrême Europe, M. de Gérando les a décrites, Élisée Reclus les a visitées. Tous deux n’ont rien dit de la curieuse histoire sur laquelle repose ce roman. En ont-ils eu connaissance ? peut-être, mais ils n’auront  by Giant Savings » href= »http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Ch%C3%A2teau_des_Carpathes/1# »>point voulu y ajouter foi. C’est regrettable, car ils l’eussent racontée, l’un avec la précision d’un annaliste, l’autre avec cette poésie instinctive dont sont empreintes ses relations de voyage.

Puisque ni l’un ni l’autre ne l’ont fait, je vais essayer de le faire pour eux.

Le 29 mai de cette année-là, un berger surveillait son troupeau à la lisière d’un plateau verdoyant, au pied du Retyezat, qui domine une vallée fertile, boisée d’arbres à tiges droites, enrichie de belles cultures. Ce plateau élevé, découvert, sans abri, les galernes, qui sont les vents de nord-ouest, le rasent pendant l’hiver comme avec un rasoir de barbier. On dit alors, dans le pays, qu’il se fait la barbe — et parfois de très près.

Ce berger n’avait rien d’arcadien dans son accoutrement, ni de bucolique dans son attitude. Ce n’était pas Daphnis, Amyntas, Tityre, Lycidas ou Mélibée. Le Lignon ne murmurait point à ses pieds ensabotés de gros socques de bois : c’était la Sil valaque, dont les eaux fraîches et pastorales eussent été dignes de couler à travers les méandres du roman de l’Astrée.

Frik, Frik du village de Werst — ainsi se nommait ce rustique pâtour —, aussi mal tenu de sa personne que ses bêtes, bon à loger dans cette sordide crapaudière, bâtie à l’entrée du village, où ses moutons et ses porcs vivaient dans une révoltante prouacrerie —, seul mot, emprunté de la vieille langue, qui convienne aux pouilleuses bergeries du comitat.

L’immanum pecus paissait donc sous la conduite dudit Frik, — immanioripse. Couché sur un tertre matelassé d’herbe, il dormait d’un œil, veillant de l’autre, sa grosse pipe à la bouche, parfois sifflant ses chiens, lorsque quelque brebis s’éloignait du pâturage, ou donnant un coup de bouquin que répercutaient les échos multiples de la montagne.

Il était quatre heures après midi. Le soleil commençait à décliner. Quelques sommets, dont les bases se noyaient d’une brume flottante, s’éclairaient dans l’est. Vers le sud-ouest, deux brisures de la chaîne laissaient passer un oblique faisceau de rayons, comme un jet lumineux qui filtre par une porte entrouverte.

Ce système orographique appartenait à la portion la plus sauvage de la Transylvanie, comprise sous la dénomination de comitat de Klausenburg ou Kolosvar.

Curieux fragment de l’empire d’Autriche, cette Transylvanie, « l’Erdely » en magyar, c’est-à-dire « le pays des forêts ». Elle est limitée par la Hongrie au nord, la Valachie au sud, la Moldavie à l’ouest. Étendue sur soixante mille kilomètres carrés, soit six millions d’hectares — à peu près le neuvième de la France —, c’est une sorte de Suisse, mais de moitié plus vaste que le domaine helvétique, sans être plus peuplée. Avec ses plateaux livrés à la culture, ses luxuriants pâturages, ses vallées capricieusement dessinées, ses cimes sourcilleuses, la Transylvanie, zébrée par les ramifications d’origine plutonique des Carpathes, est sillonnée de nombreux cours d’eaux qui vont grossir la Theiss et ce superbe Danube, dont les Portes de Fer, à quelques milles au sud[1], ferment le défilé de la chaîne des Balkans sur la frontière de la Hongrie et de l’empire ottoman.

Tel est cet ancien pays des Daces, conquis par Trajan au premier siècle de l’ère chrétienne. L’indépendance dont il jouissait sous jean Zapoly et ses successeurs jusqu’en 1699, prit fin avec Léopold Ier, qui l’annexa à l’Autriche. Mais, quelle qu’ait été sa constitution politique, il est resté le commun habitat de diverses races qui s’y coudoient sans se fusionner, les Valaques ou Roumains, les Hongrois, les Tsiganes, les Szeklers d’origine moldave, et aussi les Saxons que le temps et les circonstances finiront par « magyariser » au profit de l’unité transylvaine.

A quel type se raccordait le berger Frik ? Était-ce un descendant dégénéré des anciens Daces ? Il eût été malaisé de se prononcer, à voir sa chevelure en désordre, sa face machurée, sa barbe en broussailles, ses sourcils épais comme deux brosses à crins rougeâtres, ses yeux pers, entre le vert et le bleu, et dont le larmier humide était circonscrit du cercle sénile. C’est qu’il est âgé de soixante-cinq ans, — il y a lieu de le croire du moins. Mais il est grand, sec, droit sous son sayon jaunâtre moins poilu que sa poitrine, et un peintre ne dédaignerait pas d’en saisir la silhouette, lorsque, coiffé d’un chapeau de sparterie, vrai bouchon de paille, il s’accote sur son bâton à bec de corbin, aussi immobile qu’un roc.

Au moment où les rayons pénétraient à travers la brisure de l’ouest, Frik se retourna ; puis, de sa main à demi fermée, il se fit un porte-vue — comme il en eût fait un porte-voix pour être entendu au loin et il regarda très attentivement.

Dans l’éclaircie de l’horizon, à un bon mille, mais très amoindri par l’éloignement, se profilaient les formes d’un burg. Cet antique château occupait, sur une croupe isolée du col de Vulkan, la partie supérieure d’un plateau appelé le plateau d’Orgall. Sous le jeu d’une éclatante lumière, son relief se détachait crûment, avec cette netteté que présentent les vues stéréoscopiques. Néanmoins, il fallait que l’œil du pâtour fût doué d’une grande puissance de vision pour distinguer quelque détail de cette masse lointaine.

Soudain le voilà qui s’écrie en hochant la tête :

« Vieux burg !… Vieux burg !… Tu as beau te carrer sur ta base !… Encore trois ans, et tu auras cessé d’exister, puisque ton hêtre n’a plus que trois branches ! » Ce hêtre, planté à l’extrémité de l’un des bastions du burg, s’appliquait en noir sur le fond du ciel comme une fine découpure de papier, et c’est à peine s’il eût été visible pour tout autre que Frik à cette distance. Quant à l’explication de ces paroles du berger, qui étaient provoquées par une légende relative au château, elle sera donnée en son temps.

« Oui ! répéta-t-il, trois branches… Il y en avait quatre hier, mais la quatrième est tombée cette nuit… Il n’en reste que le moignon… je n’en compte plus que trois à l’enfourchure… Plus que trois, vieux burg… plus que trois ! »

Lorsqu’on prend un berger par son côté idéal, l’imagination en fait volontiers un. être rêveur et contemplatif ; il s’entretient avec les planètes ; il confère avec les étoiles ; il lit dans le ciel. Au vrai, c’est généralement une brute ignorante et bouchée. Pourtant la crédulité publique lui attribue aisément le don du surnaturel ; il possède des maléfices ; suivant son humeur, il conjure les sorts ou les jette aux gens et aux bêtes — ce qui est tout un dans ce cas ; il vend des poudres sympathiques ; on lui achète des philtres et des formules. Ne va-t-il pas jusqu’à rendre les sillons stériles, en y lançant des pierres enchantées, et les brebis infécondes rien qu’en les regardant de l’œil gauche ? Ces superstitions sont de tous les temps et de tous les pays. Même au milieu des campagnes plus civilisées, on ne passe pas devant un berger, sans lui adresser quelque parole amicale, quelque bonjour significatif, en le saluant du nom de « pasteur » auquel il tient. Un coup de chapeau, cela permet d’échapper aux malignes influences, et sur les chemins de la Transylvanie, ou ne s’y épargne pas plus qu’ailleurs.

Frik était regardé comme un sorcier, un évocateur d’apparitions fantastiques. A entendre celui-ci, les vampires et les stryges lui obéissaient ; à en croire celui-là, on le rencontrait, au déclin de la lune, par les nuits sombres, comme on voit en d’autres contrées le grand bissexte, achevalé sur la vanne des moulins, causant avec les loups ou rêvant aux étoiles.

Frik laissait dire, y trouvant profit. Il vendait des charmes et des contre-charmes. Mais, observation à noter, il était lui-même aussi crédule que sa clientèle, et s’il ne croyait pas à ses propres sortilèges, du moins ajoutait-il foi aux légendes qui couraient le pays.

On ne s’étonnera donc pas qu’il eût tiré ce pronostic relatif à la disparition prochaine du vieux burg, puisque le hêtre était réduit à trois branches, ni qu’il eût hâte d’en porter la nouvelle à Werst.

Après avoir rassemblé son troupeau en beuglant à pleins poumons à travers un long bouquin de bois blanc, Frik reprit le chemin du village. Ses chiens le suivaient harcelant les bêtes — deux demi-griffons bâtards, hargneux et féroces, qui semblaient plutôt propres à dévorer des moutons qu’à les garder. Il y avait là une centaine de béliers et de brebis, dont une douzaine d’antenais de première année, le reste en animaux de troisième et de quatrième année, soit de quatre et de six dents.

Ce troupeau appartenait au juge de Werst, le biró Koltz, lequel payait à la commune un gros droit de brébiage, et qui appréciait fort son pâtour Frik, le sachant très habile à la tonte, et très entendu au traitement des maladies, muguet, affilée, avertin, douve, encaussement, falère, clavelée, piétin, rabuze et autres affections d’origine pécuaire.

Le troupeau marchait en masse compacte, le sonnailler devant, et, près de lui, la brebis birane, faisant tinter leur clarine au milieu des bêlements.

Au sortir de la pâture, Frik prit un large sentier, bordant de vastes champs. Là ondulaient les magnifiques épis d’un blé très haut sur tige, très long de chaume ; là s’étendaient quelques plantations de ce « koukouroutz », qui est le maïs du pays. Le chemin conduisait à la lisière d’une forêt de pins et de sapins, aux dessous frais et sombres. Plus bas, la Sil promenait son cours lumineux, filtré par le cailloutis du fond, et sur lequel flottaient les billes de bois débitées par les scieries de l’amont.

Chiens et moutons s’arrêtèrent sur la rive droite de la rivière et se mirent à boire avidement au ras de la berge, en remuant le fouillis des roseaux.

Werst n’était plus qu’à trois portées de fusil, au-delà d’une épaisse saulaie, formée de francs arbres et non de ces têtards rabougris, qui touffent à quelques pieds au-dessus de leurs racines. Cette saulaie se développait jusqu’aux pentes du col de Vulkan, dont le village, qui porte ce nom, occupe une saillie sur le versant méridional des massifs du Plesa.

La campagne était déserte à cette heure. C’est seulement à la nuit tombante que les gens de culture regagnent leur foyer, et Frik n’avait pu, chemin faisant, échanger le bonjour traditionnel. Son troupeau désaltéré, il allait s’engager entre les plis de la vallée, lorsqu’un homme apparut au tournant de la Sil, une cinquantaine de pas en aval.

— Eh ! l’ami ! » cria-t-il au pâtour.

C’était un de ces forains qui courent les marchés du comitat. On les rencontre dans les villes, dans les bourgades, jusque dans les plus modestes villages. Se faire comprendre n’est point pour les embarrasser : ils parlent toutes les langues. Celui-ci était-il italien, saxon ou valaque ? Personne n’eût pu le dire ; mais il était juif, juif polonais, grand, maigre, nez busqué, barbe en pointe, front bombé, yeux très vifs.

Ce colporteur vendait des lunettes, des thermomètres, des baromètres et de petites horloges. Ce qui n’était pas renfermé dans la balle assujettie par de fortes bretelles sur ses épaules, lui pendait au cou et à la ceinture : un véritable brelandinier, quelque chose comme un étalagiste ambulant.

Probablement ce juif avait le respect et peut-être la crainte salutaire qu’inspirent les bergers. Aussi salua t-il Frik de la main. Puis, dans cette langue roumaine, qui est formée du latin et du slave, il dit avec un accent étranger :

« Cela va-t-il comme vous voulez, l’ami ? 

— Oui… suivant le temps, répondit Frik.

— Alors vous allez bien aujourd’hui, car il fait beau.

— Et j’irai mal demain, car il pleuvra.

— Il pleuvra ?… s’écria le colporteur. Il pleut donc sans nuages dans votre pays ?

— Les nuages viendront cette nuit… et de là-bas… du mauvais côté de la montagne. 

— A quoi voyez-vous cela ?

— A la laine de mes moutons, qui est rêche et sèche comme un cuir tanné.

— Alors ce sera tant pis pour ceux qui arpentent les grandes routes…

— Et tant mieux pour ceux qui seront restés sur la porte de leur maison.

— Encore faut-il posséder une maison, pasteur.

— Avez-vous des enfants ? dit Frik.

— Non.

— Etes-vous marié ?

— Non. »

Et Frik demandait cela parce que, dans le pays, c’est l’habitude de le demander à ceux que l’on rencontre.

Puis, il reprit :

« D’où venez-vous, colporteur ?…

— D’Hermanstadt. »

Hermanstadt est une des principales bourgades de la Transylvanie. En la quittant, on trouve la vallée de la Sil hongroise, qui descend jusqu’au bourg de Petroseny.

« Et vous allez ?…

— A Kolosvar. »

Pour arriver à Kolosvar, il suffit de remonter dans la direction de la vallée du Maros ; puis, par Karlsburg, en suivant les premières assises des monts de Bihar, on atteint la capitale du comitat. Un chemin d’une vingtaine de milles [2]au plus.

En vérité, ces marchands de thermomètres, baromètres et patraques, évoquent toujours l’idée d’êtres à part, d’une allure quelque peu hoffmanesque. Cela tient à leur métier. Ils vendent le temps sous toutes ses formes, celui qui s’écoule, celui qu’il fait, celui qu’il fera, comme d’autres porteballes vendent des paniers, des tricots ou des cotonnades. On dirait qu’ils sont les commis voyageurs de la Maison Saturne et Cie à l’enseigne du Sablier d’or. Et, sans doute, ce fut l’effet que le juif produisit sur Frik, lequel regardait, non sans étonnement, cet étalage d’objets, nouveaux pour lui, dont il ne connaissait pas la destination.

« Eh ! colporteur, demanda-t-il en allongeant le bras, à quoi sert ce bric-à-brac, qui cliquète à votre ceinture comme les os d’un vieux pendu ?

— Ça, c’est des choses de valeur, répondit le forain, des choses utiles à tout le monde.

— A tout le monde, s’écria Frik, en clignant de l’œil, — même à des bergers ?…

— Même à des bergers.

— Et cette mécanique ?…

— Cette mécanique, répondit le juif en faisant sautiller un thermomètre entre ses mains, elle vous apprend s’il fait chaud ou s’il fait froid.

— Eh ! l’ami, je le sais de reste, quand je sue sous mon sayon, ou quand je grelotte sous ma houppelande. »

Évidemment, cela devait suffire à un pâtour, qui ne s’inquiétait guère des pourquoi de la science.

« Et cette grosse patraque avec son aiguille ? reprit-il en désignant un baromètre anéroïde.

— Ce n’est point une patraque, c’est un instrument qui vous dit s’il fera beau demain ou s’il pleuvra…

— Vrai ?…

— Vrai.

— Bon ! répliqua Frik, je n’en voudrais point, quand ça ne coûterait qu’un kreutzer. Rien qu’à voir les nuages traîner dans la montagne ou courir au-dessus des plus hauts pics, est-ce que je ne sais pas le temps vingt-quatre heures à l’avance ? Tenez, vous voyez cette brumaille qui semble sourdre du sol ?… Eh bien, je vous l’ai dit, c’est de l’eau pour demain. » 

En réalité, le berger Frik, grand observateur du temps, pouvait se passer d’un baromètre.

« Je ne vous demanderai pas s’il vous faut une horloge ? reprit le colporteur.

— Une horloge ?… J’en ai une qui marche toute seule, et qui se balance sur ma tête. C’est le soleil de là-haut. Voyez-vous, l’ami, lorsqu’il s’arrête sur la pointe du Rodük, c’est qu’il est midi, et lorsqu’il regarde à travers le trou d’Egelt, c’est qu’il est six heures. Mes moutons le savent aussi bien que moi, mes chiens comme nies moutons. Gardez donc vos patraques.

— Allons, répondit le colporteur, si je n’avais pas d’autres clients que les pâtours, j’aurais de la peine à faire fortune ! Ainsi, vous n’avez besoin de rien ?…

— Pas même de rien. »

Du reste, toute cette marchandise à bas prix était de fabrication très médiocre, les baromètres ne s’accordant pas sur le variable ou le beau fixe, les aiguilles des horloges marquant des heures trop longues ou des minutes trop courtes — enfin de la pure camelote. Le berger s’en doutait peut-être et n’inclinait guère à se poser en acheteur. Toutefois, au moment où il allait reprendre son bâton, le voilà qui secoue une sorte de tube, suspendu à la bretelle du colporteur, en disant :

« A quoi sert ce tuyau que vous avez là ?…

— Ce tuyau n’est pas un tuyau.

— Est-ce donc un gueulard ? »

Et le berger entendait par là une sorte de vieux pistolet à canon évasé.

« Non, dit le juif, c’est une lunette. »

C’était une de ces lunettes communes, qui grossissent cinq à six fois les objets, ou les rapprochent d’autant, ce qui produit le même résultat.

Frik avait détaché l’instrument, il le regardait, il le maniait, il le retournait bout pour bout, il en faisait glisser l’un sur l’autre les cylindres. 

Puis, hochant la tête « Une lunette ? dit-il.

— Oui, pasteur, une fameuse encore, et qui vous allonge joliment la vue.

— Oh ! j’ai de bons yeux, l’ami. Quand le temps est clair, j’aperçois les dernières roches jusqu’à la tête du Retyezat, et les derniers arbres au fond des défilés du Vulkan.

— Sans cligner ?…

— Sans cligner. C’est la rosée qui me vaut ça, lorsque je dors du soir au matin à la belle étoile. Voilà qui vous nettoie proprement la prunelle.

— Quoi… la rosée ? répondit le colporteur. Elle rendrait plutôt aveugle…

— Pas les bergers.

— Soit ! Mais si vous avez de bons yeux, les miens sont encore meilleurs, lorsque je les mets au bout de ma lunette.

— Ce serait à voir.

— Voyez en y mettant les vôtres…

— Moi ?…

— Essayez.

— Ça ne me coûtera rien ? demanda Frik, très méfiant de sa nature.

— Rien… à moins que vous ne vous décidiez à m’acheter la mécanique. »

Bien rassuré à cet égard, Frik prit la lunette, dont les tubes furent ajustés par le colporteur. Puis, ayant fermé l’œil gauche, il appliqua l’oculaire à son œil droit.

Tout d’abord, il regarda dans la direction du col de Vulkan, en remontant vers le Plesa. Cela fait, il abaissa l’instrument, et le braqua vers le village de Werst.

« Eh ! eh ! dit-il, c’est pourtant vrai… Ça porte plus loin que mes yeux… Voilà la grande rue… je reconnais les gens… Tiens, Nic Deck, le forestier, qui revient de sa tournée, le havresac au dos, le fusil sur l’épaule… 

— Quand je vous le disais ! fit observer le colporteur. — Oui… oui… c’est bien Nic ! reprit le berger. Et quelle est la fille qui sort de la maison de maître Koltz, en jupe rouge et en corsage noir, comme pour aller au-devant de lui ?…

— Regardez, pasteur, vous reconnaîtrez la fille aussi bien que le garçon…

— Eh ! oui !… c’est Miriota… la belle Miriota !… Ah ! les amoureux… les amoureux !… Cette fois, ils n’ont qu’à se tenir, car, moi, je les tiens au bout de mon tuyau, et je ne perds pas une de leurs mignasses ! — Que dites-vous de ma machine ?

— Eh ! eh !… qu’elle fait voir au loin ! »

Pour que Frik en fût à n’avoir jamais auparavant regardé à travers une lunette, il fallait que le village de Werst méritât d’être rangé parmi les plus arriérés du comitat de Klausenburg. Et cela était, on le verra bientôt.

« Allons, pasteur, reprit le forain, visez encore… et plus loin que Werst… Le village est trop près de nous Visez au-delà, bien au-delà, vous dis-je !…

— Et ça ne me coûtera pas davantage ?…

— Pas davantage.

— Bon !… je cherche du côté de la Sil hongroise ! Oui… voilà le clocher de Livadzel… je le reconnais à sa croix qui est manchotte d’un bras… Et, au-delà, dans la vallée, entre les sapins, j’aperçois le clocher de Petroseny, avec son coq de fer-blanc, dont le bec est ouvert, comme s’il allait appeler ses poulettes !… Et là-bas, cette tour qui pointe au milieu des arbres… Ce doit être la tour de Petrilla… Mais, j’y pense, colporteur, attendez donc, puisque c’est toujours le même prix…

— Toujours, pasteur. »

Frik venait de se tourner vers le plateau d’Orgall ; puis, du bout de la lunette, il suivait le rideau des forêts assombries sur les pentes du Plesa, et le champ de l’objectif encadra la lointaine silhouette du burg. 

« Oui ! s’écria-t-il, la quatrième branche est à terre… J’avais bien vu !… Et personne n’ira la ramasser pour en faire une belle flambaison de la Saint-Jean… Non, personne… pas même moi !… Ce serait risquer son corps et son âme… Mais ne vous mettez point en peine !… Il y a quelqu’un qui saura bien la fourrer, cette nuit, au milieu de son feu d’enfer… C’est le Chort ! »

Le Chort, ainsi s’appelle le diable, quand il est évoqué dans les conversations du pays.

Peut-être le juif allait-il demander l’explication de ces paroles incompréhensibles pour qui n’était pas du village de Werst ou des environs, lorsque Frik s’écria, d’une voix où l’effroi se mêlait à la surprise :

« Qu’est-ce donc, cette brume qui s’échappe du donjon ?… Est-ce une brume ?… Non !… On dirait une fumée… Ce n’est pas possible !… Depuis des années et des années, les cheminées du burg ne fument plus ! — Si vous voyez de la fumée là-bas, pasteur, c’est qu’il y a de la fumée.

— Non… colporteur, non ! C’est le verre de votre machine qui se brouille.

— Essuyez-le.

— Et quand je l’essuierais ? »

Frik retourna sa lunette, et, après en avoir frotté les verres avec sa manche, il la remit à son œil.

C’était bien une fumée qui se déroulait à la pointe du donjon. Elle montait droit dans l’air calme, et son panache se confondait avec les hautes vapeurs.

Frik, immobile, ne parlait plus. Toute son attention se concentrait sur le burg que l’ombre ascendante commençait à gagner au niveau du plateau d’Orgall.

Soudain, il rabaissa la lunette, et, portant la main au bissac qui pendait sous son sayon :

« Combien votre tuyau ? demanda-t-il. 

— Un florin et demi [3] », répondit le colporteur.

Et il aurait cédé sa lunette même au prix d’un florin, pour peu que Frik eut manifesté l’intention de la marchander. Mais le berger ne broncha pas. Visiblement sous l’empire d’une stupéfaction aussi brusque qu’inexplicable, il plongea la main au fond de son bissac, et en retira l’argent.

« C’est pour votre compte que vous achetez cette lunette ? demanda le colporteur.

— Non… pour mon maître, le juge Koltz.

— Alors il vous remboursera…

— Oui… les deux florins qu’elle me coûte…

— Comment… les deux florins ?…

— Eh ! sans doute !… Là-dessus, bonsoir, l’ami.

— Bonsoir, pasteur. »

Et Frik, sifflant ses chiens, poussant son troupeau, remonta rapidement dans la direction de Werst.

Le juif, le regardant s’en aller, hocha la tête, comme s’il avait eu à faire à quelque fou :

Si j’avais su, murmura-t-il, je la lui aurais vendue plus cher, ma lunette ! »

Puis, quand il eut rajusté son étalage à sa ceinture et sur ses épaules, il prit la direction de Karlsburg, en redescendant la rive droite de la Sil.

Où allait-il ? Peu importe. Il ne fait que passer dans ce récit. On ne le reverra plus.


50.Blague du jour.

Une famille anglaise passe des vacances en Allemagne. Au cours d’une promenade, ils remarquent une belle maisonnette qui leur paraît particulièrement adaptée à leurs prochaines vacances. Le propriétaire est un pasteur sympathique et leur propose aussitôt un contrat de location .De retour en Angleterre, la dame s’aperçoit qu’elle n’avait pas vu les W-C au cours de la visite. Elle décide donc d’écrire au pasteur pour lui faire préciser où ils se trouvent
Quand il reçut la lettre, le pasteur ne comprit pas l’abréviation «W-C» et pensa qu’il s’agissait d’une église germano-anglaise appelée «WOLLS-CHAPELS». Voici sa réponse:
«Madame, j’apprécie votre demande et j’ai l’honneur de vous informer que le lieu qui vous intéresse se trouve à 12km de la maison ce qui est gênant pour celui qui s’y rend souvent.
Ce dernier peut emporter son déjeuner avec lui, il faut s’y rendre soit à bicyclette soit en voiture ou alors à pied, mais il est préférable d’arriver à l’heure pour avoir une place assise et pour ne pas déranger les autres. Dans ce local il y a de l’air conditionné très agréable, les enfants s’assoient à côté de leurs parents, et tout le monde chante en chœur. A l’entrée il vous sera donné une feuille de papier. Ceux qui arrivent en retard peuvent se servir des feuilles de leurs voisins, toutes les feuilles doivent être rendues à la fin de façon à être distribué aux pauvres. Le lieu est aménagé d’amplificateurs de son, afin qu’on puisse entendre dehors ce qu’on fait à l’intérieur. On y trouve des vitres spécialisées pour permettre de contempler les fidèles dans leurs diverses positions. Ceci dit, j’espère avoir très clair dans ma description


49.Le jeu du bouton (Richard Matheson).

Début octobre, nous vous parlions du film « the box » qui était tiré d’une oeuvre de l’écrivain américain Richard Matheson.Voici donc la nouvelle qui a inspiré le film.

 

49.Le jeu du bouton (Richard Matheson).

Le paquet était déposé sur le seuil : un cartonnage cubique clos par une  simple bande gommée, portant leur adresse en capitales écrites à la main : Mr. et Mrs. Arthur Lewis, 217E 37ème Rue, New York. Norma le ramassa, tourna la clé dans la serrure et entra. La nuit tombait. 
Quand elle eut mis les côtelettes d’agneau à rôtir, elle se confectionna un martini-vodka et s’assit pour défaire le paquet. 
Elle y trouva une commande à bouton fixée sur une petite boîte en contre-plaqué. Un dôme de verre protégeait le bouton. Norma essaya de l’ôter, mais il était solidement assujetti. Elle renversa la boîte et vit une feuille de papier pliée, collée avec du scotch sur le fond de la caissette. Elle lut ceci : Mr. Stewart se présentera chez vous ce soir à vingt heures. 
Norma plaça la boîte à côté d’elle sur le sofa. Elle savoura son martini et relut en souriant la phrase dactylographiée. 
Peu après, elle regagna la cuisine pour éplucher la salade. 

A huit heures précises, le timbre de la porte retentit. « J’y vais », déclara Norma. Arthur était installé avec un livre dans la salle de séjour. 
Un homme de petite taille se tenait sur le seuil. Il ôta son chapeau. « Mrs. Lewis ? » s’enquit-il poliment. 
« C’est moi. » 
« Je suis Mr. Steward. » 
« Ah ! bien. » Norma réprima un sourire. Le classique représentant, elle en était maintenant certaine. 
« Puis-je entrer ? » 
« J’ai pas mal à faire », s’excusa Norma. « Mais je vais vous rendre votre joujou. » Elle amorça une volte-face. 
« Ne voulez-vous pas savoir de quoi il s’agit ? » 
Norma s’arrêta. Le ton de Mr. Steward avait été plutôt sec. 
« Je ne pense pas que ça nous intéresse », dit-elle. 
« Je pourrais cependant vous prouver sa valeur. » 
« En bons dollars ? » riposta Norma. 
Mr. Steward hocha la tête. « En bons dollars, certes. » 
Norma fronça les sourcils. L’attitude du visiteur ne lui plaisait guère. « Qu’essayez-vous de vendre ? » demanda-t-elle. 
« Absolument rien, madame. » 
Arthur sortit de la salle de séjour. « Une difficulté ? » 
Mr. Steward se présenta. 
« Ah ! oui, le … » Arthur eut un geste en direction du living. Il souriait. « Enfin, de quel genre de truc s’agit-il ? » 
« Ce ne sera pas long à expliquer », dit Mr. Steward. « Puis-je entrer ? » 
« Si c’est pour vendre quelque chose … » 
Mr. Steward  by Giant Savings » href= »http://www.affection.org/appuyez-bouton_74428_NOUVELLE_381776_poeme-type-auteur/# »>fit non de la tête. « Je ne vends rien. » 
Arthur regarda sa femme. « A toi de décider », dit-elle. 
Il hésita puis : « Après tout, pourquoi pas ? » 
Ils entrèrent dans la salle de séjour et Mr. Steward prit place sur la chaise de Norma. Il fouilla dans une de ses poches et présenta une enveloppe cachetée. « Il y a là une clé permettant d’ouvrir le dôme qui protège le bouton », expliqua-t-il. Il posa l’enveloppe à côté de la chaise. « Ce bouton est relié à notre bureau. » 
« Dans quel but ? » demanda Arthur. 
« Si vous pressez le bouton, quelque  by Giant Savings » href= »http://www.affection.org/appuyez-bouton_74428_NOUVELLE_381776_poeme-type-auteur/# »>part dans le monde, en Amérique ou ailleurs, un être humain que vous ne connaissez pas mourra. Moyennant quoi vous recevrez cinquante mille dollars. » 
Norma regarda le petit homme avec des yeux écarquillés. Il souriait toujours. 
« Où voulez-vous en venir ? » exhala Arthur. 
Mr. Steward parut stupéfait. « Mais je viens de vous le dire », susurra-t-il. 
« Si c’est une blague, elle n’est pas de très bon goût ! » 
« Absolument pas. Notre offre est on ne peut plus sérieuse. » 
« Mais ça n’a pas de sens ! » insista Arthur. « Vous voudriez nous faire croire … » 
« Et d’abord, quelle maison représentez-vous ? » intervint Norma. 
Mr. Steward montra quelque embarras. « C’est ce que je regrette de ne pouvoir vous dire », s’excusa-t-il. « Néanmoins, je vous garantis que notre organisation est d’importance mondiale. » 
« Je pense que vous feriez mieux de vider les lieux », signifia Arthur en se levant. 
Mr. Steward l’imita. « Comme il vous plaira. » 
« Et de reprendre votre truc à bouton. » 
« Etes-vous certain de ne pas préférer y réfléchir un jour ou deux ? » 
Arthur pris la boîte et l’enveloppe et les fourra de force entre les mains du visiteur. Puis il traversa le couloir et ouvrit la porte. 
« Je vous laisse ma carte », déclara Mr. Steward. Il déposa le bristol sur le guéridon à côté de la porte. 
Quand il fut sorti, Arthur déchira la carte en deux et jeta les morceaux sur le petit meuble. « Bon Dieu ! » proféra-t-il. 
Norma était restée assise dans le living. « De quel genre de truc s’agissait-il en réalité, à ton avis ? » 
« C’est bien le cade de mes soucis ! » grommela-t-il. 
Elle essaya de sourire, mais sans succès. « Ca ne t’inspire aucune curiosité ? » 
Il secoua la tête. « Aucune. » 
Une fois qu’Arthur eut repris son livre, Norma alla finir la vaisselle. 

« Pourquoi ne veux-tu plus en parler ? » demanda Norma. 
Arthur, qui se brossait les dents, leva les yeux et regarda l’image de sa femme reflétée par le miroir de la salle de bains. 
« Ca ne t’intrigue donc pas ? » insista-t-elle. 
« Dis plutôt que ça ne me plaît pas du tout. » 
« Oui, je sais, mais… » Norma plaça un nouveau rouleau dans ses cheveux. « Ca ne t’intrigue pas quand même ? Tu penses qu’il s’agit d’une plaisanterie ? » poursuivit-elle au moment où ils gagnaient leur chambre. 
« Si c’en est une, elle est plutôt sinistre. » 
Norma s’assit sur son lit et retira ses mules. « C’est peut-être une nouvelle sorte de sondage d’opinion. » 
Arthur haussa les épaules. « Peut-être. » 
« Une idée de millionnaire un peu toqué, pourquoi pas ? » 
« Ca se peut. » 
« Tu n’aimerais pas savoir ? » 
Arthur secoua la tête. 
« Mais pourquoi ? » 
« Parce que c’est immoral », scanda-t-il. 
Norma se glissa entre les draps. « Eh bien, moi je trouve qu’il y a de quoi être intrigué. » 
Arthur éteignit, puis se pencha vers sa femme pour l’embrasser. « Bonne nuit, chérie ». 
« Bonne nuit. » Elle lui tapota le dos. 
Norma ferma les yeux. Cinquante mille dollars, songeait-elle. 

Le lendemain, en quittant l’appartement, elle vit la carte déchirée sur le guéridon. D’un geste irraisonné, elle fourra les morceaux dans son sac. Puis elle ferma la porte à clé et rejoignit Arthur dans l’ascenseur. 
Plus tard, profitant de la pause-café, elle sorti les deux moitiés de bristol et les assembla. Il y avait simplement le nom de Mr. Steward et son numéro de téléphone. 
Après le déjeuner, elle prit encore une fois la carte déchirée et la reconstitua avec du scotch. Pourquoi est-ce que je fais ça ? se demanda-t-elle. 
Peu avant cinq heures, elle composait le numéro. 
« Bonjour », modula la voix de Mr. Steward. 
Norma fut sur le point de raccrocher, mais passa outre. Elle s’éclaircit la voix. « Je suis Mrs. Lewis », dit-elle. 
« Mrs. Lewis, parfaitement. » Mr. Steward semblait fort bien disposé. 
« Je me sens curieuse. » 
« C’est tout naturel », convint Mr. Steward. 
« Notez que je ne crois pas un mot de ce que vous nous avez raconté. » 
« C’est pourtant rigoureusement exact », articula Mr. Steward. 
« Enfin, bref… » Norma déglutit. « Quand vous disiez que quelqu’un sur Terre mourrait, qu’entendiez-vous par là ? » 
« Pas autre chose, Mrs. Lewis. Un être humain, n’importe lequel. Et nous vous garantissons même que vous ne le connaissez pas. Et aussi, bien entendu, que vous n’assisteriez même pas à sa mort. » 
« En échange de cinquante mille dollars », insista Norma. 
« C’est bien cela. » 
Elle eut un petit rire moqueur. « C’est insensé. » 
« Ce n’en est pas moins la proposition que nous faisons. Souhaitez-vous que je vous réexpédie la petite boîte ? » 
Norma se cabra. « Jamais de la vie ! » Elle raccrocha d’un geste rageur. 

Le paquet était là, posé près du seuil. Norma le vit en sortant de l’ascenseur. Quel toupet ! songea-t-elle. Elle lorgna le cartonnage sans aménité et ouvrit la porte. Non, se dit-elle, je ne le prendrai pas. Elle entra et prépara le repas du soir. 
Plus tard, elle alla avec son verre de martini-vodka jusqu’à l’antichambre. Entrebâillant la porte, elle ramassa le paquet et revint dans la cuisine, où elle le posa sur la table. 
Elle s’assit dans le living, buvant son cocktail à petites gorgées, tout en regardant par la fenêtre. Au bout d’un moment, elle regagna la cuisine pour s’occuper des côtelettes. Elle cacha le paquet au fond d’un des placards. Elle se promit de s’en débarrasser dès le lendemain matin. 

« C’est peut-être un millionnaire qui cherche à s’amuser aux dépens des gens », dit-elle. 
Arthur leva les yeux de son assiette. « Je ne te comprends vraiment pas. » 
« Enfin, qu’est-ce que ça peut bien signifier ? » 
« Laisse tomber », conseilla-t-il. 
Norma mangea en silence puis, tout à coup, lâcha sa fourchette. « Et si c’était une offre sérieuse ? » 
Arthur la dévisagea d’un oeil effaré. 
« Oui. Si c’était une offre sérieuse ? » 
« Admettons. Et alors ? » Il ne semblait pas se résoudre à conclure. « Que ferais-tu ? Tu reprendrais cette boîte, tu presserais le bouton ? Tu accepterais d’assassiner quelqu’un ? » 
Norma eut une moue méprisante « Oh ! Assassiner … » 
« Et comment donc appellerais-tu ça, toi ? » 
« Puisqu’on ne connaîtrait même pas la personne ? » insista Norma. 
Arthur montra un visage abasourdi. « Serais-tu en train d’insinuer ce que je crois deviner ? » 
« S’il s’agit d’un vieux paysan chinois à quinze mille kilomètres de nous ? Ou d’un nègre famélique du Congo ? » 
« Et pourquoi pas plutôt un bébé de Pennsylvanie ? » rétorqua Arthur. « Ou une petite fille de l’immeuble voisin ? » 
« Ah ! voilà que tu pousses les choses au noir. » 
« Où je veux en venir, Norma, c’est que peu importe qui serait tué. Un meurtre reste un meurtre. » 
« Et où je veux en venir, moi, c’est que s’il s’agit d’un être que tu n’as jamais vu et que tu ne verras jamais, d’un être dont tu n’aurais même pas à savoir comment il est mort, tu refuserais malgré tout d’appuyer sur le bouton ? » 
Arthur regarda sa femme d’un air horrifié. « Tu veux dire que tu accepterais, toi ? » 
« Cinquante mille dollars, Arthur. » 
« Qu’est-ce que ça vient … » 
« Cinquante mille dollars, Arthur », répéta Norma. « La chance pour nous de faire ce voyage en Europe dont nous avons toujours parlé. » 
« Norma. » 
« La chance pour nous d’avoir notre pavillon en banlieue. » 
« Non, Norma. » Athur pâlissait. « Pour l’amour de Dieu, non ! » 
Elle haussa les épaules. « Allons, calme-toi. Pourquoi t’énerver ? Je ne faisais que supposer. » 
Après le dîner, Arthur gagna le living. Au moment de quitter la table, il dit : « Je préférerais ne plus en discuter, si tu n’y vois pas d’inconvénient. » 
Norma fit un geste insouciant. « Entièrement d’accord. » 

Elle se leva plus tôt que de coutume pour faire des crêpes et des oeufs au bacon à l’intention d’Arthur. 
« En quel honneur ? » demanda-t-il gaiement. 
« En l’honneur de rien. » Norma semblait piquée. « J’ai voulu en faire, rien de plus. » 
« Bravo », apprécia-t-il. « Je suis ravi. » 
Elle lui remplit de nouveau sa tasse. « Je tenais à te prouver que je ne suis pas … » Elle s’interrompit avec un geste désabusé. 
« Pas quoi ? » 
« Egoïste. » 
« Ai-je jamais prétendu ça ? » 
« Ma foi … hier soir … » 
Arthur resta muet. 
« Toute cette discussion à propos du bouton », repris Norma. « Je crois que … bref, que tu ne m’as pas comprise .. » 
« Comment cela ? » Il y avait de la méfiance dans la question d’Arthur. 
« Je crois que tu t’es imaginé … » (nouveau geste vague) « que je ne pensais qu’à moi seule. » 
« Oh ! » 
« Et c’est faux. » 
« Norma, je … » 
« C’est faux, je le répète. Quand j’ai parlé du voyage en Europe, du pavillon … » 
« Norma ! Pourquoi attacher tant d’importance à cette histoire ? » 
« Je n’y attache pas d’importance. » Elle s’interrompit, comme si elle avait du mal à trouver son souffle, puis : « j’essaie simplement de te faire comprendre que … » 
« Que quoi ? » 
« Que si je pense à ce voyage, c’est pour nous deux. Que si je pense à un pavillon, c’est pour nous deux. Que si je pense à un appartement plus confortable, à des meubles plus beaux, à des vêtements de meilleure qualité, c’est pour nous deux. Et que si je pense à un bébé, puisqu’il faut tout dire, c’est pour nous deux toujours ! » 
« Mais tout cela, Norma, nous l’aurons. » 
« Quand ? » 
Il la regarda avec désarroi. « Mais tu … » 
« Quand ? » 
« Alors, tu … » Arthur semblait céder du terrain. « Alors, tu penses vraiment … » 
« Moi ? Je pense que si des gens proposent ça, c’est dans un simple but d’enquête ! Ils veulent établir le pourcentage de ceux qui accepteraient ! Ils prétendent que quelqu’un mourra, mais uniquement pour noter les réactions … culpabilité, inquiétude, que sais-je ! Tu ne crois tout de même pas qu’ils iraient vraiment tuer un être humain, voyons ? » 
Arthur resta muet. Elle vit ses mains trembler. Il y eut un instant de silence, puis il se leva et sortit de la cuisine. 
Quand il fut parti à son travail, Norma était toujours assise, les yeux fixés sur sa tasse vide. Je vais être en retard songea-t-elle. Elle haussa les épaules. Quelle importance, après tout ? La place d’une femme est au foyer, et non dans un bureau. 
Alors qu’elle rangeait la vaisselle, elle abandonna brusquement l’évier, s’essuya les mains et sortit le paquet du placard. L’ayant défait, elle posa la petite boîte sur la table. Elle resta longtemps à la regarder avant d’ouvrir l’enveloppe contenant la clé. Elle ôta le dôme de verre. Le bouton, véritablement, la fascinait. Comme on peut être bête ! songea-t-elle. Tant d’histoire pour un truc qui ne rime à rien. 
Elle avança la main, posa le bout du doigt … et appuya. Pour nous deux, se répéta-t-elle rageusement. 
Elle ne put quand même s’empêcher de frémir. Est-ce que, malgré tout ? … Un frisson glacé la parcourut. 
Un moment plus tard, c’était fini. Elle eut un petit rire ironique. Comme on peut être bête ! Se monter la tête pour des billevesées ! 
Elle jeta la boîte à la poubelle et courut s’habiller pour partir à son travail. 

Elle venait de mettre la viande du soir à griller et de se préparer son habituel martini-vodka quand le téléphone sonna. Elle décrocha. 
« Allô ? » 
« Mrs. Lewis ? » 
« C’est elle-même. » 
« Ici l’hôpital de Lenox Hill. » 
Elle crut vivre un cauchemar à mesure que la voix l’informait de l’accident survenu dans le métro : la cohue sur le quai, son mari bousculé, déséquilibré, précipité sur la voie à l’instant même où une rame arrivait. Elle avait conscience de hocher la tête, mécaniquement, sans pouvoir s’arrêter. 
Elle raccrocha. Alors seulement elle se rappela l’assurance-vie souscrite par Arthur : une prime de 25 000 dollars, avec une clause de double indemnité en cas de … 
« Non ! » Elle eut l’impression que le souffle allait lui manquer. Elle se leva en chancelant, regagna la cuisine. Une couronne de glace lui serrait le crâne quand elle rechercha la petite boîte dans la poubelle. On ne voyait ni clous ni vis. Impossible de comprendre comment les faces étaient assemblées. 
Alors elle fracassa la boîte contre le bord de l’évier. Elle frappa à coups redoublés, de plus en plus fort, jusqu’à ce que le bois eut éclaté. Elle arracha les débris, insensible aux coupures qu’elle se faisait. La caissette ne contenait rien. Aucun transistor, pas de moindre fil. Elle était vide. 

Quand le téléphone sonna, Norma suffoqua comme une personne qui ne noie. Elle vacilla jusqu’au living-room, saisit le récepteur. 
« Mrs. Lewis ? » articula doucement Mr. Steward. 
Etait-ce bien sa voix à elle qui hurlait ainsi ? Non, impossible ! 
« Vous m’aviez dit que je ne connaîtrais pas la personne qui devait mourir ! » 
« Mais, chère madame », objecta Mr. Steward, « croyez-vous vraiment que vous connaissiez votre mari ? ». 


48.Peut-on vraiment mourir après avoir bu trop d’eau ?

Oui, cela est possible.On parle d’intoxication à l’eau.Cela se traduit par divers symptômes : maux de tête, nausées, manque de coordination, perte de connaissance, ballonnements, températures basse ou encore attaques.Ils sont tous liés aux variations de la pression osmotique dans les tissus, car l’eau des fluides rentre à l’intérieur des cellules.Il y a donc 2 conséquences très importantes : une élévation des fluides corporels pouvant provoquer une augmentation de la pression intra-crânienne sur le cerveau et la chute du volume d’hémoglobine pouvant conduire à un choc circulatoire.Tout ceci pouvant conduire à la mort.

48.Peut-on vraiment mourir après avoir bu trop d'eau  ? eau_062a


47.Frankenweenie : bande-annonce.

Image de prévisualisation YouTube

Le nouveau film de Tim Burton, après le très récent  « Dark Shadows ».


46.Django Unchained : bande-annonce.

Et voici la bande-annonce du prochain film de Tarantino (sortie le 16 janvier 2013).

Image de prévisualisation YouTube

45.Les clichés.

    Un cliché est une situation avec des idées reçues à propos de quelque chose (exemple : arabes = voleurs (ce qui est faux évidemment) ).

    Si l’on veut jouer avec le cliché (cas dans les films notamment) on peut : agrandir le cliché jusqu’à l’absurde, opposer deux archétypes ( modèles, stéréotypes, caricatures) que tout sépare, inverser l’un ou l’autre élément dans le but d’inverser les effets, les rôles (le méchant devient le gentil) ou bien encore détourner le cliché de sa situation en allant à l’encontre des idées reçues et en dédramatisant ainsi des fantasmes très largement répandus.


44.Les quatre sans cou-Robert Desnos.

Ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête,
Quatre à qui l’on avait coupé le cou,
On les appelait les quatre sans cou.

Quand ils buvaient un verre,
Au café de la place ou du boulevard,
Les garçons n’oubliaient pas d’apporter des entonnoirs.

Quand ils mangeaient, c’était sanglant,
Et tous quatre chantant et sanglotant,
Quand ils aimaient, c’était du sang.

Quand ils couraient, c’était du vent,
Quand ils pleuraient, c’était vivant,
Quand ils dormaient, c’était sans regret.

Quand ils travaillaient, c’était méchant,
Quand ils rodaient, c’était effrayant,
Quand ils jouaient, c’était différent,

Quand ils jouaient, c’était comme tout le monde,
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
Quand ils jouaient, c’était étonnant.

Mais quand ils parlaient, c’était d’amour.
Ils auraient pour un baiser
Donné ce qui leur restait de sang.

Leurs mains avaient des lignes sans nombre
Qui se perdraient parmi les ombres
Comme des rails dans la forêt.

Quand ils s’asseyaient, c’était plus majestueux que des rois
Et les idoles se cachaient derrière leur croix
Quand devant elles ils passaient droits.

On leur avait rapporté leur tête
Plus de vingt fois, plus de cent fois,
Les ayant retrouves à la chasse ou dans les fêtes,

Mais jamais ils ne voulurent reprendre
Ces têtes où brillaient leurs yeux,
Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.

Cela ne faisait peut-être pas l’affaire
Des chapeliers et des dentistes.
La gaîté des uns rend les autres tristes.

Les quatre sans cou vivent encore, c’est certain,
J’en connais au moins un
Et peut-être aussi les trois autres,

Le premier, c’est Anatole,
Le second, c’est Croquignole,
Le troisième, c’est Barbemolle,
Le quatrième, c’est encore Anatole.

Je les vois de moins en moins,
Car c’est déprimant, à la fin,
La fréquentation des gens trop malins.


1...5051525354...57

Jean-Michel, jour après jour. |
Emmawatsonning |
Videopassion07 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | la vie est belle !
| Freddyvsjason
| Ilmiocinema